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14 septembre 2007

L'importance des « petites phrases » médiatiques dans la politique américaine

Les candidats cherchent la formule clé dont se souviendront les électeurs.

 
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Robert Kennedy
En 1968, le candidat Robert Kennedy était un des premiers hommes politiques à remarquer l'importance des « sound bite ». (© AP Images)

Portland (Oregon) - En 1968, le candidat à la présidence Robert Kennedy déclara, au grand étonnement de l'état-major de sa campagne, qu'il préférait paraître aux informations télévisées du soir pendant 30 secondes seulement que de placer une annonce publicitaire d'une page entière dans le journal « The New York Times ». L'ère des raccourcis médiatiques ne naquit pas en cette année, mais Robert Kennedy avait clairement présagé les grand changements à venir.

Il est indéniable qu'un homme politique doué est capable de saisir l'attention du pays au moyen d'une simple et courte phrase. Les exemples sont abondants : la déclaration du président Franklin Roosevelt que « la seule chose que nous devons craindre est la crainte elle-même », l'invitation à tout Américain du président John Kennedy à « ne pas demander ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour votre pays », ou encore l'injonction du président Ronald Reagan au gouvernement soviétique, lorsqu'il s'exclama : « Monsieur Gorbatchev, démolissez ce mur ! ».

Les hommes politiques pimentent leurs discours de tournures frappantes destinées à provoquer les applaudissements depuis l'époque de Périclès. Cependant, la « petite phrase politique », appelée aussi « insert sonore » (ou « sound bite » en anglais), n'existe que depuis trente ans, lorsqu'apparurent sur les écrans de télévision les premiers clips de quelques secondes qui transmettaient des citations courtes mais notables.

Or, le terme n'a jamais eu une connotation positive en anglais, même si les définitions de « sound bite » varient largement. La « petite phrase » peut être un extrait de quelques secondes dont se servent les éditeurs de journaux télévisés pour réduire un discours politique trop complexe en un simple concept facile à saisir. (D'ailleurs, le souhait exprimé par Robert Kennedy d'avoir 30 secondes ininterrompues aux informations du soir est considéré, à l'heure actuelle, comme pittoresque et naïf.) Mais il s'agit aussi des passages particulièrement accrocheurs qu'introduisent les spécialistes des médias d'une campagne électorale dans les discours ; il s'agit de phrases conçues spécifiquement pour être compatibles à l'univers de la télévision. Parfois, une invective lancée par un candidat à un autre durant un débat télévisé devient également un insert sonore. Bref, les différentes définitions de « sound bite » reflètent chacune de ses utilisations négatives.

Et c'est justement l'aspect négatif du terme qui différencie la « petite phrase » politique de la citation poignante. La distinction se fait dans l'interprétation de la phrase en question : est-elle considérée comme trompeuse et manipulatrice, ou émouvante et réfléchie ?

Le mépris de l'insert sonore est souvent dû à sa tendance à réduire les questions politiques complexes à quelques mots d'une facilité traître. Les journalistes et les hommes politiques s'accusent les uns les autres de s'en servir afin de brouiller ou de trop simplifier leurs propos originels. Le public se déclare la victime de leurs manipulations. Et les intellectuels dénoncent l'insert sonore et attribuent à son utilisation aussi bien la cause que les résultats de l'impatience et de la bêtise du public, la volonté des grandes chaînes de télévision d'influencer ses perceptions des candidats, ou encore l'augmentation des publicités diffusées durant les journaux télévisés.

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George Bush (père)
La promesse « Lisez mes lèvres : pas de hausse d'impôts ! » fut la plus célèbre de George Bush (père). (© AP Images)

Mais si tous les partis impliqués prétendent détester la pratique des « petites phrases », pourquoi les hommes politiques continuent-ils à les créer, et les journalistes à les répandre ? C'est tout simplement parce que cette stratégie obtient des résultats, et parfois même un succès fou.

Durant un débat présidentiel en 1980, le candidat Ronald Reagan, (qui avait, auparavant, accusé à plusieurs reprises l'ancien président Jimmy Carter de déformer ses propos), interrompit son adversaire en disant d'un air protecteur : « There you go again… », ou « Ca y est, c'est reparti… ». L'expression étoffée fut rediffusée plusieurs fois aux informations du soir, et M. Reagan cimenta son image de candidat franc et direct (à la différence de M. Carter, qui, par son style accablé de faits et de chiffres, paraissait désormais cérébral, voire pédant). Très peu d'Américains se souviennent encore du contexte de cette réplique, ou même si le président Carter la méritait vraiment. Par contre, à cet instant, un grand nombre d'électeurs ont estimé que M. Reagan les comprenait, et qu'il parlait pour eux.

Pareillement, des millions d'Américains évoquent encore un débat entre les candidats à la vice-présidence en 1988, les sénateurs Dan Quayle et Lloyd Bentsen. Lorsque M. Quayle se compara à l'ancien président John Kennedy, son adversaire lui répondit impassiblement : « Monsieur le Sénateur, vous n'êtes en rien un John Kennedy ». Malgré sa victoire et celle de son partenaire, George Bush (père), la carrière de Dan Quayle, même durant sa vice-présidence, ne se remit jamais de cette invective historique.

C'est également durant cette campagne que l'ancien président George Bush prononça une phrase parfaite pour l'insert sonore, et à laquelle on attribue en partie sa victoire : « Lisez mes lèvres : pas de hausse d'impôts ! ».

Selon l'expert en matière de sondages politiques, M. Tim Hibbits, lorsqu'on créé un « sound bite », (ce qui se traduit en anglais par une « morsure » sonore), « l'accent doit être mis sur l'aspect « morsure ». Il faut que ce soit court, concis et percutant. »

À travers les États-Unis, les cabinets de consultants offrent des ateliers qui spécialisent dans la technique des tournures de phrase, et les membres du personnel des campagnes électorales se donnent beaucoup de mal à forger des expressions originales. M. Hibbits a d'ailleurs déclaré que « tout homme politique… qui prétend ne pas essayer de trouver une phrase rapide qui puisse réduire les chances de son adversaire est un menteur ».

De temps à autre, l'insert sonore peut se retourner contre son auteur. Lorsque l'ancien président George Bush se trouva obligé d'augmenter les impôts afin d'atténuer un déficit budgétaire devenu ingérable, les Américains se souvinrent du fameux gage qu'il leur avait proposé de « lire ses lèvres… ». Beaucoup ne lui pardonnèrent jamais cette célèbre promesse rompue, ce qui contribua à sa défaite en 1992.

Grâce à l'avènement des sites Internet tels que YouTube, les « petites phrases » sont aujourd'hui aussi capables de nuire aux candidats que de les avantager. En 2006, le sénateur George Allen de la Virginie s'adressa à un jeune homme qui filmait son discours et le désigna d'un terme jugé raciste. Cet insert sonore tout fait se répandit immédiatement à travers l'Internet, et peu après, M. Allen avait non seulement perdu tout espoir d'obtenir deux ans plus tard l'investiture du parti républicain à l'élection présidentielle, mais sa place au Sénat également.

Certains ont dit que l'émergence d'un univers dominé par la vidéo ne ferait qu'accroître l'importance de l'insert sonore, tandis que les hommes politiques en perdraient le contrôle petit à petit. Face à ces nouvelles circonstances politiques, ils seront obligés de se montrer plus prudents en public et se fieront aux textes dont le succès est déjà prouvé.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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