16 janvier 2008
Ils se servent de l'Internet pour concrétiser des projets qui profitent à leur communauté.

Hébron (Cisjordanie) - De jeunes Palestiniennes en jeans, portant sur les cheveux un foulard fraîchement repassé, marchent à grands pas sous la tonnelle bordant un atelier d'ordinateurs situé au centre d'Hébron. Une fois arrivées, elles s'assoient devant un clavier à côté des garçons. Il est évident qu'il ne s'agit pas là d'un cybercafé ordinaire.
Une soixantaine d'adolescents palestiniens se rassemblent tous les jours dans cette salle après l'école. C'est l'un des six centres d'apprentissage de l'Internet de Cisjordanie que gère l'organisme Relief International Schools Online grâce à un don du bureau des affaires éducatives et culturelles du département d'État, afin de promouvoir les échanges entre les jeunes Palestiniens et les jeunes Américains par le biais de l'Internet. Les autres centres sont situés à Jénin, Ramallah, Salfeet et Béthléem, le sixième devant ouvrir très prochainement à Naplouse. À ce jour, plus de 350 enseignants et quelque 3.000 élèves ont participé à ce programme novateur.
Omar Dahman, ingénieur du Center for Excellence d'Hébron spécialisé dans la technologie de l'information, donne des conseils à propos de la conception d'un site Internet, de la mise en page des documents et des techniques de « Photoshop » pendant que des groupes d'élèves naviguent sur l'Internet pour obtenir des informations et élaborer des réseaux d'amis en ligne avec lesquels ils mettront au point des projets au bénéfice de leur collectivité.
Les élèves du centre, qui ont entre 14 et 22 ans, sont impatients d'être en contact avec d'autres élèves palestiniens de Cisjordanie qui n'ont pas souvent la possibilité de passer de l'autre côté des postes de sécurité. Un grand nombre des amis avec lesquels ils communiquent en ligne se trouvent en Afghanistan, au Bangladesh, en Grande-Bretagne, en Égypte, en Jordanie, au Tadjikistan et aux États-Unis.
Il ne faut pas longtemps aux adolescents d'Hébron pour apprendre l'argot américain et un jeune de 16 ans déclare que son nouveau pseudonyme sur l'Internet sera « Ryan Hummer », tout simplement parce que ce surnom a une connotation « tellement géniale ». Les discussions qu'il a eues en ligne avec des élèves de Virginie et du Maryland ont attisé son intérêt pour le bénévolat et, depuis quelque temps, il fait partie de Youth for Change, un groupe local de défenseurs de l'environnement.
Les enseignants palestiniens s'émerveillent de la rapidité avec laquelle les adolescents améliorent leurs compétences en recevant l'aide en ligne de jeunes Américains.
« Parfois mes élèves sont meilleurs que moi », dit en riant Ola Shawer, une monitrice qui guide les filles pour qu'elles ne redoutent pas de prendre activement part à un débat international sur l'instruction civique. « Tous les mois, de nouveaux participants s'y joignent et cela nous donne à tous l'occasion d'échanger nos points de vue et de partager nos talents », ajoute-t-elle.
Ce centre est l'un des quelques endroits à Hébron où les parents arabes ne ressentent aucune gêne à l'idée d'envoyer des filles et des garçons étudier ensemble sous la surveillance des membres du personnel. « Mon père a bien compris que c'est le meilleur moyen, pour moi, d'améliorer mon anglais et de mieux maîtriser l'ordinateur », explique Diana Sharif, une jeune fille de dix-sept ans qui porte le voile.
Recueillir des données complexes, les comparer et arriver à se former une opinion en connaissance de cause sont des aptitudes que la technologie de l'information peut affiner. Les professeurs encouragent les élèves à entreprendre des projets individuels sur des sujets complexes tels que les changements climatiques et le droit à une alimentation correcte.
Encouragée en partie par les franches discussions qu'elle a eues avec des filles américaines par le biais du réseau Internet, Lubna Taha a élaboré un cours en ligne portant sur les conséquences d'un mariage précoce pour les jeunes filles.
« Personnellement, c'était la première fois que je prenais conscience du problème », admet Nabeel Kasrawi, dix-sept ans, une actrice en herbe qui a participé au projet, ajoutant, « je pensais simplement que certaines filles n'avaient pas de chance. Maintenant, je comprends que les mariages précoces ont pour conséquences d'isoler les jeunes mariées et j'y suis opposée. »
Étant donné qu'un Palestinien sur quatre est aujourd'hui sans travail, les jeunes gens se font souvent beaucoup de souci pour leur avenir et ils se laissent parfois leurrer par des idéologies extrémistes ou la violence. Hébron est une ville à la situation particulièrement capricieuse, à la fois désertée dans certains endroits, très animée au centre, et bordée de zones interdites fébriles séparant les Palestiniens de colons juifs conservateurs.
Il est possible, cependant, d'exploiter la frustration pour pousser à des actions positives, insiste Naser al-Ardah, responsable pour les territoires palestiniens de l'organisme Relief International qui s'est donné pour objectif d'émanciper les femmes et les jeunes en les familiarisant à l'utilisation des ordinateurs et de l'Internet à des fins d'apprentissage professionnel, d'activités pacifiques et de règlement des conflits.
« Nous devrions nous accepter mutuellement ainsi que nos différences. Ensemble, nous pouvons faire tant », fait valoir Diana Sharif, pour qui, souligne-t-elle, les ordinateurs sont un moyen d'éviter les disputes.
« La fierté de mener à bien un projet jusqu'au bout peut aider à surmonter une tendance à se poser en victime et l'activisme peut donner naissance à de véritables changements », fait observer Naser al-Ardah.
Un groupe d'étudiants d'Hébron a mis à profit l'Internet pour recruter des bénévoles afin de remettre en état l'école de filles de Qurtuba qui avait été fortement endommagée lorsque des vandales avaient balancé des bombes incendiaires dans la cour de l'école fin novembre 2007 et avaient attaqué ses portes à la hache. Par le biais de l'Internet, les jeunes gens ont choisi des plantes robustes pour remplacer les plates-bandes de fleurs piétinées et fait des plans en vue de déblayer les décombres et les blocs de pierre qui empêchent de se rendre dans les salles de classe.
C'est en anglais qu'Abed Almu'ty Yaghmour, un jeune actif dans le club informatique, a envoyé son courriel donnant des explications sur le plan de rénovation de l'école à un autre étudiant de Kaboul (Afghanistan) qui comprend aussi cette langue.
« La paix, c'est comme un arbre. Si vous en prenez soin, elle croîtra ; mais si vous ne faites rien pour l'entretenir, elle dépérira », fait observer Abed.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)