13 février 2008
Les journalistes risquent fréquemment leur vie pour exposer la corruption.

Washington - Malgré les nombreux dangers qui les menacent à travers le monde, les journalistes d'enquête continuent à exposer la corruption gouvernementale et l'influence de la criminalité organisée sur la politique nationale de leur pays, ont affirmé une représentante d'une agence mondiale de lutte contre la corruption et un éditeur de journal thaïlandais.
Mme Marta Erquicia, une représentante du groupe Transparency International, a déclaré que les journalistes jouent « un rôle clé dans la lutte contre la corruption », et que leur pays dépend d'eux pour « leurs opérations de surveillance ».
Les journalistes persistent à divulguer la corruption en dépit du rapport de l'ONU qui attribuerait la mort de plus de 1.000 professionnels des médias à travers le monde au cours des dix dernières années à des assassinats, la plupart ciblant leurs victimes spécifiquement.
Mme Erquicia, qui exerce le poste de coordinatrice du programme Transparancy International en Amérique latine et aux Antilles, a remarqué que nombre de présidents des pays de cette région ont été emprisonnés à la suite d'enquêtes journalistiques qui avaient réussi à exposer la corruption de leur gouvernement.
Outre le grand nombre de cas d'agression ou de meurtre perpétués contre les journalistes sur le terrain à cause de leur travail, Mme Erquicia a décrié le fait que suite à l'enquête d'un tel attentat, c'est typiquement l'assassin mercenaire qui est arrêté, et non pas le comploteur qui l'aurait engagé.
De plus, les journalistes doivent souvent s'autocensurer afin d'assurer la continuation du soutien financier et des revenus publicitaires des journaux pour lesquels ils travaillent, a-t-elle ajouté.
Lors d'une conférence organisée en mai 2007, à l'occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, Mme Erquicia a présenté un exposé des dangers qui menacent les journalistes d'enquête. Selon la représentante, les journalistes de guerre ou de conflits armés, même ceux qui effectuent leurs reportages depuis les champs de bataille même, sont cependant moins susceptibles de se faire tuer que les journalistes qui publient des articles dévoilant la corruption ou le crime organisé.
Selon Mme Erquicia, le journalisme d'enquête est essentiel à ce que « les institutions retiennent leur fonctionnalité », étant donné qu'il oblige les représentants élus à devoir répondre à leurs citoyens.
Le journalisme d'enquête devient encore plus important lorsque les secteurs judiciaire et parlementaire d'un gouvernement « se désintéressent à la surveillance de la corruption, où s'ils manquent les ressources et capacités de l'assurer. »
Transparency International et l'ONG « Press and Society Institute » (« l'Institut de la presse et de la société ») basée au Pérou, s'unissent tous les ans pour présenter un prix de 25.000 dollars aux auteurs des meilleurs articles sur la corruption en Amérique latine et dans les Antilles.

En 2007, le prix a été décerné à deux journalistes sud-américains rattachés à la revue d'actualités colombienne Semana et au quotidien brésilien Correio Braziliense. Cette année, le journal brésilien a exposé un des cas de corruption parlementaire les plus graves du pays, tandis que la revue colombienne a dévoilé l'infiltration de groupes paramilitaires dans la politique nationale.
Mme Erquicia a expliqué que ce prix suscitera l'intérêt international pour les événements couverts par les journalistes primés, ce qui aidera à les protéger d'éventuels actes de représailles dans leurs pays.
Un éditeur thaïlandais fait l'eloge des journalistes courageux
M. Kavi Chongkittavorn, l'éditeur en chef de The Nation (« La nation »), un journal anglophone publié en Thaïlande, a déclaré que les journalistes d'enquête sont « essentiels » à la lutte contre la corruption, « surtout durant les périodes où les affaires illicites sont encore au stade du complot. » Il a indiqué que dans sa région, où le meurtre des journalistes n'est pas rare, les journalistes doivent avoir « du courage, le soutien loyal de leurs éditeurs, et des bons contrats d'assurance-vie. »
M. Chongkittavorn a expliqué que la majorité des bons articles sur la corruption proviennent de « sources internes » qui sont rattachées à des agences gouvernementales, qui ne profitent pas des affaires illicites, ou qui désirent exposer les politiciens suspects.
Selon l'éditeur, il n'existe, en Thaïlande, aucune loi assurant la protection des dénonciateurs et les témoins directs de crimes, à la différence des États-Unis et d'autres pays qui ont instauré de telles mesures anti-corruption.
M. Chongkittavorn a exprimé son espoir quant à la création « d'un environnement dans lequel les dénonciateurs ne sont pas perçus comme des malfaiteurs, mais comme des individus responsables, honnêtes et désireux de protéger les intérêts nationaux de leurs pays. »
Dans le cadre de sa présentation à la conférence organisée à Medellin (Colombie) à l'occasion de la Journée mondiale sur la liberté de la presse, M. Chongkittavorn a déclaré que la Thaïlande a été le premier pays en Asie du Sud à adopter une loi qui établit la liberté de l'information. Malgré certains problèmes liés à sa mise en application, l'éditeur a indiqué que cette loi, qui date de 1997, a cependant aidé les journalistes thaïlandais à « repérer plusieurs scandales de corruption importants impliquant des dirigeants de haut niveau. »
Cependant, la loi n'a pas été appliquée comme il l'était prévu, et sert plutôt de « barrière à la dissémination de l'information » que de « véhicule de promotion de la divulgation ». Au vu de ces problèmes d'application, les journalistes thaïlandais ont eu tendance à l'éviter.
Le point de vue de l'ONU
M. Abdul Waheed Khan, un représentant de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), le groupe de l'ONU qui a organisé la conférence sur la liberté de la presse à Medellin, a expliqué que « bien trop souvent, les gouvernements créent des lois et d'autres moyens institutionnels qui leur permettent de dissimuler leurs activités du regard du public. »
M. Khan, qui est le directeur-général adjoint de l'UNESCO, a déclaré lors de la conférence que souvent, les autorités ne divulguent aux médias que les informations qui soutiennent leur points de vue.
Au cours des dernières années, « un grand nombre de gouvernements ont essayé de coopter des journalistes en versant une partie de leur salaire. Pour que les médias puissent œuvrer dans l'intérêt du public, les gouvernements doivent protéger l'indépendance et la pluralité des médias, y compris les voix critiques. »
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)