28 mars 2008
Le département d'État doute que les résultats correspondent à la volonté populaire.

Washington - Des organisations indépendantes ayant relevé « des irrégularités pré-électorales généralisées » à la veille des élections qui doivent avoir lieu au Zimbabwé le 29 mars 2008, le département d'État a exprimé des doutes sérieux quant à la validité de ce scrutin.
Dans un communiqué en date du 25 mars, le porte-parole du département d'État, M. Sean McCormack, a déclaré que les irrégularités commises par le gouvernement du président Robert Mugabe risquaient d'empêcher la tenue d'une élection libre et honnête. Au nombre de celles-ci figuraient la diffusion de listes électorales inexactes, des actes de violence et d'intimidation contre les membres de l'opposition politique et la production excessive de bulletins de vote par correspondance à l'intention des membres de la police, de l'armée, de la diplomatie et des responsables électoraux. Il a noté qu'il n'y avait aucun observateur indépendant en place pour compter les bulletins par correspondance de façon à empêcher que l'on ne vote plusieurs fois par la poste.
M. McCormack a fait part d'autres irrégularités encore, ayant trait notamment « à l'insuffisance des bureaux de vote dans les agglomérations urbaines, au parti pris des organes d'information contrôlés par l'État (...) et à la distribution pour des raisons politiques de vivres par les pouvoirs publics ainsi qu'à la fourniture d'autres avantages et d'autres ressources publiques ».
Le gouvernement Mugabe a, de plus, autorisé la présence de policiers zimbabwéens à l'intérieur des bureaux de vote, en contravention de l'accord négocié entre les pouvoirs publics et les partis de l'opposition sous la médiation de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC).

On dénombre douze partis politiques en lice pour les élections législatives, et quatre candidats à la présidence, dont le président Mugabe, chef de l'Union africaine du Zimbabwé - Front patriotique (ZANU-PF) au pouvoir depuis 1980, et son principal adversaire, Morgan Tsvangirai, chef du Mouvement pour le changement démocratique (MDC).
En dépit de ces irrégularités, le département d'État a encouragé le peuple zimbabwéen à exercer son droit légitime de vote, appelant toutefois les autorités et en particulier la commission électorale à « prendre des mesures concrètes pour remédier à ces lacunes en respectant les droits de l'homme et les libertés publiques fondamentales du peuple zimbabwéen ».
Pessimisme des milieux internationaux
Dans un document diffusé le 19 mars, l'organisation internationale Human Rights Watch a dénoncé les abus commis à l'encontre des droits de l'homme par le gouvernement Mugabe et les irrégularités pré-électorales, en faisant remarquer que les conditions du scrutin ne s'étaient pas améliorées par rapport aux élections précédentes.
« Le Zimbabwé a un lourd bilan en matière d'élections, qui sont loin de répondre aux normes internationales et régionales, ainsi qu'en matière de répression des partis de l'opposition », affirme Human Rights Watch dans le résumé de son rapport. « Les pouvoirs publics n'ont remédié à aucune des carences sérieuses du processus électoral observées par des témoins zimbabwéens et étrangers lors des élections de 2005. Au contraire, on a retrouvé lors de la période de campagne pré-électorale de 2008 les mêmes types de violations. »
L'organisation a conclu que le scrutin du 29 mars 2008 était l'aboutissement « d'un processus électoral sérieusement compromis et hâtivement organisé, entaché par des violations continuelles des droits civiques et politiques » de la population, à tel point qu'il n'existait « guère de chances » que cette élection puisse instaurer la démocratie ou mettre fin à la crise politique au Zimbabwé.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)