25 septembre 2007
Un festival célèbre Ellington, Gillepsie et Willis Conover, présentateur de jazz à la Voix de l'Amérique

Washington - La foule serpentait le long du pâté de maisons à Moscou en 1989 dans l'espoir de rencontrer le célèbre trompettiste de jazz américain Dizzy Gillespie qui venait de jouer dans un concert à guichets fermés. Mais un grand nombre de personnes voulaient aussi avoir des nouvelles de Willis Conover, l'homme dont les émissions à la Voix de l'Amérique les avaient initiées au jazz américain.
« Lorsque nous étions à Moscou les gens faisaient la queue après le concert, » déclara Charles Fishman, l'ancien imprésario de Gillespie, « et je dirais qu'une majorité - peut-être trois sur cinq - nous disait sous une forme ou une autre : "Comment va Willis Conover ?" Willis Conover et le jazz de la Voix de l'Amérique étaient notre filet de sécurité qui nous permettait d'espérer qu'un jour nous serions libres, que nous pourrions nous exprimer. »
« Nous sommes ensuite allés à Prague et à Berlin et c'était plus ou moins le même scénario », ajouta M. Fishman qui organise maintenant le Festival de Jazz Duke Ellington à Washington.
Cette année, le festival de jazz de Washington comprenait des événements qui célébraient aussi bien Gillespie et Conover que Duke Ellington. Le dernier programme fut un concert le 17 septembre rendant hommage à Conover, annonceur des programmes de jazz et de musique populaire à la Voix de l'Amérique de 1955 jusqu'à quelque temps avant sa mort en 1996. En tête d'affiche figurait un autre grand du jazz, Paquito D'Rivera, le musicien et compositeur d'origine cubaine.
Au fil des années, Conover a interviewé des centaines de musiciens dont Ellington, Gillespie, Ella Fitzgerald, Irving Berlin et Louis Armstrong. Selon John Stevenson, directeur de la division du programme central de la Voix de l'Amérique, Conover était particulièrement populaire dans les pays derrière le rideau de fer pendant la guerre froide. « C'était l'Américain le plus fameux qu'ils connaissaient, » a-t-il déclaré.
Pour Conover, « le jazz et l'Amérique signifiaient la même chose : liberté », a ajouté M. Stevenson lors d'une discussion de groupe d'experts sur le jazz et la diplomatie le 17 septembre à l'Université de George Washington. » Mais ses commentaires n'étaient pas politisés. Il était convaincu que la musique à elle seule communiquait le message de l'Amérique. »
Un symbole de ses idéaux, le jazz fait partie du message de l'Amérique au monde depuis au moins 50 ans, non seulement dans les programmes présentés par Conover mais aussi dans les tournées à l'étranger de Duke Ellington, de Gillespie, d'Armstrong et d'autres, organisées par le département d'État.
M. Fishman, qui a accompagné Gillespie au cours de nombreuses tournées privées et celles organisées par le gouvernement, a précisé que cet artiste insistait toujours pour que le premier acte d'un concert soit un groupe du pays et il s'associait souvent avec des musiciens locaux. Ce n'était pas seulement à la musique que l'auditoire répondait, a déclaré M. Fishman pendant la discussion, mais aussi « au rapport humain. »
George Moose, ancien ambassadeur au Bénin et au Sénégal, est du même avis. Il se souvient comment les étudiants de l'université de Dakar ont « réagi avec un énorme enthousiasme » à Gillespie en 1989 - non seulement à sa musique mais aussi à son « esprit de participation. »
Gillespie « était venu non seulement pour partager sa musique, mais pour s'imbiber de la culture locale. C'était nettement plus efficace que tout le langage diplomatique que nous au niveau de l'ambassade essayions d'utiliser, » a déclaré M. Moose. « Nous avons réussi à sensibiliser plus de gens en cette semaine de concerts que pendant toute une année avec d'autres activités. »
« Le jazz est le meilleur ambassadeur des États-Unis, » a déclaré Milcho Leviev, le pianiste de jazz d'origine bulgare. C'est une musique que l'on joue dans le monde entier, elle élimine toutes les barrières entre peuples.
M. Leviev faisait partie du quintette de jazz multinational qui participa au concert en hommage à Willis Conover, aux côtés de D'Rivera au saxophone alto et à la clarinette, George Mraz (République tchèque) à la basse, Valery Ponomarev (Russie) à la trompette et Horacio Hernandez (Cuba) à la percussion.
Après le concert, M. Leviev a fait part à l'USINFO qu'il avait entendu le jazz pour la première fois lors d'une émission de Conover à l'âge de 17 ans « et, jusqu'au jour de ma défection de Bulgarie en 1970, j'ai rarement manqué une émission (…) Ce fut notre académie de jazz. »
Karen Hughes, sous-secrétaire d'État à la diplomatie et aux affaires publiques, a souligné « que bien qu'il ne fût pas aussi connu en Amérique, Willis Conover a eu une portée énorme pour le pays. » Il avait un succès immense à l'étranger, a-t-elle ajouté, et « son histoire illustre comment les arts et la culture peuvent communiquer à travers les frontières et toucher l'esprit humain. »
M. D'Rivera a rappelé que le gouvernement cubain avait essayé, sans trop de succès, de bloquer les émissions de la Voix de l'Amérique. « Il ne me serait jamais venu à l'esprit que lorsque j'écoutais Willis Conover à la Havane, Valery Ponomarev écoutait la même émission en Russie tout comme Milcho Leviev en Bulgarie, » annonça-t-il à l'auditoire du concert. Il a appelé le jazz « la plus belle musique de la planète ».
Le concert qui s'est tenu dans l'auditorium de la Voix de l'Amérique a démarré avec « Take the A Train » le refrain le plus célèbre de l'orhcestre de Duke Ellington, qui fut l'indicatif musical de l'Heure de Jazz à la Voix de l'Amérique de Conover. Environ 70 minutes plus tard, le concert s'est terminé par « Con Alma » de Dizzy Gillespie, sous de vifs applaudissements.
Au cours d'une entrevue donnée après le concert, D'Rivera a déclaré qu'en plus des grands musiciens de jazz, d'autres musiciens et compositeurs tels que Leonard Bernstein et George Gershwin se sont inspirés du jazz. « C'est la raison pour laquelle c'est tellement important - ce ne sont pas seulement les gens du jazz, ce sont les peuples qui ont été influencés par le jazz, » a-t-il déclaré. « Je ne pense pas avoir suffisamment de mots pour décrire à quel point ce patrimoine est précieux », a-t-il ajouté.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)