04 mars 2008
Son discours à l'université de Georgetown

Washington - L'interdépendance entre les peuples et entre les gouvernements, ainsi que la circulation rapide à l'échelle internationale de l'information, de l'argent, des techniques et des personnes, sont aujourd'hui les principaux moteurs des changements qui s'opèrent actuellement dans le monde. « On appelle cela couramment la mondialisation et, en effet, elle est en train de transformer notre monde de deux façons importantes », a affirmé la secrétaire d'État des États-Unis, Mme Condoleezza Rice, dans un discours prononcé à l'université de Georgetown sur la diplomatie au XXIe siècle, qu'elle conçoit comme « transformatrice ».
La mondialisation favorise les pays qui savent profiter de ses nombreux avantages et, parallèlement, elle met en lumière les faiblesses de ceux qui sont incapables de se gouverner rationnellement. « La mondialisation n'est pas en train d'éliminer l'importance de la géopolitique, comme certains l'affirmaient il y a une décennie. Il s'agit plutôt d'une refonte. »
La scène politique internationale est en train de se décentraliser au fur et à mesure que de plus en plus de pays cherchent énergiquement à servir leurs intérêts nationaux.
« En conséquence, le plus grand défi que nous devons relever en matière de politique étrangère aujourd'hui et dans les décennies à venir provient des nombreux États qui sont simplement trop faibles, trop corrompus ou trop mal gouvernés pour assumer les responsabilités les plus élémentaires de leur souveraineté, notamment faire respecter la loi sur leur territoire, gouverner justement, permettre à leur peuple d'atteindre son potentiel et empêcher leurs troubles intérieurs de déstabiliser leurs voisins, quand ce n'est pas l'ensemble du système international. »
Pour les États-Unis, a-t-elle ajouté, la difficulté consiste à concevoir une politique étrangère et une stratégie de sécurité intérieure axées sur la coopération avec des partenaires internationaux afin de bâtir et de maintenir un monde constitué d'États démocratiques et bien gouvernés. Cela exige que les États répondent aux besoins de leurs peuples, qu'ils réduisent la pauvreté et qu'ils se comportent de façon responsable au sein de la communauté internationale.
La puissance militaire, ou tout autre atout utilisé seul, ne suffira pas à relever ces défis du XXIe siècle. Il faudra au contraire combiner la défense, la diplomatie, l'aide au développement, la promotion de la démocratie, le libre-échange et l'action du secteur privé et de la société.
« Les États-Unis ont des intérêts nationaux, et ils usent de leur puissance pour les promouvoir. Mais ce qui a toujours distingué l'Amérique des autres pays est le fait que nous sommes un peuple uni qui est motivé par des idéaux universels, et par la conviction que tous les hommes naissent libres et égaux devant la loi et méritent tous la dignité et la justice, et que les gouvernements les plus responsables sont ceux qui respectent les droits de leur peuple. »
De belles occasions ont été perdues durant les années 90 lorsque les États-Unis voulaient profiter du « dividende de la paix » à la fin de la guerre froide. Depuis 2001, toutefois, ils ont entamé un long effort de reconstruction et de transformation de leur diplomatie afin de refléter la nouvelle donne très dynamique du siècle nouveau.
« Afin de remplir sa fonction, la diplomatie transformatrice exige un gouvernement civil bien soudé qui soit à la hauteur des défis de notre temps. »
Considérons le cas de la Colombie, a-t-elle dit : « Il y a quelques années, la Colombie était sur le point de sombrer dans le chaos. Les insurgés gagnaient la guerre, des milliers de gens fuyaient leur foyer, et le gouvernement était en train de perdre le contrôle, au sens physique du terme, de certaines régions du pays. »
Le gouvernement Clinton a adopté une politique visant à aider la Colombie à reprendre la situation en main, et le gouvernement Bush a poursuivi sur cette lancée, mettant en œuvre une stratégie complète de soutien à la Colombie.
« Nos diplomates ont constitué une équipe regroupant nos agences des forces de l'ordre, notre armée, nos spécialistes du développement et nos négociateurs commerciaux. Ils ont ainsi aidé nos alliés démocrates en Colombie à reprendre leur pays en main et à améliorer le niveau de vie de la population. Ce sont des efforts de ce type qui sont la fondation de futurs progrès. »
Le succès de la politique étrangère des États-Unis sera fonction du progrès qu'auront réalisés les pays en difficulté en vue de passer de la guerre à la paix, du despotisme à la démocratie, et de la pauvreté et l'inégalité à la prospérité et la justice sociale, a affirmé Mme Rice. « Notre succès exige une diplomatie qui reflète la réalité politique internationale au XXIe siècle. »