07 septembre 2007
Opinions de deux politologues démocrate et républicain

Washington - Un candidat indépendant qui n'est pas membre du parti démocrate ou du parti républicain pourrait-il remporter l'élection présidentielle en novembre 2008 ?
Deux politologues éminents ont fait part à l'USINFO de leur opinion sur ce qui pourrait se passer lors de la prochaine élection présidentielle.
Stratège pour le compte de candidats du parti démocrate, M. Dan Gerstein a répondu d'une façon positive, mais nuancée, à la question de savoir si un candidat indépendant pouvait être élu à la présidence, tandis que M. Mike Murphy, qui joue le même rôle pour des candidats du parti républicain, s'est déclaré sceptique pour 2008, sans exclure cette possibilité pour de futures élections présidentielles.
Selon M. Gerstein, il existe une bonne occasion pour un indépendant tel que le maire de New York, M. Michael Bloomberg, d'être élu parce que ni le parti démocrate ni le parti républicain n'offre le genre de solutions dont le pays a besoin pour faire face à ses grands problèmes.
M. Bloomberg a récemment quitté le parti républicain pour devenir indépendant, ce qui a alimenté des rumeurs persistantes selon lesquelles il envisagerait sérieusement de se présenter. Jusqu'ici, il a nié en avoir l'intention. Il est aussi souvent question que le sénateur républicain du Nebraska, M. Chuck Hagel, fasse acte de candidature en qualité d'indépendant.
M. Gerstein, qui est à la tête de son propre bureau-conseil à New York et qui critique beaucoup la politique du gouvernement Bush, a déclaré que les candidats républicains offraient un programme « éculé » qui avait peu de rapport avec la situation des États-Unis en 2007, qu'il s'agisse de la mondialisation, des nouveaux aspects de l'économie américaine et des effets des nouvelles technologies sur l'ensemble de la société.
La demande « écrasante » au sein du parti démocrate, a-t-il dit, est la « répudiation » de la politique du gouvernement Bush. Toutefois, ce n'est pas là, selon lui, quelque chose qui « galvanisera » l'ensemble des électeurs.
M. Gerstein a déclaré pouvoir imaginer la candidature d'une personne telle que M. Bloomberg à cause des bons résultats obtenus par M. Barack Obama. Sénateur démocrate de l'Illinois, M. Obama se présente en qualité de réformiste et mène une campagne dont l'idée centrale est que les institutions politiques actuelles des États-Unis ne permettent pas de résoudre les problèmes pressants du pays.
Son grand recours à l'Internet lui a permis de recueillir de nombreux dons pour financer sa campagne électorale, a indiqué M. Gerstein, et son investiture par le parti démocrate aurait pour effet d'empêcher qu'un candidat indépendant obtienne un grand nombre de voix.
En revanche, l'investiture par le parti démocrate de Mme Hillary Clinton, qui est actuellement sénatrice de l'État de New York, donnerait à la candidature éventuelle de M. Bloomberg une meilleure justification. Bien que M. Gerstein ait exprimé une grande admiration pour Mme Clinton, il a déclaré que, en sa qualité d'épouse de l'ancien président Bill Clinton, elle représentait le passé pour un grand nombre de personnes et qu'il lui serait difficile de se présenter comme un agent du changement.
L'investiture par le parti démocrate de Mme Clinton donnerait à une personnalité telle que M. Bloomberg une très bonne possibilité de lancer une campagne orientée vers les solutions et contre la politique habituelle, qui « pourrait aussi bien inspirer le pays que l'unifier ».
Pour sa part, M. Mike Murphy, stratège républicain qui est un des consultants de la société DC Navigators de Washington, s'est déclaré d'avis que, même si M. Bloomberg pourrait être un candidat indépendant à la présidence particulièrement fort à cause de sa grande fortune, ses chances d'être élu étaient très faibles. « Il est très difficile, a-t-il dit, à un candidat indépendant de l'emporter » dans le cadre du régime politique des États-Unis, parce que ce régime favorise les candidats des partis démocrate et républicain.
Les indépendants, a-t-il expliqué, sont des « candidats contre le système » qui attirent une petite proportion des électeurs américains, tels que ceux qui ont voté en faveur du candidat du parti réformiste constitué pour cette occasion, M. Ross Perot, en 1992. Il est probable, selon lui, qu'aucun candidat indépendant ne réussira à obtenir plus de 20 % de tous les suffrages exprimés.
La candidature de M. Bloomberg ferait plus de tort au candidat démocrate qu'au candidat républicain, a-t-il fait remarquer. Le candidat démocrate perdrait environ un dixième des suffrages exprimés. Une telle perte pourrait, dans une élection serrée, donnait la présidence au candidat républicain.
Selon M. Murphy, la compétition entre Mme Clinton et M. Obama pour l'investiture du parti démocrate est très serrée. « Je pense, a-t-il dit, que M. Obama a de bonnes chances de l'emporter. Il représente le changement alors que Mme Clinton représente la continuité. »
De nombreux candidats indépendants se sont présentés au cours de l'histoire américaine. L'un des plus éminents est Theodore Roosevelt, qui avait élu à la présidence en qualité de républicain (1901-1909) et qui avait brigué un nouveau mandat en 1912 en tant que représentant du parti « Bull Moose ».
Lors de l'élection présidentielle de 2000, M. Ralph Nader, qui représentait le Parti vert, aurait obtenu, selon de nombreux politologues, les suffrages d'un nombre suffisant de démocrates pour causer la défaite du candidat du parti démocrate, M. Al Gore.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)