07 septembre 2007
Elles reflètent la position que prendra le candidat durant la première année de son mandat s'il est élu.
(Cet article est l'un de deux articles portant sur le lien qui existe entre les propos tenus durant la campagne et la politique adoptée par un président. Voir également l'article à venir : « Les discours des candidats restent parfois lettre morte. »)
Washington - La campagne pour l'élection présidentielle de 2008 ne fait que commencer et déjà la politique étrangère est un important sujet de débat alors que les candidats expliquent leur ordre du jour présidentiel et donnent les grandes lignes de leur stratégie destinée à améliorer l'image du pays dans le monde tout en préservant sa prééminence et la sécurité de ses habitants.
Le fait que les concurrents à la présidence évoquent régulièrement la guerre en Irak, les initiatives visant la lutte contre le terrorisme et d'autres thèmes de politique étrangère, illustre l'importance qu'attache l'électeur américain ordinaire à ces questions.
M. Barack Obama, le sénateur démocrate de l'Illinois, par exemple, a récemment attiré l'attention des médias lorsqu'il a indiqué qu'il serait prêt à s'entretenir avec des chefs d'État étrangers que les politiciens américains évitent en général et à attaquer des cibles d'Al-Qaïda au Pakistan. Pour sa part, Mme Hillary Clinton, sénatrice du New York, a ouvertement critiqué le gouvernement du premier ministre Nouri al-Maliki en Irak.
Du côté des républicains, l'ancien gouverneur du Massachusetts, M. Mitt Romney, a prôné la création d'une « force spéciale de partenaires » pour combattre le terrorisme hors des États-Unis, et l'ancien maire de New York, M. Rudy Giuliani, s'est opposé à la création d'un État palestinien dans les circonstances actuelles.
De l'avis du professeur Miroslav Nincic, spécialiste de sciences politiques de l'université de Californie-Davis, les observateurs des élections devraient prendre très au sérieux les déclarations de politique étrangère faites durant les campagnes, car les élus « respectent en général les positions prises durant la campagne, tout au moins dans les premiers temps ».
Les déclarations faites lors des campagnes sont souvent adaptées aux sentiments qui prévalent au sein de l'électorat ciblé par le candidat et sont une bonne indication de ce qu'il a l'intention d'accomplir.
Mais, un an après avoir assumé ses fonctions, un président peut décider de s'écarter des promesses faites durant la campagne s'il estime que celles-ci ne correspondent pas aux sentiments qui prévalent dans le pays, à ceux de ses propres conseillers, ou à la réalité qui évolue sur la scène internationale.
La politique étrangère et les cycles électoraux
Selon le schéma établi par M. Nincic sur la façon dont le cycle électoral aux États-Unis influence les décisions prises par un président en matière de politique étrangère, les troisième et quatrième années d'un mandat ne reflètent que très rarement les positions énoncées lors de la campagne électorale. Cela s'applique aussi aux présidents qui ne peuvent briguer un nouveau mandat car ces derniers se préoccupent plus souvent de ce que l'histoire dira d'eux que de leurs promesses de campagne.
Richard Nixon et Ronald Reagan, précise-t-il, voulaient qu'on se souviennent d'eux comme ayant été des présidents « qui avaient beaucoup fait pour la paix », un sentiment qui leur a permis de faire preuve d'une grande latitude vers la fin de leur présidence.
Les deux hommes, considérés comme étant fortement opposés au communisme, ont surpris beaucoup de monde les dernières années de leur présidence. On peut comparer l'ouverture faite par le président Nixon à la Chine communiste, en 1972, et sa poursuite de pourparlers concernant la limitation des armes stratégiques avec l'Union soviétique aux conférences au sommet qu'a eues le président Reagan avec le premier ministre soviétique Mikhaïl Gorbatchev et sa signature, en 1987, du Traité sur les armes nucléaires de moyenne portée.
M. Nincic pense par contre que le président George Bush, dont la campagne de 2004 s'était concentrée sur des questions de politique étrangère, notamment le terrorisme et l'Irak, voudrait que les historiens se souviennent de lui comme d'un homme qui tient ses engagements et qui fait preuve de fermeté. Les observateurs peuvent donc s'attendre de la part du président Bush à moins de « retours en arrière » au plan de la politique étrangère que ne l'avaient fait ses prédécesseurs.
Les observateurs devraient également prêter attention aux déclarations de politique étrangère faites durant les campagnes par les candidats aux élections législatives, car leur position en la matière est pour les électeurs bien plus déterminante qu'il y a une vingtaine d'années.
L'Irak et la lutte contre le terrorisme occupant une place très importante dans les médias et dans l'esprit des Américains ordinaires, il serait peu judicieux de penser que la position de leurs représentants en matière de politique étrangère importe peu aux électeurs.
Du fait de la guerre en Irak, le Congrès manifeste aujourd'hui une plus grande autorité en matière de politique étrangère et, a fait valoir M. Nincic, « étant donné qu'aussi bien la Chambre des représentants que le Sénat vont vouloir avoir voix au chapitre pour ce qui est du débat de politique étrangère, les électeurs et les observateurs étrangers ont tout intérêt à écouter attentivement les déclarations faites durant les campagnes ».
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)