28 septembre 2007
Une collection rassemble 300 œuvres de 118 artistes féministes de cinq continents.
Washington - Une exposition au Musée national des beaux-arts féminins (NMWA) révèle l'impact des artistes féministes à travers le monde sur l'art contemporain entre 1965 et 1980. Tout en réunissant pour la première fois des œuvres qui figurent dans les pages des anthologies de l'art, elle contient aussi des merveilles que le public n'a pas vues depuis leur dévoilement.
Intitulée « L'Art WACK ! et la révolution féministe », cette collection recueille des œuvres créées par des artistes provenant des États-Unis, du Canada, d'Amérique latine, d'Europe centrale et occidentale, d'Inde, de Chine, du Japon et d'Australie. Il s'agit de la première exposition ayant pour mission d'explorer de façon complète les origines, le développement et l'impact du mouvement féministe sur l'art contemporain des années 1960 et 70. Mais c'est aussi la plus grande exposition présentée par le Musée NMWA depuis son ouverture il y a 20 ans.
Un grand nombre des créations à l'affiche ont été sélectionnées car elles s'attaquent au « regard masculin » conventionnel et aux images des femmes qui en résultaient au début des années 1960 dans les domaines de l'art et de la publicité. Par exemple, une sculpture de l'artiste Joan Semmel de New York représente des amants d'une perspective féminine, ce qui était jugé révolutionnaire il y a quarante ans.
Parmi les 300 peintures, sculptures, photographies, films, vidéos et œuvres d'art scénique créés par 118 artistes, on trouvera la « Sculpture II » de Kirsten Justesen qui, en 1969, se révèle nue et recroquevillée dans une photo placée au fond d'une boîte en carton. Judy Chicago, (dont l'installation « The Dinner Party » est une des œuvres d'art féministe les plus célèbres du monde), y a contribué son tableau « Pasadena Lifesavers Red # 5 ».
Les premières expressions de Lorraine O'Grady, une artiste de la scène afro-américaine, sont documentées dans des photographies et des vidéos. Mais on y trouve aussi la robe que portait Lorraine O'Grady à l'occasion des vernissages d'autres artistes, où, vêtue et gantée de blanc, elle récitait, sous le nom de Mlle Bourgeoise Noire (un personnage de sa propre création), des poèmes acerbes sur l'insularité de l'élite artistique.
En rentrant, les visiteurs sont confrontés à une vidéo de 8 minutes projetée sur le mur dans laquelle l'artiste Elaine Sturtevant réinterprète le fameux « Nu descendant un escalier » de Marcel Duchamp.
Dans une autre vidéo, on voit la fameuse prestation artistique de Yoko Ono intitulée « Cut Piece », ou « Pièce coupée », au cours de laquelle les spectateurs sont invités à découper ses vêtements. On peut également regarder le film « Art Must Be Beautiful ; Artist Must Be Beautiful », ce qui veut dire « L'art doit être beau ; l'artiste doit être belle », dans lequel l'artiste serbe Marina Abramovi se peigne les cheveux. En tout, il faudrait une semaine entière pour visionner toutes les vidéos.
« Certaines des artistes présentées par l'exposition WACK ! estiment que leurs ouvrages ne sont pas forcément féministes, étant donné qu'elles considèrent leurs créations comme étant plutôt personnelles que politiques », a expliqué Kathryn West, la conservatrice des œuvres d'art contemporain et moderne du Musée NMWA dans un article. « Mais même les expressions les plus intimes peuvent avoir un impact culturel et politique d'une importance énorme. »
La collection contient de nombreux et divers exemples d'autoreprésentation, tels que « Self », une série de clichés photographiques au cours de laquelle l'artiste Annegret Soltau se ligote la tête de ficelles noires puis s'en libère en les coupant.
Les organisateurs ont également mis à la disposition des visiteurs une « chronologie féministe » soulignant les grands événements relatifs au mouvement féministe, tels que l'admission de la première femme à l'École de droit de l'université Harvard en 1950, l'apparition de la première poupée Barbie en 1959, l'autorisation de la pilule contraceptive par l'Administration des produits alimentaires et pharmaceutiques des États-Unis (FDA) en 1960, la parution de l'essai « La femme mystifiée » de Betty Friedan en 1963, et l'adoption de la Loi sur les droits civils aux États-Unis en 1964. Mais l'influence d'autres mouvements des années 60 et 70, (comme les protestations contre la guerre du Vietnam ou la réclamation des droits civils ou des droits égaux pour les homosexuels), se manifeste également dans un grand nombre des œuvres présentées.
La collection ne cherche pas à imposer une définition unique du féminisme à cette époque, mais l'image des femmes dans la culture populaire et les représentations abusives du physique féminin dans les médias restent des thèmes importants.
Selon Connie Butler, la conservatrice du Musée NMWA, le nom de l'exposition (« WACK ! ») ne se réfère à rien de vraiment précis. Elle a choisi ce nom parce qu'il évoque les acronymes employés par un grand nombre de groupes activistes et politiques axés sur les questions des femmes pendant les années 60 et 70.
L'exposition a été inaugurée au Musée de l'art contemporain de Los Angeles. Lorsqu'elle quittera Washington le 16 décembre, elle se reproduira au Musée d'art moderne de New York avant de se rendre à la Galerie d'art de Vancouver au Canada.
Le NMWA est le seul musée du monde consacré uniquement au travail des artistes femmes.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)