04 février 2008

Le rêve de Martin Luther King pour l'égalité entre les races

Un rêve réalisé ?

 
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Martin Luther King le 28 août 1963 à Washington
Martin Luther King prononce son fameux discours « J'ai un rêve » le 28 août 1963 à Washington. (© AP Images)

Washington - Cette marche et ce discours demeurent inoubliables pour le monde entier. Le 28 août 1963, une foule d'environ 250.000 personnes se dirigea vers le monument de Lincoln à Washington pour écouter Martin Luther King prononcer un discours d'une éloquence inégalable. Connu depuis lors pour ses passages commençant par « Je fais un rêve », le discours exprima avec passion les revendications du mouvement américain des droits civiques, à savoir l'égalité des droits pour tous les citoyens, y compris ceux qui étaient nés noirs ou de couleur.

Prononcé au terme d'un des plus grands mouvements de protestation, à l'époque, de l'histoire du pays, ce discours en particulier insuffla un nouvel élan d'espoir à tout le pays. Ce fut un moment rare de l'histoire qui changea une nation, ouvrant la voie à la transformation de la législation et de la vie aux États-Unis.

Dorothy Height, présidente honoraire du Conseil national des femmes noires (NCNW) se souvient : « C'était une journée très paisible. Un océan de visages blancs et noirs inondait le Mall. » Mme Height faisait partie des organisateurs de la marche et était assise sur le podium derrière Martin Luther King. Elle ajoute : « Je pense que ce moment fut décisif non seulement pour l'histoire américaine des droits civiques mais aussi pour l'histoire de notre pays. Il se traduisit par une détermination renforcée pour obtenir davantage d'égalité, de liberté et d'emplois pour les personnes de couleur. »

Mme Height, qui milite encore et a écrit ses mémoires Open Wide the Freedom Gates poursuit : « L'importance réelle de la marche et du discours fut que les mentalités changèrent. Après la marche, une indignation justifiée face à la discrimination raciale se généralisa. Ce fut le début d'une époque remplie de promesses et d'accomplissement. Ce fut un sentiment très fort. » John Lewis (Représentant démocrate de la Géorgie), la plus jeune personne à prendre la parole lors de la marche - il avait 23 ans en 1963, nous confie : « Grâce à la marche et à l'engagement de centaines de milliers de citoyens ordinaires, nous connûmes ce que j'aime appeler une révolution non violente, menée dans le cadre de l'État de droit, une révolution des valeurs et des idées. »

La manifestation la plus tangible du changement décrit par Mme Height et M. Lewis se matérialisa très rapidement. Moins d'un an après la marche, le président Lyndon Johnson signait la loi sur les droits civiques de 1964, qui mettait fin à la ségrégation dans les lieux publics, tels que les hôtels et restaurants, ainsi que toute discrimination à l'embauche. L'année suivante, la loi pour le droit de vote entrait en vigueur afin d'assurer aux Afro-Américains le droit de vote, sur papier et dans la réalité. En 1968, le Congrès adopta la loi sur l'égalité de l'accès au logement pour interdire toute discrimination lors de l'achat ou de la location de logements. Cette législation décisive fut complétée par de nouvelles politiques comme la discrimination positive, conçue dans le but de lutter contre les séquelles de la discrimination et d'encourager l'ascension des Afro-Américains.

La législation adoptée dans les années 60 est considérée comme le couronnement du mouvement des droits civiques. La loi sur les droits civiques mit fin aux formes les plus flagrantes de ségrégation et de discrimination ainsi qu'aux outrages séculaires. La loi pour le droit de vote permit à des millions d'Afro-Américains de se faire entendre en politique et se concrétisa par une envolée du nombre d'élus noirs.

Les nouvelles lois entrèrent en vigueur immédiatement. Les mentalités, elles, furent plus lentes à évoluer. Un sondage effectué par Newsweek en 1963 révéla que 74 % des Blancs pensaient que l'intégration raciale « avançait trop vite », opinion qui paraît choquante de nos jours car les mentalités sont très différentes. Dans un sondage du New York Times réalisé en 2000, par exemple, 93 % des Blancs affirmèrent qu'ils étaient prêts à voter pour un candidat noir qualifié aux élections présidentielles. Plus de 6o % d'entre eux acceptaient les mariages interraciaux. Et 80 % des sondés déclarèrent que la couleur de peau de leurs voisins leur importait peu.

Si Martin Luther King était encore vivant, il saluerait probablement les progrès accomplis suite aux revendications de la marche de 1963, tout en soulignant que son rêve n'a pas été complètement réalisé, notamment en ce qui concerne l'égalité dans les opportunités économiques. Ce dernier point est également rappelé par d'autres leaders des droits civiques comme Mme Height et M. Lewis. « Nous faisons grand cas de la réalisation du rêve de King, explique M. Lewis. Mais nous avons encore beaucoup de progrès à accomplir. » La réduction des disparités économiques et éducationnelles qui persistent entre les races est un problème bien plus complexe à résoudre que de mettre fin à la ségrégation ou d'octroyer le droit de vote par la loi.

Quant à Martin Luther King, le rêve qu'il exprima lors de la marche de Washington appartient désormais à la culture politique dominante et son anniversaire fait l'objet d'une fête nationale pendant laquelle les Américains rendent hommage à ses idéaux et à sa mémoire. Les dirigeants politiques des deux grands partis ont apporté leur soutien au projet de mémorial en son honneur qui sera construit dans la capitale aux côtés de trois géants de l'histoire américaine, les présidents Abraham Lincoln, Thomas Jefferson et Franklin Delano Roosevelt. Ce projet permet peut-être de mesurer les changements et l'évolution d'une nation entière mais aussi de comprendre que le rêve du pasteur King est désormais une vérité irréfutable acceptée par une écrasante majorité d'Américains.

Et pas seulement les Américains. Pendant sa courte vie - il est mort à 39 ans - Martin Luther King s'est battu pour la justice raciale dans le monde entier et pas aux États-Unis uniquement. Il parcourut le monde pour proclamer sa vision d'une « communauté bien-aimée » en définissant le racisme comme un mal mondial. « Parmi les impératifs de notre temps, nous devons lutter dans le monde entier avec une détermination inébranlable pour balayer les derniers vestiges du racisme », avait-il déclaré. « Ce n'est pas un phénomène uniquement américain. Ses griffes vicieuses ne connaissent pas de frontières. »

Le jour même de son discours « Je fais un rêve », alors qu'il s'adressait aux Américains en particulier, Martin Luther King était conscient de l'impact de la marche et de son message dans le reste du monde. Il déclara : « Pendant que les télévisions diffusaient l'image de ce rassemblement extraordinaire au-delà des frontières et des océans, ceux qui croyaient en la capacité des hommes à être meilleurs connurent un moment d'inspiration et de confiance en l'avenir de l'humanité. »

La portée universelle des événements du 28 août 1963 est rappelée par Mme Height. « Partout où je me rends depuis 40 ans, je suis frappée de voir tout ce que les gens savent sur le mouvement des droits civiques et sur Martin Luther King, parfois dans le moindre détail. Le monde avait les yeux tournés sur nous ce jour-là. La marche toucha le monde entier et l'Amérique. »

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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