18 septembre 2007

Les femmes doivent prendre part au processus politique

Interview d'une députée du Maryland d'origine étrangère

 
Joseline Peña-Melnyk
Joseline Peña-Melnyk et sa famille chez eux à College Park, au Maryland. (Photo VoteJoseline)

(Il faut du courage et de la détermination pour percer dans la politique et briguer un poste d'élue. L'USINFO se penche sur l'expérience de trois femmes on ne peut plus différentes qui l'ont fait et qui ont gagné.

Cet article est le premier d'une série de trois articles concernant des femmes qui assument leur premier mandat à l'Assemblée générale du Maryland.)

Washington - Pour Joseline Pena-Melnyk, la route conduisant à la chambre des députés du Maryland a été semée d'embûches, mais les défis ne lui font pas peur.

Elle n'avait que huit ans lorsqu'elle quitta la Républicaine dominicaine en 1974 pour venir s'installer aux États-Unis. Sa mère, sa jeune sœur et elle ne parlaient guère l'anglais et le père les avait abandonnées. La mère a beaucoup peiné pour subvenir aux besoins de la petite famille et la sœur a succombé à l'attrait exercé par la rue, a eu le premier de ses quatre enfants alors qu'elle était adolescente, et la violence liée à la drogue a tué le père de ses deux premiers enfants.

Ces adversités ont poussé Joseline Pena-Melnyk à travailler d'arrache-pied. Première de sa famille à obtenir un diplôme universitaire, elle a poursuivi ses études pour devenir avocate. Elle a par la suite épousé Markian Melnyk qu'elle avait connu à la faculté de droit et s'est installée en banlieue de Washington.

Avec ses trois jeunes enfants et le temps qu'elle consacrait aux activités communautaires, la vie de Joseline Pena-Melnyk était déjà bien remplie, mais elle voulait avoir plus de possibilités afin de véritablement changer le cours des choses. En 2003, elle se lança dans la politique et fut élue au conseil municipal de College Park, Maryland, où elle habite.

Lorsqu'elle fut réélue à un second mandat, elle avait eu l'occasion de nouer des liens avec des politiciens au niveau de l'État et s'était rendu compte que leur travail était assez semblable au sien. Ainsi, quand le député représentant sa circonscription décida de ne pas se représenter et de prendre sa retraite, elle pris la décision de briguer son siège à l'Assemblée générale du Maryland.

Cette Assemblée se réunit chaque année pendant 90 jours pour décider des quelque 2.300 projets de lois qui lui sont soumis, notamment du budget annuel de l'État. Elle comprend 47 sénateurs et 141 députés.

Joseline Pena-Melnyk espérait que le sénateur et les deux députés en poste représentant sa circonscription l'auraient placée sur leur liste. Elle était tout à fait qualifiée. Outre le fait d'être avocate et d'avoir siégé au conseil municipal, elle parlait espagnol. La population de Latino-Américains dans la circonscription était en croissance et elle était très proche de la communauté, ayant été membre du conseil d'administration de « Casa de Maryland », un organisme sans but lucratif se vouant aux services sociaux.

Mais, s'est-elle souvenue à l'occasion d'une interview à l'USINFO, « ils choisirent de mettre sur la liste un jeune homme qui avait travaillé pendant un temps pour le président du Sénat du Maryland, un Blanc qui avait du piston. Il m'a donc fallu me présenter par mes propres moyens. »

Elle a vite compris que c'était là une entreprise coûteuse. « J'ai dû mettre près de 30.000 dollars de ma poche, et je ne suis pas riche. J'ai dépensé 7.000 dollars rien que pour des pancartes », a-t-elle expliqué. Les amis, la famille et les autres partisans ont mis leurs efforts en commun pour recueillir 40.000 dollars supplémentaires.

Et d'ajouter : « Ce fut difficile, car personne, que ce soit du côté du parti démocrate ou des élus, ne voulait faire un chèque pour moi car ils ne pensaient pas que je pouvais gagner. C'est très dur lorsque vous ne faites pas partie du club. »

Les efforts déployés au niveau local peuvent cependant obtenir de bons résultats. Des retraités bénévoles ont été embrigadés pour les appels téléphoniques ; un imprimeur a posté les lettres de sollicitation de fonds ; un groupe de six fidèles supporters s'est réuni tous les dimanches pour préparer la stratégie de campagne.

« Mes trois enfants - mes jumelles de 7 ans et mon garçon de 8 ans - étaient dès 6 heures du matin au coin de la rue à agiter des pancartes. C'était une affaire de famille : ils croyaient en moi ; mon mari croyait en moi », a-t-elle expliqué.

Au bout du compte, d'importants journaux finirent par lui accorder leur appui et Joseline Pena-Melnyk a remporté l'élection de novembre 2006. Elle a assumé ses nouvelles fonctions en janvier 2007.

À son ordre du jour figurent la question du financement d'un vaccin contre le cancer du col de l'utérus pour les filles inscrites dans les écoles du Maryland, celle d'une assurance-maladie pour les quelque 800.000 personnes qui n'en ont pas dans le Maryland, et du financement d'associations pour filles et garçons dans sa circonscription qui compte environ 110.000 personnes.

À la question de savoir quels conseils elle donnerait aux femmes qui, dans le monde, n'ont pas les mêmes libertés que leurs consœurs américaines, Joseline Pena-Melnyk a répondu : « Je leur dirais : Faites du bruit, contredisez-les ; allez de l'avant pour changer les choses (...) ça vaut la peine. »

« Je pense que beaucoup de gens ne prennent pas très au sérieux leur devoir civique. C'est important de rester informé, de voter, de prendre part au processus, d'avoir une voix. Il ne faut pas tout simplement se plaindre ; il faut essayer de pousser au changement », a conclu cette Américaine d'origine étrangère naturalisée en 1983.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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