11 janvier 2008
Le chant et un logiciel « MIDI » facilitent le rétablissement des facultés motrices et phoniques.

Washington - Dans certains cas, les victimes d'apoplexie cérébrale ayant perdu la faculté de parler retiennent néanmoins la capacité de chanter, a affirmé un expert en musicothérapie. Mais même lorsque l'on peut suivre un rythme, la musique peut rester très difficile à jouer pour ceux qui ne peuvent pas faire de mouvements.
Néanmoins, il existe certaines nouvelles technologies musicales qui rendent possibles (et divertissantes) la composition et la prestation musicales aux personnes affectées par des handicaps physiques sérieux. Ces innovations peuvent également les aider à retrouver la parole.
Des recherches scientifiques ont révélé que la musicothérapie entretient le bien-être physique des personnes en bonne santé ; il est donc logique qu'elle puisse également atténuer les souffrances physiques et améliorer la qualité de vie des personnes handicapées.
Le chant facilite le rétablissement de la parole
Le chant et la parole résultent de fonctions neurologiques différentes, a expliqué Mme Concetta Tomaino, qui a un doctorat en musicothérapie. Par exemple, les victimes d'apoplexie cérébrales peuvent parfois chanter des refrains entiers sans pouvoir dire un simple « bonjour ».
Des recherches cliniques effectuées par Mme Tomaino et ses collègues, notamment le docteur Oliver Sacks, neurologue et professeur auprès de l'université Colombia et auteur de Musicophilia : Tales of Music and the Brain (La musicophilie : récits sur la musique et le cerveau), ont démontré que l'acte de chanter certaines phrases ordinairement parlées, telles que « Bonjour, comment-allez vous ? » peut servir de « répétition » pour la parole et en accélérer ainsi le recouvrement.
Mme Tomaino, qui est également une musicienne qualifiée, occupe les postes de directrice en chef de l'Institut pour la musique et la fonction neurologique ainsi que vice-présidente de musicothérapie du Centre de services de santé pour les familles Beth Abraham à New York. « Le chant sert de répétition à l'élément cérébral qui génère la parole, et lui permet ainsi de redevenir fonctionnel » a-t-elle expliqué à l'USINFO. « Nous étudions actuellement les effets potentiels du chant et des signaux qui en sont déclenchés sur le rétablissement de la parole et nous nous penchons de près sur l'utilisation des sons musicaux qui ressemblent à des phrases parlées et la mise en contexte musical de phrases courantes », a-t-elle précisé.
Les instruments de musique traditionnels et numériques peuvent améliorer les aptitudes motrices
Selon l'Association américaine de la musicothérapie, la musicothérapie peut aider non seulement à restaurer la faculté de parler, mais améliorer l'habileté motrice et la coordination des personnes handicapées.
La plupart des exercices de musicothérapie effectués par les victimes d'apoplexie cérébrale ou de maladies neurologiques telles que la maladie de Parkinson ont pour but de les inciter à « vivre dans le moment », disent souvent les musicothérapeutes. Cette thérapie encourage les patients à jouer des instruments de musique aussi bien traditionnels que numériques.

Pour les individus atteints de handicaps physiques ou de traumatismes cérébraux graves, il existe un logiciel appelé Musical Interface Digital Instrument ( Instrument numérique d'interface musicale) ou « MIDI », qui représente aujourd'hui un composant essentiel de la musicothérapie, a déclaré Mme Tomaino.
Les fabricants d'instruments de musique équipent déjà leurs instruments d'appareils qui permettent aux personnes handicapées de mieux les tenir et de les jouer. Mais pour les individus qui sont incapables ou à peine capable de faire bouger leurs bras et leurs jambes, ou qui ne peuvent pas en contrôler les mouvements, le jeu d'un instrument de musique demeurait impossible.
Mais aujourd'hui, les patients qui cherchent à renforcer et à diversifier les mouvements de leurs mains peuvent se servir de baguettes de tambour numériques, a affirmé Mme Tomaino.
Autres innovations en matière de technologie de musique numérique
À l'école REHAB de Poughkeepsie (New York), des enfants et adolescents handicapés créent de la musique en effectuant des mouvements minuscules de la tête dans le cadre d'un programme développé par des musiciens et des concepteurs de logiciel du « Deep Listening Institute » (« l'Institut de l'écoute profonde ») à Kingston (New York).
Le programme emploie une technologie qui relie une caméra vidéo numérique à un ordinateur, de sorte que l'image d'un participant apparait sur l'écran. Un curseur traque les mouvements de tête du participant, même les plus subtils. Ces mouvements sont alors traduits numériquement en notes de musique qui sont émises par des baffles de l'ordinateur. Le logiciel offre aux participants le choix de deux « instruments » différents. Le « mode piano » permet aux individus de jouer une gamme de piano en bougeant leur tête latéralement, tandis que le « mode percussion » fait déclencher un roulement de tambour par le même mouvement.
Le logiciel « Hyperscore » permet aux individus de composer des pièces musicales avec des lignes de graphes représentant un grand nombre de sons d'instruments divers. M. Tod Machover, le créateur d'Hysperscore, est un professeur de musique et de médias auprès de l'Institut de technologie du Massachussetts (MIT) et directeur du projet « Opéra du futur » de cette prestigieuse université.
Le Projet de musique Drake à Londres fait également partie des associations qui se consacrent actuellement au développement des logiciels MIDI. Ici, des élèves atteints d'infirmité motrice cérébrale, certains âgés de onze ans seulement, portent des bandeaux Cyberlink qui détectent des signaux électriques dans les mouvements de leurs visage ou de leurs yeux, et peuvent même saisir des ondes cérébrales. Le logiciel mis au point par le Projet Drake, appelé Brainfingers (« doigts cérébraux ») convertit les signaux en « doigts » qui font bouger une souris pour jouer des notes sur un clavier. Les adolescents peuvent ainsi créer des compositions musicales.
Les personnes handicapées peuvent se servir de la musique pour développer l'expression de leurs sentiments
Les innovations en matière de musique numérique ont occasionné la poursuite de nouveaux buts dans le domaine de la musicothérapie, étant donné que la musique offre aux personnes souffrant de graves handicaps physiques un mode d'expression créative, a expliqué Mme Pauline Oliveros, la fondatrice de l'Institut Deep Listening, lors d'un reportage d'actualités.
« Le fait de faire quelque chose est valorisant » a-t-elle dit. « Et cela peut être thérapeutique et enthousiasmant. »
Mme Tomaino encourage les patients à se servir de la musique lorsqu'ils doivent faire face aux questions émotionnelles, surtout ceux qui ne peuvent pas physiquement en parler.
« La communication non verbale est essentielle ; elle représente le premier pas vers le rétablissement » a-t-elle déclaré.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)