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14 janvier 2008

L'accession de femmes juges à la Cour suprême des États fédérés

Trois de ces femmes font part de leurs expériences.

 
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Leah Ward Sears
Mme Leah Ward Sears, présidente de la Cour suprême de Géorgie. (© AP Images)

Washington - S'il a fallu longtemps pour que cela devienne une réalité aux États-Unis, aujourd'hui il n'est pas rare que des femmes servent auprès des instances juridiques les plus élevées du pays, un parcours souvent semé d'embûches pour nombre d'entre elles.

« La composition de la magistrature américaine est désormais bien différente de ce qu'elle était lorsque je suis devenue juge auprès de cette cour, alors que tous les juges étaient des hommes blancs », fait remarquer Mme Leah Ward Sears, présidente de la Cour suprême de Géorgie, ajoutant : « L'Amérique d'alors n'a rien à voir avec celle d'aujourd'hui. »

Née en Allemagne durant l'affectation de son père en tant qu'officier dans ce pays, Mme Sears fut surprise lorsqu'elle sinstalla aux États-Unis en 1955 et découvrit que les Afro-Américains avaient bien du mal à obtenir les mêmes droits que le reste de la population. Et c'est son observation de l'application des grands arrêts adoptés à l'époque par les tribunaux en ce qui concerne les droits civils qui est à l'origine de sa décision de faire des études de droit.

« C'est toujours un peu difficile d'être la première », souligne cette magistrate qui elle-même a souvent été la première durant sa carrière d'avocate et de juge : première femme et personne la plus jeune nommée à la Cour suprême de Géorgie en 1992 et première femme à remporter une élection à l'échelle de cet État. En 2005, elle est devenue la première Afro-Américaine à assumer les fonctions de présidente de la Cour suprême de Géorgie.

« J'ai dû me battre pour me faire accepter. Ce n'est pas en étant agressive que j'y suis parvenue. J'ai tout simplement travaillé dur », se rappelle-t-elle.

Mme Patricia Timmons-Goodson, juge à la Cour suprême de Caroline du Nord, a elle aussi souvent été la première, qu'il s'agisse de la première personne de sa famille à faire des études de droit ou de la première Afro-Américaine à être juge auprès du tribunal le plus élevé de Caroline du Nord.

« Certains de mes ancêtres étaient tout aussi intelligents que je pense l'être, mais pour eux, les possibilités d'emprunter une voie conduisant à une carrière semblable n'existaient pas », souligne-t-elle.

Elle a choisi la loi comme profession, dit-elle, parce que « lorsque les gens ont des problèmes, c'est à un avocat qu'ils s'adressent », une observation qui a suscité sa passion jadis et qui la soutient encore aujourd'hui.

La voie qui a conduit Mme Carol Hunstein au poste de numéro deux à la Cour suprême de Géorgie est tout à fait différente.

Ayant contracté la poliomyélite à deux ans et passé une bonne partie de sa jeunesse à lutter contre le cancer des os, elle vit son cancer en rémission réapparaître alors qu'elle avait 22 ans et élevait seule un enfant. Les médecins qui procédèrent à l'amputation de sa jambe affectée lui donnèrent à peu près un an à vivre. Elle n'abandonna pas la lutte pour autant.

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Carol Hunstein
Mme Carol Hunstein occupe le poste de numéro deux à la Cour suprême de Géorgie. (© AP Images)

Malgré toutes ses difficultés et une bataille constante pour joindre les deux bouts, elle réussit à obtenir une bourse pour faire des études universitaires et finança ses études de droit avec les subsides versés par gouvernement après le décès de son ancien mari.

« Je ne m'imaginais jamais pouvoir devenir juge. Toutes les étapes franchies en cours de route furent une heureuse surprise », déclare-t-elle.

Lorsqu'elle exerçait son métier d'avocate, il lui arrivait d'avoir le sentiment que le juge présidant à l'affaire ne la traitait pas de façon équitable. L'un d'eux l'a même appelée « petite dame » lors d'une audience, un qualificatif qu'elle n'a guère apprécié, le trouvant abusif aussi bien pour elle que pour ses clients.

« Je me suis dit que je pouvais faire preuve de plus de professionnalisme que lui », explique-t-elle, et c'est la raison pour laquelle, en 1984, elle brigua sa première élection de juge.

Dans au moins 35 États des États-Unis, les juges sont élus par le peuple. Chaque État a établi ses propres critères pour régir ces élections et, si dans certains États les juges représentent le parti politique dont ils sont membres, dans d'autres, ils n'ont pas besoin de déclarer leur affiliation.

« Faire preuve d'humilité est indissociable de la conduite d'une campagne où chacun a une voix », explique Mme Timmons-Goodson, soulignant l'énergie, le temps et les déplacements nécessaires à une telle entreprise qui, au bout du compte, révèle des horizons insoupçonnés.

On s'attend à ce que les juges soient des personnes rationnelles et impartiales, autant de qualités qui parfois rendent difficile la conduite d'une campagne électorale par ces derniers.

« La loi est notre maître et, lorsque nous faisons campagne, nous ne nous comportons pas en politiciens. Lorsque je suis candidate à une élection, je fais très attention à ne pas promettre aux gens quelque chose en contrepartie de leur vote », souligne Mme Sears.

« Je ne suis pas l'obligée des gens qui contribuent à ma campagne », insiste Mme Hunstein qui, d'ailleurs, s'est récusée dans une affaire dans laquelle l'un de ses donateurs était impliqué.

Les trois femmes s'accordent à dire que leur expérience de magistrate a été à la fois « difficile » et « satisfaisante ».

« Les juges prennent des décisions très pénibles qui ont d'énormes conséquences sur la vie des gens, leurs finances, leurs biens, leur avenir, leur famille, leurs enfants. Ce sont des décisions très importantes pour les gens avec lesquels nous avons affaire », déclare Mme Hunstein.

Certaines qualités sont indispensables pour être l'un des juges siégeant auprès d'un tribunal de grande instance, précise Mme Timmons-Goodson. En effet, étant donné que les décisions font intervenir l'ensemble des juges, il leur est nécessaire de faire preuve de civilité, d'être en mesure de s'entendre avec d'autres, de savoir être à l'écoute, de pouvoir s'exprimer facilement, de savoir comment et quand transiger et, l'exposition d'idées diverses étant cruciale, l'apport des femmes a une portée incontestable car ces dernières offrent souvent des points de vue bien différents de ceux des hommes.

« Il est très important que les femmes assument des fonctions d'élues pour pouvoir être considérées sur un pied d'égalité avec les hommes. Nous en valons la peine », fait valoir Mme Hunstein.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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