06 février 2008
M. John McCain perce chez les républicains, la course reste serrée du côté démocrate.
Washington - À l'aube du mardi 5 février aux États-Unis, le fameux « super mardi » où allaient se tenir des élections primaires et des caucus dans près de la moitié des États de l'Union - fait sans précédent -, nombreux étaient les politologues qui étaient persuadés qu'au soir de la bataille électorale, les candidats démocrate et républicain à la présidence allaient d'ores et déjà être choisis.
Or il n'en a rien été. Un nombre record d'électeurs se sont présentés aux urnes sans qu'il en soit ressorti, dans l'un ou l'autre camp, un seul candidat à même de revendiquer l'investiture de son parti. Bien que le décompte exact des délégués se poursuive encore à l'heure actuelle, on sait qu'aucun candidat n'a dominé la scène électorale en cette journée extraordinaire.
À propos de ce décompte, il faut savoir que toutes les primaires démocrates et un bon nombre de primaires républicaines se jouent à la représentation proportionnelle. Or, c'est le candidat ayant obtenu le soutien de la majorité des délégués dans l'un et l'autre parti qui reçoit l'investiture lors de la convention nationale. L'issue reste donc incertaine.
En effet, si, du côté républicain, le sénateur de l'Arizona John McCain a enregistré d'excellents résultats dans des États très peuplés, et donc comptant beaucoup de délégués, il est encore loin du compte majoritaire nécessaire.
De plus, du fait qu'un candidat qui obtient une solide deuxième place peut, en raison justement de la proportionnelle, recueillir autant de délégués que le candidat gagnant et que, d'autre part, les États les plus peuplés envoient le plus grand nombre de délégués aux conventions nationales, il est tout à fait possible que le vainqueur de la majorité des États n'obtienne pas la majorité des délégués. C'est ainsi que, bien que le démocrate Barak Obama, sénateur de l'Illinois, ait remporté la victoire aux urnes dans au moins 13 des 24 États où se tenaient les primaires le 5 février, sa rivale Hillary Clinton, sénatrice du New-York, a remporté le scrutin dans les États les plus peuplés, ce qui lui vaut une longueur d'avance dans le compte des délégués.
Renversement de situation dans le camp républicain
Avant le « super mardi », la course à l'investiture du parti républicain semblait opposer essentiellement MM. McCain et Mitt Romney, ancien gouverneur du Massachusetts. Au soir de ce mardi, comme l'annonçaient les sondages, M. McCain est sorti vainqueur dans la plupart des États et a accumulé un nombre de délégués nettement supérieur à celui de ses adversaires.
M. McCain a gagné dans plusieurs régions : en Nouvelle-Angleterre, où il a brillé dans tous les États à l'exception du Massachusetts ; dans le centre, notamment en Oklahoma et dans le Missouri ; enfin, dans l'ouest, en particulier l'Arizona, son État de résidence. Fait très important, il a également engrangé des victoires dans les États les plus peuplés des États-Unis : la Californie, l'Illinois, le New-York et le New-Jersey. On peut préciser que, dans ces deux derniers États, la totalité des délégués va au vainqueur, ce qui a eu pour effet d'augmenter considérablement l'avance dont jouit M. McCain sur ses rivaux.
« Ce soir, je pense qu'il faut nous faire à l'idée que désormais, nous sommes les favoris dans la course républicaine à l'investiture », a déclaré M. McCain à ses partisans réunis à Phoenix (Arizona).
M. Romney a remporté la majorité des suffrages dans deux États où il avait résidé, soit l'Utah et le Massachusetts, ainsi que dans les États ruraux du Dakota du Nord, du Montana et de l'Alaska.
Toutefois, un troisième candidat républicain a réalisé une percée inattendue : l'ancien gouverneur de l'Arkansas Mike Huckabee a obtenu la victoire dans pas moins de cinq États, tous situés dans le sud du pays : « Aujourd'hui, les gens, partout dans le pays, ont dit que malgré tout ce que prétendaient les experts, le vote appartenait au peuple, pas aux politologues... », a-t-il lancé au soir du « super mardi ».
Les démocrates se partagent les États et les délégués
La course entre Mme Clinton et M. Obama reste on ne peut plus serrée à l'issue du « super mardi » où les deux rivaux sont sortis gagnants dans divers États éparpillés dans tout le pays.
Il faudra sans doute plusieurs jours de calcul pour déterminer exactement l'attribution de tous les délégués démocrates. On est sûr, cependant, que le mode proportionnel d'attribution empêchera l'un quelconque des deux principaux candidats d'en recevoir une majorité décisive au terme du « super mardi ».
Les États où Mme Clinton l'a emporté figurent parmi les plus peuplés et les moins peuplés. Le minuscule territoire des Samoa-Américaines, archipel du Pacifique, a eu un nombre record de participants au scrutin, soit 285, dont la majorité a voté pour Mme Clinton. La sénatrice du New-York a également remporté la Californie, l'État le plus peuplé de l'Union, où près de 3,7 millions de démocrates se sont rendus aux urnes.
Mme Clinton a obtenu la majorité des voix dans divers autres États importants, dont le New-Jersey, le New-York, l'Arizona, l'Oklahoma, le Massachusetts et le Tennessee.
M. Obama a, lui aussi, réalisé d'excellents scores dans toutes les régions du pays. Il est sorti premier dans l'Utah, le Minnesota, l'Alabama et le Connecticut. Il a remporté des victoires à une majorité importante, soit plus de 60 %, dans l'Alaska, le Colorado, la Géorgie, l'Idaho, l'Illinois, le Dakota du Nord et le Kansas. Pourtant, dans certains États, tel le Missouri, le scrutin était tellement serré qu'on pouvait pratiquement parler d'ex-aequo.
L'issue restant ainsi indécise, les candidats orientent à présent tous leurs efforts vers la nouvelle série de primaires. Il s'en tiendra, les 9 et 10 février, en Louisiane et dans le Washington pour les deux partis, dans le Maine et dans le Nebraska pour les démocrates, et dans le Kansas pour les républicains. Le 12 février, ce sera le tour du Maryland, de la Virginie et du District de Colombie (la ville de Washington, la capitale fédérale, qui ne fait partie d'aucun État).
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)