17 septembre 2007
Article de la sous-secrétaire d'État américaine à la diplomatie publique et aux affaires publiques
On trouvera ci-après le texte de l'article de la sous-secrétaire d'État américaine à la diplomatie publique et aux affaires publiques, Mme Karen Hughes, qui a paru le 17 septembre 2007 dans le quotidien « The Washington Post ». Il fait partie du domaine public et peut être reproduit librement.
(Début du texte)
L'effondrement dans les sondages
Karen Hughes
La réapparition d'Oussama ben Laden sur une vidéo rappelle que les extrémistes et leurs méthodes meurtrières continuent de mettre en danger des innocents à travers le monde entier. Elle fournit, après trois années d'absence, l'occasion de juger comment le monde considère maintenant le chef de terroristes d'une manière différente, et que cette opinion devient plus sombre que la barbe récemment teinte d'Oussama ben Laden.
Des gens aux États-Unis et dans de nombreux autres pays occidentaux ont exprimé leur profonde désapprobation à son égard et à celui de son réseau Al-Qaïda depuis les attentats du 11 septembre 2001. Ce qui est nouveau, c'est la baisse considérable de sa réputation dans les pays à majorité musulmane. Des sondages réalisés dans les deux pays qui ont souffert de certains des pires actes de violence d'Al-Qaïda, l'Afghanistan et l'Irak, montrent que plus de 90 % de leurs habitants ont une opinion défavorable d'Al-Qaïda et d'Oussama ben Laden lui-même.
Les organismes de sondage disent qu'il est difficile de trouver un groupe dont 90 % des membres sont d'avis que la tarte aux pommes est un dessert typiquement américain, et pourtant, il y a deux ans, on a trouvé en Turquie que 90 % des habitants estimaient que les attentats d'Al-Qaïda à Londres, à Istanbul, à Madrid et en Égypte étaient injustes, que 86 % d'entre eux pensaient que rien n'excusait les attentats du 11 septembre 2001 et que 75 % disaient qu'Oussama ben Laden ne représentait pas les musulmans.
Le soutien apporté à la tactique des terroristes s'est amoindri dans 7 des 8 pays où la population est en grande partie musulmane et qui font l'objet de sondages depuis 2002 dans le cadre du « Pew Global Attitudes Project » ; dans la plupart des cas, cette baisse est considérable. Il y a cinq ans au Liban, 74 % des habitants pensaient que les attentats suicide pouvaient parfois se justifier. À l'heure actuelle, ce pourcentage n'est que de 34 % ; il est encore trop élevé, mais c'est un renversement de tendance spectaculaire. On a aussi observé de telles baisses au Bangladesh, au Pakistan, en Indonésie et en Jordanie.
Fait peut-être plus important, les musulmans rejettent de plus en plus les tentatives d'Oussama ben Laden en vue de dénaturer leur religion. L'établissement WorldPublicOpionion.org a trouvé en avril qu'une grande majorité de personnes en Égypte (88 %), en Indonésie (65 %) et au Maroc (66 %) partageaient le même avis, à savoir que « les groupes qui se servent de la violence à l'encontre de la population civile, tels qu'Al-Qaïda, violent les principes de l'islam, car celui-ci interdit le recours à la violence ». Ces changements d'attitude commencent à se manifester par des actes. Les chefs sunnites de la province de l'Anbar en Irak agissent de concert avec les forces de la Coalition pour s'opposer à Al-Qaïda car, comme l'un d'eux l'a dit à des journalistes, les terroristes n'apportent que le chaos : « Ils tuent des gens, volent des chèvres et font n'importe quoi. » Après de récents attentats terroristes en Algérie, des manifestants ont crié : « Les terroristes ne sont pas des musulmans » et « Non au terrorisme ; ne touchez pas à mon Algérie ».
S'il est bon que de nombreux musulmans admettent que des groupes de terroristes tels qu'Al-Qaïda constituent une menace pour tous, de nombreux sondages montrent qu'il reste beaucoup à faire pour améliorer ce que les étrangers pensent des États-Unis. La baisse du soutien apporté aux extrémistes violents présente une occasion de redoubler nos efforts en vue de favoriser des intérêts communs avec la population de pays étrangers et d'œuvrer de concert avec elle pour entraver les tentatives d'Al-Qaïda visant à radicaliser les jeunes.
Les activités croissantes d'Al-Qaïda sur l'Internet en matière de propagande glorifient la violence et cherchent à exploiter les griefs de la population locale, qu'il s'agisse de l'oppression dans le domaine politique ou de l'absence de possibilités dans le domaine économique. En revanche, les programmes de diplomatie publique des États-Unis s'adressent aux jeunes d'une façon constructive et ont trait notamment à l'enseignement de l'anglais, aux échanges éducatifs, à la musique et au sport.
Cet été, nous avons collaboré avec les pouvoirs publics de pays à grande majorité musulmane pour organiser des programmes destinés à enseigner à des jeunes l'anglais, les principes de la direction et le civisme. Pour de nombreux jeunes, c'était la première fois qu'ils voyaient un Américain. Leurs feuilles d'évaluation montrent qu'ils ont terminé ce programme en ayant une opinion beaucoup plus positive de notre pays.
Cette année, nous allons enseigner l'anglais à des milliers de jeunes dans une quarantaine de pays à majorité musulmane. Je me suis entretenue avec un groupe de jeunes Marocains dans le même quartier d'où étaient originaires les kamikazes de Casablanca en 2003. Lorsque j'ai demandé à un jeune homme ce que l'enseignement de l'anglais lui avait apporté, il m'a a répondu : « J'ai un emploi, et aucun de mes amis n'en a. » Ce jeune homme nourrit aussi de l'espoir ; il a une raison de vivre au lieu de se tuer et de tuer d'autres personnes dans un attentat suicide.
Grâce au grand soutien des parlementaires démocrates et républicains, nous avons élargi nos programmes éducatifs et d'échange et nous avons fait venir des personnes qui ont une grande influence tels que des journalistes et des dignitaires religieux musulmans pour qu'ils puissent se faire une idée des États-Unis.
Ce genre de programme est inestimable pour faire disparaître les stéréotypes et pour lutter contre la désinformation que les extrémistes font circuler afin de creuser un fossé entre nos cultures et entre nos pays.
Le récent enregistrement d'Oussama ben Laden nous a rappelé qu'Al-Qaïda n'offrait que destruction et mort. Les terroristes membres de ce réseau assassinent ceux qui sont d'un avis différent du leur, y compris des musulmans. Leurs attentats dirigés contre des mosquées, des mausolées et même des cérémonies de mariage confirment qu'ils ne se préoccupent guère du sort de musulmans innocents. Comme une Algérienne l'a dit : « Ce sont des criminels qui veulent saboter notre pays. » C'est là un message que les paroles d'Oussama ben Landen ne transmettent pas, alors que ses actes le font. Six ans après les attentats du 11 septembre 2001, des personnes bonnes et honnêtes de diverses religions et cultures rejettent de plus en plus ses méthodes brutales.
(La rédactrice du présent article est la sous-secrétaire d'État américaine à la diplomatie publique et aux affaires publiques.)
(Fin du texte)
(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)