02 avril 2008
Washington exhorte les deux camps à ne pas avoir recours à la violence.

Washington - Alors que, en date du 1er avril, la Commission électorale du Zimbabwé a rendu publics environ la moitié des résultats des élections législatives qui ont eu lieu le 29 mars, le fait qu'elle n'a encore rien annoncé au sujet des résultats de l'élection présidentielle suscite des préoccupations chez les diplomates et les observateurs étrangers.
Le porte-parole adjoint du département d'État, M. Tom Casey, a déclaré le 1er avril que les États-Unis souhaitaient que les résultats de l'élection présidentielle qui opposait le président sortant, M. Robert Mugabe, au chef du Mouvement en faveur du changement démocratique (MDC), M. Morgan Tsvangirai, et à un candidat indépendant, M. Simba Makoni, soient annoncés « dès que possible ».
Selon une africaniste d'un institut de recherche de Washington (le Council on Foreign Relations), Mme Michelle Gavin, les tensions s'accroissent dans le pays parce que de nombreux Zimbabwéens se demandent pourquoi il est nécessaire de retarder la publication des résultats étant donné que certains d'entre eux ont été affichés immédiatement après le scrutin à l'extérieur des bureaux de vote.
Mme Gavin a déclaré à des journalistes, le 31 mars, que le parti MDC de l'opposition s'était déclaré victorieux, alors que le gouvernement Mugabe soutenait que seule la Commission électorale pouvait annoncer les résultats.
« Bien entendu, cette commission n'est pas considérée comme indépendante du fait que le président en a nommé tous les membres », a-t-elle dit tout en se déclarant d'avis que si la commission annonçait que M. Mugabe ne l'avait pas emporté, cela voudrait dire que le président lui-même avait accepté son échec. Toutefois, a-t-elle ajouté, personne n'a donné jusqu'ici une très bonne explication de la raison pour laquelle l'annonce des résultats prend autant de temps.
La Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), dont les observateurs ont été les seuls autorisés par le gouvernement Mugabe à suivre les élections, a décrit le scrutin comme s'étant déroulé dans le calme et d'une façon « crédible ». Pour sa part, Mme Gavin a indiqué que, malgré les irrégularités préélectorales, le scrutin s'était relativement bien passé, mais que la SADC n'avait pas qualifié les élections de « libres et honnêtes ».
Pour ce qui est de l'éventualité d'actes de violence postélectoraux, comme cela s'est produit au Kénya en janvier, Mme Gavin a souligné que la situation politique du Zimbabwé est très différente de celle du Kénya. Ce pays, a-t-elle dit, ne connaît pas les mêmes tensions latentes entre ethnies qui suscitent de temps à autre des actes de violence. Il convient cependant, selon elle, de prêter attention à certains signes tels que des déclarations mettant en garde contre la violence, les activités des forces de sécurité et l'éventuelle mobilisation de milices fidèles à des partis politiques.
Les États-Unis ont exhorté les deux camps à éviter toute violence dans l'atmosphère tendue qui règne actuellement dans le pays. « Nous ne voudrions pas qu'une personne quelconque parmi ceux qui sont en faveur soit du gouvernement soit de l'opposition déclenche la violence, car elle serait dans l'intérêt de personne », a souligné M. Casey.
De hauts responsables américains avaient exprimé leurs préoccupations au sujet de la situation au Zimbabwé avant les élections en faisant état d'informations relatives au grand nombre d'irrégularités préélectorales.
M. Casey a indiqué que la persistance du retard dans l'annonce des résultats accentuait ces préoccupations, en particulier depuis que des organisations non gouvernementales et d'autres groupements avaient diffusé à la suite du scrutin les résultats de sondages et de dénombrement parallèle des suffrages.
En date du 1er avril, a-t-il dit, les résultats des élections législatives rendus publics par la Commission électorale montrent que le parti ZANU-PF du président Mugabe et le parti MDC de l'opposition ont obtenu à peu près le même nombre de sièges au Parlement.
Par ailleurs, M. Casey a souligné qu'il importait que la volonté du peuple zimbabwéen soit respectée « par tous les membres du gouvernement qui risquaient, à la suite des élections, de se trouver bientôt sans poste ».
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)