19 septembre 2007
Les travailleurs s'adaptent aux besoins de souplesse et de collaboration entre continents.
Washington - On ne parle plus de « recherche et développement » chez Procter & Gamble. Il s'agit plutôt de « branchement et de développement » dans cette société productrice d'une vaste gamme de produits de grande consommation qui est à la recherche d'idées dans le monde entier.
C'est du moins l'opinion de Mme Jodi Starkman, de l'établissement Organization Resources Counselors qui est spécialisé dans le dépistage de talents et qui compte parmi ses clients de nombreuses sociétés figurant sur la liste des 500 plus grosses sociétés de la revue Fortune. Les conditions de travail sont en train de changer pour les Américains qui travaillent pour des sociétés de portée mondiale, qu'elles soient multinationales ou qu'elles fassent partie du secteur de la haute technologie.
Les sociétés américaines font appel à des ressortissants de divers pays et ont de plus en plus recours à la technologie pour la gestion du personnel. Elles fonctionnent avec un personnel plus réduit et des locaux moins importants, et un grand nombre de leurs salariés ne vont pas au bureau, n'ont pas d'heures fixes ni de vacances bien déterminées.
Selon des spécialistes qui ont accordé un entretien à l'USINFO, d'autres changements sont prévisibles en raison de la nature de plus en plus mondiale des sociétés : les entreprises américaines vont avoir à leur tête des ressortissants étrangers, et même la notion de siège social aux États-Unis va disparaître.
M. Navi Radjou, de Forrester Research, a fait état de la décision d'IBM de ne plus concentrer son attention comme auparavant sur ses activités aux États-Unis. À l'heure actuelle, sa filiale indienne qui est située à Bangalore (Inde) conçoit des appareils avec l'aide de spécialistes de la logistique se trouvant en Suisse et de spécialistes des logiciels se trouvant au Japon.
L'accès à une main-d'œuvre répartie dans le monde entier ainsi que l'accès à l'Internet permettent d'apporter des modifications à des modèles tridimensionnels en vingt-quatre heures. Des ingénieurs se trouvant dans un continent peuvent faire les premiers changements, d'autres vivant dans un autre continent peuvent offrir leurs réactions à ces changements et un troisième groupe peut faire les corrections nécessaires.
La courte durée de vie des produits de consommation exige que l'on innove. Les projets peuvent être lancés rapidement, et c'est pour cela que les sociétés souhaitent disposer d'une main-d'œuvre preste.
« Les emplois sont de courte durée » a dit le professeur Paul Saffo, de l'université Stanford en Californie, qui est spécialisé dans la technologie. Plus de la moitié des salariés d'IBM ont moins de cinq ans d'ancienneté.
Les sociétés réduisent de plus en plus leurs avantages sociaux et accordent des primes à la place car elles ne tiennent pas à ce que leurs salariés restent pendant trop longtemps, a indiqué Mme Dallas Salisbury, de l'Employee Benefit Research Institute.
De grandes sociétés américaines, telles qu'IBM, General Electric et Emerson Electric, ont commencé à exercer des pressions pour que d'autres pays commencent à réviser leur droit du travail et leur réglementation sur les avantages sociaux.
Leur action a cependant un envers, car de nombreux travailleurs demandent « des programmes de mentorat » semblables à ceux des États-Unis. Par exemple, « les homosexuels et les lesbiennes de pays conservateurs demandent des programmes de soutien sur le lieu de travail, à la surprise de leur patron », a dit Mme Elizabeth MacGillivray, d'Organization Resources Counselors.
Selon le porte-parole de la société IBM, M. Clint Roswell, le fonctionnement de cette entreprise évolue rapidement. Quelque 40 % de ses salariés sont « mobiles », c'est-à-dire qu'ils ne vont plus au bureau. Aucun d'eux n'a de vacances fixes. Ils prennent des jours lorsqu'ils en ont besoin. « Les salariés n'ont pas à se trouver à un endroit précis à un moment donné, ce qui nous donne une plus grande souplesse », a fait remarquer M. Roswell.
La société Sun Microsystems a une proportion semblable de salariés qui sont « mobiles ». Ils ne sont pas tout à fait libres de travailler aux heures qui leur plaisent. Certains doivent participer à des conférences téléphoniques à 5 h du matin. Ils doivent être disponibles pour répondre aux questions de leurs collègues par courrier électronique, par messagerie instantanée et pour utiliser des sites Internet protégés par mot de passe qui permettent l'accès commun à des documents.
« Nous collaborons beaucoup au moyen de services de messagerie en temps réel », a indiqué M. Roswell. Vu que les salariés de la société IBM sont des ressortissants de 170 pays, les conférences téléphoniques sont des conférences mondiales entre des personnes se trouvant la plupart du temps dans 3 ou 4 continents.
Mme Starkman, qui est une ancienne salariée d'IBM, a déclaré que la base de données de cette société relative aux compétences de son personnel était très utile. Alors qu'elle se trouvait chez un client, un problème est apparu sur un appareil d'un autre fournisseur, et grâce à la banque de données elle a pu trouver des salariés d'IBM en Europe et en Asie qui étaient au courant de l'application en question. Elle leur a envoyé un courriel, et, dès le lendemain matin, deux d'entre eux se sont déclarés prêts à aider ce client.
L'accès à l'Internet, câblé ou sans fil, se répand et rend ainsi la collaboration plus facile. Bientôt, les travailleurs pourront employer des appareils de poche et consulter ainsi l'Internet tout en marchant dans la rue.
Par ailleurs, les sociétés américaines préparent leurs salariés étrangers à des postes de cadre supérieur parce qu'il est très onéreux d'envoyer des cadres américains à l'étranger. Selon un économiste de l'université de Boston, M. Fred Foulkes, l'envoi d'un cadre américain en Chine revient à 600.000 dollars par an. « Les sociétés multinationales, telles que Procter & Gamble, Colgate Pamolive, General Electric, veillent à ce que des non-Américains puissent occuper des postes de responsabilité. Elles ne veulent pas des cadres supérieurs qui ont fait toute leur carrière à New York », a-t-il dit. À cet égard, il a cité en exemple la société suisse Nestlé : 35 de ses 100 cadres supérieurs ne sont pas suisses.
Alors que l'Inde et la Chine deviennent des centres d'innovation, il y a lieu, selon le directeur général de Procter & Gamble, M. A.G. Lafley, de se fixer l'objectif consistant à découvrir la moitié des nouveaux produits en dehors des laboratoires de cette société, chez des innovateurs du monde entier. « Nous voulons que l'on connaisse Procter & Gamble comme la société qui collabore », a-t-il indiqué. C'est là un changement d'attitude qui semble être payant.
Au fur et à mesure que les sociétés américaines ne soucieront plus des frontières pour ce qui est du personnel, des heures de travail et des stratégies, elles n'auront plus de centre géographique important, ni de siège social, a déclaré M. Saffo. Déjà la société finlandaise Nokia a un directeur général à Helsinki (Finlande) et un directeur financier à New York.
Pour les sociétés américaines spécialisées dans les produits de grande consommation, il ne s'agit pas seulement de gérer le personnel et les innovations en matière de produits, mais aussi de vendre ces derniers. « Il est probable que, peu de temps après ma mort, le grand marché pour les produits de consommation sera en Inde ou en Chine, voire dans ces deux pays », a déclaré Mme Martha Farnsworth Riche, qui était à la tête du Bureau du recensement dans les années 1990 et qui est l'auteur d'articles relatifs à l'influence des changements démographiques sur les entreprises et sur les produits.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)