04 février 2008
Le rôle de l'USAID dans ce domaine
« Tuer est devenu aussi facile que boire de l'eau. Non seulement j'étais passé dans un état second la première fois que j'avais tiré sur la gâchette, mais aussi j'avais cessé de connaître le remord, ou du moins il en paraissait ainsi… », écrit Ishmaël Beah, dans son livre intitulé « Le Chemin parcouru, mémoires d'un enfant-soldat ».
Selon des estimations de l'UNICEF, quelque 300.000 enfants de moins de dix-huit ans sont exploités dans le cadre de 30 conflits armés à travers le monde. La plupart d'entre eux sont témoins d'atrocités horribles ; un grand nombre contribuent à les infliger.
Quand ces conflits prennent fin, ces enfants peuvent-ils retrouver une vie normale et se réinsérer dans la société ? Oui, disent des spécialistes de cette question.
M. John Williamson a étudié ce qui est arrivé aux enfants-soldats qui avaient survécu aux douze ans de guerre civile en Sierra Leone. Dans le cadre d'une étude qu'il a réalisée en 2006, il a découvert que la plupart des enfants qui avaient été démobilisés paraissaient mener une vie aussi normale que celle des autres enfants de leur village ou quartier.
Conseiller technique du Fonds des enfants et des orphelins déplacés de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), M. Williamson a examiné la vie de 4.674 enfants-soldats démobilisés entre mai 2001 et janvier 2002.
Grâce à l'accord de paix de Lomé, qui offre des directives pour le désarmement des enfants-soldats, leur démobilisation et leur réinsertion dans la société, ces enfants ont reçu une aide pour retrouver leur famille. On leur a aussi donné le choix entre faire des études ou suivre une formation technique. L'USAID est l'organisme qui a le plus financé ces programmes.
La sensibilisation de la population
Il a été nécessaire de sensibiliser la population locale à ce problème, car de nombreuses personnes éprouvaient des sentiments de crainte et de haine envers les enfants-soldats qui allaient revenir. Des organisations non gouvernementales (ONG) ont œuvré de concert avec les responsables locaux en soulignant la nécessité de pardonner et d'accepter les enfants que l'on avait forcés à jouer le rôle de soldat.
Des cérémonies traditionnelles de purification et de guérison et le soutien de dignitaires religieux, a indiqué M. Williamson, ont aussi semblé contribuer à accroître l'acceptation de ces enfants et la confiance en eux. En outre, ces cérémonies ont aidé les enfants eux-mêmes à se sentir plus acceptables à l'égard de la société.
« Le fait de permettre à ces enfants de retourner à l'école ou de recevoir une formation technique a aussi beaucoup contribué à les réinsérer dans la société. Non seulement ils ont pu ainsi acquérir une nouvelle identité, mais aussi leur famille, leurs voisins et les autres enfants les ont acceptés plus facilement. »
Pour les anciens enfants soldats, il importe de paraître être comme tout le monde, a dit M. Williamson au Service d'information du département d'État.
Les ONG et l'UNICEF estiment que le fait de considérer ses enfants uniquement comme d'anciens enfants-soldats irait à l'encontre du but recherché, a-t-il précisé. Il s'agit de faire en sorte que ces jeunes reprennent au sein de la société une place comparable à celle des autres enfants de leur âge.
« Je pense, a-t-il dit, que la plupart des spécialistes sont d'avis que lorsque les anciens enfants-soldats jouissent des mêmes possibilités que les autres enfants ont dans leur village ou quartier, il ne convient pas d'avoir des programmes qui leur sont réservés. »
La nécessité de considérer l'ensemble de la situation
Selon M. Lloyd Feinberg, qui est à la tête du Fonds des enfants et des orphelins déplacés de l'USAID, les programmes d'aide réservés aux enfants-soldats peuvent avoir des conséquences imprévues. C'est pourquoi l'USAID cherche à atteindre tous les enfants touchés par un conflit.
« Parfois, a-t-il expliqué, lorsqu'on concentre son attention sur les anciens enfants-soldats, cette attention peut entraîner soit l'opprobre envers ses enfants, soit leur glorification. Le reste de la population risque de dire : nous aurions dû devenir aussi des enfants-soldats pour recevoir tout cet argent qui va les aider, alors que nous, nous n'avons rien. »
Il importe, selon M. Feinberg, de considérer l'ensemble de la situation d'un pays en proie à un conflit où des enfants sont forcés de devenir soldats, notamment la situation économique de ce pays. En effet, on ne peut pas donner une formation technique à un jeune pendant six semaines ou six mois, alors qu'il n'existe pas de marché pour ce genre de formation.
« Je pense que tout le monde se rend compte que les groupes armés recrutent surtout parmi les jeunes sans emploi, a-t-il dit. Nous étudions les moyens de découvrir les localités en situation vulnérable et de faciliter l'application de stratégies et de programmes économiques qui augmentent le revenu des familles et non pas seulement le produit intérieur brut du pays en question. »
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)