23 janvier 2008
Le problème de l'immigration illicite inquiète les électeurs de la deuxième circonscription électorale de Virginie.

Washington - En mars 2007, à Virginia Beach, une ville côtière de Virginie, un homme saoul au volant a heurté le véhicule de deux jeunes filles qui sont mortes lors de la collision et, depuis, le débat concernant l'immigration a pris une tout autre tournure.
L'immigration est l'un des sujets de la campagne électorale 2008 le plus souvent soulevés et, tandis que les candidats à l'élection présidentielle échangent leurs idées sur la façon de rendre les frontières des États-Unis plus sûres et d'améliorer les règles fédérales en matière d'immigration, les gouvernements régionaux et locaux procèdent, de leur côté, à une réévaluation de leur règlementation en la matière.
Virginia Beach, qui a plus de 435.000 habitants et qui est la ville la plus importante de la deuxième circonscription électorale de Virginie, fait partie de ces municipalités qui ont dû se pencher sur la façon dont elles abordent le problème des immigrants sans papiers après qu'un incident à l'échelle locale eut attiré l'attention du pays tout entier.
Selon les estimations de la « Fédération en faveur d'une réforme de la politique américaine d'immigration » (Federation for American Immigration Reform), un organisme sans but lucratif, environ 13 millions d'immigrants sans papiers vivraient à l'heure actuelle aux États-Unis, dont 205.000 en Virginie. Il est très difficile de connaître exactement le nombre de ces immigrants illicites, et on ne dispose pas de données fiables quant à leur nombre exact à Virginia Beach.
Le 30 mars 2007, Alfredo Ramos, un immigrant sans papiers de 22 ans originaire du Mexique, qui conduisait sous l'emprise de l'alcool - son taux d'alcoolémie était le triple de ce qui est légalement autorisé - a heurté le véhicule que conduisait Alison Kunhardt, âgée de 17 ans, tuant Alison et sa passagère, Tessa Tranchant, âgée de 16 ans.
Pour cela, Alfredo Ramos a récemment été condamné à 24 ans de prison et il fait l'objet d'un arrêt d'expulsion une fois sa peine purgée. Il avait déjà été jugé coupable de trois délits impliquant l'usage d'alcool mais, conformément aux règles en vigueur, les policiers qui l'avaient alors arrêté n'avaient pas vérifié la légitimité de son statut d'immigrant.
La mort des deux jeunes filles a marqué profondément la communauté et les habitants ont organisé une discussion animée, notamment dans la rubrique du courrier des lecteurs du quotidien local, sur les règles régissant la conduite des policiers vis-à-vis des immigrants sans papiers.
Ils ont été nombreux à faire valoir que si la police avait mis à jour le statut d'immigrant illicite d'Alfredo Ramos lors de ses précédentes arrestations, il aurait été expulsé et les jeunes filles seraient aujourd'hui encore en vie. D'autres ont fait remarquer que les gens s'en prenaient injustement aux règles en matière d'immigration au lieu de se pencher sur la nécessité d'empêcher les gens de prendre le volant après avoir consommé de l'alcool.
Le débat auquel se livraient les habitants de Virginia Beach a pris un caractère national lorsque Bill O'Reilly, l'animateur d'une émission de télévision populaire idéologiquement de droite, a accusé le maire, Meyera Oberndorf, de maintenir une ville « sanctuaire ». Des dizaines d'habitants ont ensuite contacté par écrit ou par téléphone les chefs de file à l'échelle locale, régionale et fédérale pour se faire expliquer les lois relatives à l'immigration illicite. Un appel fut lancé pour qu'il soit mis fin aux « villes sanctuaires ».
Ce qualificatif est parfois utilisé pour décrire une juridiction qui n'accorde pas toute l'aide nécessaire aux autorités fédérales chargées de faire respecter les lois relatives à l'immigration. Parfois, des contraintes budgétaires ou de personnel en sont la cause.
En vertu de lois fédérales, les États et les villes n'ont pas le droit de dissimuler des informations relatives au statut d'immigrant d'une personne. Certaines localités ont cependant mis en place une « politique de sanctuaire » qui empêche les autorités locales, notamment la police, d'enquêter sur l'état civil d'une personne. C'est la raison pour laquelle les responsables d'une telle localité ne disposent d'aucun élément de renseignement qu'ils pourraient partager avec les agents fédéraux à la recherche de telles informations.
Au moment de l'accident impliquant Alfredo Ramos, les policiers de Virginia Beach n'étaient pas autorisés à enquêter sur la légalité du statut d'immigrant des personnes qu'ils arrêtaient.
Une telle règle, selon ceux qui y sont opposés, encourage l'immigration illicite et mine les efforts mis en œuvre au niveau fédéral pour la bloquer. Ceux qui y sont favorables affirment que le fait de s'informer sur le statut d'immigrant d'une personne nuit aux relations entre les habitants de la communauté, enfreint les droits de l'homme ou constitue une ingérence dans les efforts mis en œuvre au plan local pour faire respecter les lois.
Le caractère approprié de ce genre de règles a aussi fait l'objet de débats à l'échelle nationale, notamment dans le cadre de la campagne des républicains à l'élection présidentielle.
Le candidat Rudy Giuliani, ancien maire de New york, a pris la défense des règles appliquées par cette ville, dont une interdit à la police de contrôler la légalité du statut d'immigrant d'une personne qui rapporterait un délit aux autorités. « Ce serait absurde de demander à des immigrants sans papiers quel est leur statut », a souligné M. Giuliani le 10 janvier lors d'un débat, ajoutant que cette règle « avait contribué à faire baisser le taux de criminalité à New York bien plus que dans n'importe quelle autre ville ».
Pour sa part, l'ex-candidat Fred Thompson, ancien sénateur du Tennessee, a dit lors du même débat que permettre des « villes sanctuaires » encourageait l'immigration illicite et qu'il fallait mettre fin à cette pratique en réduisant les fonds fédéraux à ces villes.
En Virginie, le débat se poursuit, et pas seulement à Virginia Beach. Aux quatre coins de l'État et à Richmond, la capitale, plusieurs projets de loi visant à empêcher l'immigration illicite sont à l'étude. En vertu de l'un de ces projets de loi, les immigrants sans papiers qui seraient arrêtés pour un délit quelconque ne pourraient être libérés sous caution ; en vertu d'un autre, une entreprise qui embaucherait des immigrants sans papiers s'exposerait à des poursuites judiciaires.
Qu'ils soient en faveur ou opposés à ces projets de loi, les gens suivent de près le débat à Richmond. Les associations qui œuvrent afin d'empêcher l'immigration illicite appuient leur adoption. Par contre, beaucoup d'entreprises sont en train de s'organisesr pour s'opposer à l'adoption de projets de loi qui pénaliseraient les entreprises qui embaucheraient des immigrants sans papiers, et les associations qui défendent les droits des immigrants veillent au grain pour ce qui est des projets de loi qu'elles considèrent comme discriminatoires aussi bien à l'égard des immigrants en règle qu'à l'égard de ceux qui ne le sont pas.
Depuis cette nuit fatidique de mars 2007, les autorités de Virginia Beach ont revu leurs règles en matière d'immigration et adopté un changement important : les autorités policières doivent désormais vérifier le statut de toute personne arrêtée et emprisonnée. La ville continue à ne pas s'enquérir du statut d'une personne qui est victime ou témoin d'un crime.
Le débat sur l'immigration illicite se poursuit également à Virginia Beach et, lorsque les gens éliront leur maire, leur représentant au Congrès, leur sénateur et le président en novembre, cette question figurera sûrement parmi leurs principales préoccupations.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)