13 mai 2008

Les mesures prises par la Réserve fédérale calment les marchés financiers

Elles suscitent cependant des controverses.

 
NYSE
La salle de changes de la Bourse de New York en mars 2008. (© AP Images)

Le présent article est le deuxième d'une série de trois articles consacrés aux turbulences sur les marchés financiers américains et aux efforts déployés pour stabiliser la situation.

Washington - Selon des spécialistes, les mesures inhabituelles prises par la Réserve fédérale, la banque centrale des États-Unis, ont calmé les marchés financiers, tout en lançant un débat sur son rôle futur.

Vers le milieu du mois de mars, la Réserve fédérale a adopté les mesures les plus spectaculaires depuis le début des crises du marché immobilier et du crédit en 2007. Elle a en effet facilité le rachat de la banque d'affaires Bear, Stearns and Company et décidé de réduire le taux de ses prêts au secteur bancaire, après une réunion d'urgence de son comité directeur. Pour la première fois depuis les années 1930, la banque centrale permet donc aux banques d'affaires d'emprunter à court terme en accédant à son guichet d'escompte, alors même qu'elle n'assure pas la tutelle de ces institutions.

Mis en œuvre par la Réserve fédérale en accord avec le ministère des finances, ce plan a permis de redonner une certaine confiance aux marchés financiers à travers le monde.

Le président Bush a déclaré qu'il était ambitieux et efficace. Des chefs de file du Congrès, et certains spécialistes, lui ont également trouvé des qualités.

D'autres spécialistes considèrent toutefois que la Réserve fédérale s'est aventurée à découvert en intervenant dans des domaines où la réglementation est limitée. Un professeur d'économie, M. Joseph Mason, et un ancien président de la Réserve fédérale, Paul Volcker, se sont demandé si la banque centrale avait vraiment intérêt à repousser les frontières de sa compétence.

M. Mason, qui enseigne la finance à l'université Drexel, estime que la banque centrale risque de perdre son atout le plus précieux, à savoir sa crédibilité. « Être crédible est particulièrement important dans les périodes difficiles, a-t-il souligné. C'est parce que la Réserve fédérale est crédible qu'elle peut contrôler l'inflation et que les États-Unis peuvent emprunter à des taux satisfaisants. » Tout comme d'autres économistes, M. Mason estime en effet que la menace d'une reprise de l'inflation est bien réelle.

Un ancien responsable de la Réserve fédérale, M. Edwin Truman, qui est actuellement au Peterson Institute for International Economics, est d'un avis différent. « La crédibilité de la banque centrale, a-t-il dit, ne me semble pas en cause, dès lors qu'il est clair qu'elle ne cherche pas à venir au secours d'une institution ou d'une personne spécifique, mais qu'elle vise à stabiliser le système financier dans son ensemble. »

Pour lui, « les responsabilités de la Réserve fédérale ne sont pas identiques à celles exercées par les autres banques centrales, dont l'action est axée essentiellement sur l'inflation. Elle doit également favoriser la croissance économique et assurer la stabilité du système financier. »

L'actuel président de la Réserve fédérale, M. Ben Bernanke, a eu l'occasion de défendre l'action de son institution lors de son intervention, le 2 avril, devant la commission économique mixte du Congrès. « Dans la conjoncture économique mondiale actuelle, et compte tenu des pressions qui s'exercent sur le système financier, une défaillance de Bear Stearns aurait pu avoir des conséquences désastreuses et difficiles à contrôler » a-t-il ainsi déclaré.

Certains spécialistes et certains parlementaires considèrent toutefois que la Réserve fédérale aurait pu assurer la bonne continuité des opérations du système financier sans prendre de risques avec l'argent des contribuables ou, à tout le moins, sans risquer d'encourager l'imprudence. En effet, pour faciliter l'acquisition de Bear Stearns par une autre grande banque d'affaires, elle a accepté de garantir à hauteur de 30 milliards de dollars des titres difficiles à valoriser détenus par Bear Stearns. Le souci exprimé est donc que la banque centrale risque non seulement de perdre de l'argent sur ces titres, mais également d'encourager les banques de Wall Street à prendre des risques inconsidérés en espérant que l'État vole à leur secours si besoin est.

Pour M. Truman, et contrairement à l'opinion de certains, l'intervention de la Réserve fédérale ne constitue par un repêchage de Bear Stearns : « Bear Stearns a perdu son indépendance, et ses capitaux propres ont été ramenés à zéro. Ceci ne constitue certainement pas une victoire pour les actionnaires de la banque, parmi lesquels figurent la direction et le personnel. »

Quant aux actifs à risque, M. Truman estime qu'on ne saurait exclure un scénario où les titres détenus par Bear Stearns soient une source de bénéfices plutôt que de pertes pour la Réserve fédérale.

Il convient également de ne pas oublier que le ministre des finances, M. Henry Paulson, a déclaré que les mesures prises récemment par la Réserve fédérale ne sauraient constituer un précédent qu'en période de crise. Il a en outre précisé que les banques d'affaires et autres institutions financières ayant accès temporairement au guichet d'escompte de la Réserve fédérale devraient se soumettre à certaines obligations d'information et de transparence. Enfin, il a conclu en indiquant que les dispositions temporaires adoptées avaient un caractère expérimental et que le gouvernement en tirerait les leçons pour l'avenir.

Ces arguments n'ont pas convaincu M. Mason. Pour lui, la Réserve fédérale et le gouvernement auraient dû laisser les forces du marché décider du sort de Bear Stearns, qui aurait sans doute fait faillite du fait de son insolvabilité. Comme par le passé, la Réserve fédérale et le gouvernement devraient à l'avenir faire confiance à la discipline des marchés si une autre institution financière importante venait à se trouver au bord de la faillite.

En revanche, d'autres spécialistes citent le Japon pour montrer qu'une approche de laisser-faire n'est pas souhaitable. En effet, les autorités financières japonaises ont attendu des années pour intervenir lorsque les banques ont accumulé des tas de créances irrécouvrables à la fin des années 1980, après l'éclatement d'une bulle immobilière. Ce laisser-faire s'est traduit par une dizaine d'années de malaise économique, qui n'a pris fin que lorsque le gouvernement s'est résolu à apporter des sommes considérables aux banques en difficulté.

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