25 février 2008
Ils préfèrent tirer leurs informations de l'Internet.
Nous donnons ci-dessous le premier article d'une série en deux volets consacrée à l'avenir des quotidiens.
Washington - La plupart des quotidiens des grandes villes vont disparaître au cours des 20 prochaines années et seront réinventés par le truchement de l'Internet et autres nouvelles formes de médias, ont affirmé plusieurs experts en journalisme au rédacteur d'America.gov.
Paul Gillin, rédacteur et consultant en médias spécialisé dans les sujets relatifs à la technologie de l'information, pense que seuls quatre ou cinq grands quotidiens survivront, notamment le Washington Post, le New York Times, le Wall Street Journal et USA Today, parce qu'ils ont judicieusement investi dans la distribution nationale afin d'obtenir plus de lecteurs.
Si M. Gillin pense que les grands quotidiens américains continueront d'offrir des informations précieuses, leur modèle d'exploitation ne survivra pas parce que l'économie n'évolue pas en leur faveur. Il veut dire par là que les grands quotidiens enregistrent de lourdes pertes financières du fait de leur important personnel composé de rédacteurs, de concepteurs, d'imprimeurs et de responsables de la circulation.
Ces pertes financières sont encore aggravées par diverses études démographiques montrant que les personnes de moins de 30 ans ne lisent pas de journaux imprimés traditionnels, a dit M. Gillin. La jeune génération obtient ses informations essentiellement de l'Internet.
M. Gillin entrevoit par contre une « explosion » dans ce qu'il appelle « le petit journalisme », constitué de petits quotidiens locaux distribués gratuitement et pouvant être lus en 25 ou 30 minutes sur le chemin du travail. La société Metro International, par exemple, incarne cette tendance. Elle publie des journaux gratuits à Boston, New York, Philadelphie et dans d'autres villes du monde entier afin d'offrir des informations qui attirent les jeunes professionnels.
M. Gillin pense également que les grandes sociétés vont tirer profit du vide laissé par l'effondrement des quotidiens en utilisant des outils peu coûteux disponibles en ligne pour devenir des éditeurs.
« Nous commençons déjà à voir des journalistes exploiter ce filon. Ceci signifie qu'on continuera à avoir besoin de spécialistes de la communication. »
Les journalistes devront également se former à l'utilisation de médias multiples. Ils devront par exemple apprendre à réaliser une vidéo sur le terrain pour compléter leur article.
M. Gillin a écrit dans un blog publié le 14 février que si Thomas Jefferson (le troisième président des États-Unis) était vivant aujourd'hui, « il serait un blogueur actif ». Ces nouvelles formes médiatiques représentent « le processus le plus démocratique ayant affecté l'industrie de l'édition depuis 500 ans ».
L'impartialité considérée comme obsolète
Steve Boriss, directeur associé du Center for the Application of Information Technology de l'université de Washington à Saint-Louis, considère l'information comme faisant de plus en plus partie de l'industrie du divertissement.
Selon lui, les reporteurs seront de plus en plus des assembleurs et des présentateurs d'articles d'information auxquels ils ajouteront leurs propres opinions et analyses.
Au cours du siècle dernier, a-t-il dit, est apparu un « mythe » selon lequel les articles devaient être totalement objectifs, le rédacteur devant s'abstenir de toute opinion personnelle.
Mais le simple fait, pour le rédacteur, de sélectionner les faits pertinents pour un article constitue l'expression d'une opinion, a affirmé M. Boriss. Il a rappelé par ailleurs que les États-Unis avaient été créés pour permettre aux citoyens de s'exprimer librement, l'opinion personnelle était considérée comme « sacrée ».
Il y a près de cent ans, on a tenté de faire du journalisme une science dans laquelle le rédacteur disait la vérité. « Ce modèle est en train de s'effondrer. »
Jusqu'à présent, a-t-il ajouté, des grands quotidiens tels que le New York Times et le Washington Post contrôlaient le débat national, les réseaux télévisés suivant leurs initiatives.
« Mais maintenant, l'Internet permet de nombreuses discussions, et les nouvelles ne sont plus filtrées » par quelques grandes institutions médiatiques. Dans un récent blog consacré à l'avenir de la presse, il a affirmé que l'Internet serait le seul média à survivre.
D'anciens reporteurs se désolent de la mort annoncée des quotidiens
Les changements qui se profilent dans le paysage médiatique ne réjouissent pas tout le monde.
Ainsi Charles Kaiser, ancien rédacteur du New York Times, préfère de loin les journaux à l'Internet. Il craint également que l'extinction des quotidiens traditionnels ait des conséquences négatives imprévues.
La diminution du nombre de journalistes, et tout particulièrement de journalistes spécialisés dans les enquêtes, signifie que l'on examinera les choses moins en profondeur, ce qui est pourtant le rôle essentiel de la presse dans une démocratie.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)