22 janvier 2008
L'appui dont il jouit sera-t-il suffisant pour faire élire le premier Afro-Américain à la présidence des États-Unis ?

Washington - La candidature de M. Barack Obama, un Afro-Américain, à la présidence des États-Unis a eu pour effet de galvaniser les Américains, ont indiqué au Service d'information du département d'État plusieurs observateurs de la scène politique américaine.
Les talents d'orateur du sénateur démocrate de l'Illinois lui permettent d'émouvoir les foules et de se faire comprendre de tous, indépendamment de leur race ou de leurs origines ethniques, a expliqué M. William Jelani Cobb, professeur adjoint d'histoire au Spelman College, en Géorgie, également auteur se spécialisant dans la politique américaine du XXe siècle.
Selon M. Cobb, le rapprochement que prône M. Barack Obama plaît aux Américains, et le fait qu'il soit Afro-Américain est « la cerise sur le gâteau », mais la question de sa race n'est pas le fil conducteur de sa campagne.
Inversement, ce n'est pas parce que plusieurs éminents Afro-Américains ont accordé publiquement leur appui à Mme Hillary Clinton, son adversaire pour l'investiture du parti démocrate à l'élection présidentielle, que beaucoup d'Afro-Américains accorderont nécessairement leur vote à l'épouse de l'ancien président et sénatrice du New York.
Si ces chefs de file afro-américains ont rapidement donné leur appui à Mme Clinton, a indiqué M. Cobb, c'est parce que, si elle était la candidate du parti démocrate à l'élection présidentielle, cette candidature s'assortirait de peu de risques. Il n'en demeure pas moins que personne ne pensait que M. Obama jouirait d'un tel appui de la part des électeurs lors des primaires et des caucus du parti démocrate et les responsables afro-américains doivent maintenant expliquer aux gens qu'ils sont censés guider pourquoi ils se sont tellement mépris.
De l'avis de M. Cobb, les chances d'une élection de M. Obama à la présidence dépendent de l'identité de son adversaire du côté républicain et le plus redoutable serait M. John McCain, l'appui accordé à l'ancien gouverneur de l'Arkansas, M. Mike Huckabee, étant très mince tandis que la « personnalité » d'un autre candidat républicain, M. Mitt Romney, ancien gouverneur du Massachusetts, rebute beaucoup de gens.
Un autre point de vue
« Je ne suis pas sûr que, pris dans leur ensemble, les Afro-Américains considèrent M. Obama différemment de la façon dont les Blancs le considèrent. Qu'ils soient noirs ou blancs, l'éventail des opinions des gens est probablement le même », a déclaré M. Thomas Davis, professeur d'histoire à l'université de l'État d'Arizona.
« Pour chaque appréciation qu'un Blanc a de M. Obama, le parallèle existe chez un Afro-Américain », a souligné M. Davis, auteur de plusieurs livres, notamment Race Relations in America (Les relations raciales en Amérique).
C'est essentiellement au groupe spécifique dont elles émanent qu'il attribue les divergences de vues. En effet, pour davantage d'Afro-Américains que de Blancs, M. Obama symbolise l'espoir de voir les relations entre les races s'améliorer et surtout, pour ce qui les concerne, l'espoir d'améliorer leur sort, une raison expliquant peut-être le fait que nombre d'Afro-Américains aient des attentes déraisonnables en ce qui concerne M. Obama.
« Plus son influence augmentera, plus les Afro-Américains exigeront de lui », a expliqué M. Davis.
Les Blancs, pour leur part, « ont tendance à voir en M. Obama le signe du commencement d'une ère nouvelle dans l'histoire des États-Unis ».
Les électeurs qui pensent que, du fait de son jeune âge, M. Obama, qui est né en 1961, n'a pas pris part au mouvement en faveur des droits civiques aux États-Unis des années 1950, se trompent, a fait valoir M. Davis, précisant : « La lutte pour les droits civiques se poursuit. Elle n'appartient pas au passé. Elle est actuelle et M. Obama y prend part de façon active. »
Pourtant, M. Davis ne pense pas que M. Obama puisse remporter la course à la Maison-Blanche malgré son attrait qui transcende les diverses races. « Je ne suis toujours pas convaincu que le moment est propice pour qu'un candidat afro-américain ait une chance réelle de devenir président », a-t-il déclaré, ajoutant que « dans les limites fermées des cœurs et des esprits d'une majorité d'Américains, pour ne rien dire de l'anonymat conféré par l'isoloir, le sénateur Obama, tout en étant un candidat valable, sera le choix définitif de trop peu d'électeurs ».
M. Obama, meilleur espoir des Blancs ?
Dans un article publié le 13 janvier dans le Washington Post, M. David Greenberg, professeur adjoint de journalisme à l'université Rutgers, dans le New Jersey, fait remarquer que ce qui plaît dans M. Obama, c'est le ton presque idéal qu'il emploie pour parler des questions raciales à l'Amérique des Blancs.
Reprenant à son compte des commentaires émis par des sociologues selon lesquels un « président Obama » symboliserait la fin du racisme aux États-Unis, M. Greenberg a précisé que c'était la raison pour laquelle M. Obama représentait le « grand espoir » des Blancs.
L'idée que l'élection de M. Obama pourrait engendrer des changements catégoriquement différents de ceux que produirait celle de l'élection de Mme Hillary Clinton ou d'un candidat républicain continue à « intoxiquer » beaucoup d'électeurs et de politologues, a-t-il fait remarquer.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)