31 octobre 2007
Leur présence et leur charisme pourraient leur donner un avantage sur leurs adversaires.

Washington - Lorsque Fred Thompson est entré dans la course à l’investiture du parti républicain pour l’élection présidentielle en septembre dernier, il a rejoint les rangs croissants d’acteurs cherchant à mettre leur présence sur scène et à l’écran, ainsi que leur charisme, au service d’une carrière politique.
Les exemples précédents vont des succès spectaculaires, l’ancien président Ronald Reagan et l’actuel gouverneur de la Californie Arnold Schwarzenegger, à quelques brèves carrières parlementaires fondées sur des rôles vedette à la télévision : Sonny Bono (The Sonny and Cher Show), Fred Grandy (La croisière s’amuse) et Ben Jones (Shérif, fais-moi peur).
Zelda Fichandler, directrice du programme de théâtre de l’université de New York, cite également un groupe de célébrités qui n’ont pas brigué de poste politique, mais qui défendent diverses causes, notamment Paul Newman, Alec Baldwin, Warren Beatty, George Clooney, Vanessa Redgrave et Angelina Jolie.
Selon Mme Fichandler, les acteurs qui entrent dans l’arène politique ont une double motivation. « Je pense qu’il y a une sorte d’affinité naturelle, parce qu’il s’agit pour eux d’un forum public. Je pense qu’ils sont ravis d’occuper le devant de la scène », a-t-elle déclaré lors d’un entretien accordé à l’USINFO. « Une personne doit posséder quelque chose qui la pousse à supporter les rigueurs de la recherche d’une fonction politique, ainsi que les hauts et les bas de la vie politique. »
Toutefois, elle entrevoit également des motivations plus altruistes. « Je pense que de nombreux acteurs se préoccupent du monde qui les entoure et qu’ils sont résolus à se servir de leur travail pour changer ce qui doit l’être, selon eux, afin de rendre la vie plus belle. Et de toute façon, à notre époque, si on n’est pas bon à la télévision, il vaut mieux ne pas nourrir d’ambition politique. »
Ridiculisé par ses adversaires lorsqu’il a brigué le poste de gouverneur de la Californie en 1966, l’acteur Ronald Reagan possédait en fait une solide formation administrative, expérience qu’il avait acquise pendant plus de sept ans à la présidence d’une association d’acteurs (Screen Actors Guild).
Il a remporté haut la main l’élection présidentielle de 1980, battant sans appel son adversaire démocrate Jimmy Carter. C’est justement un débat télévisé avec M. Carter qui a vraiment lancé sa campagne, ce que l’on peut peut-être attribuer à son expérience d’acteur.
Ses accomplissements en tant que président ont fait de lui un modèle vénéré pour les politiciens républicains. En effet, selon un sondage réalisé par Gallup en février dernier dans lequel on demandait aux gens de nommer le « meilleur président des États-Unis », Ronald Reagan arrive en deuxième position, juste derrière Abraham Lincoln.
La voie qu’a empruntée Ronald Reagan du cinéma à la politique avait été inaugurée quelques années plus tôt par un autre acteur, George Murphy. Figure de proue des comédies musicales et des comédies de Hollywood, celui-ci avait également été président de la même association d’acteurs et avait acquis d’autres « références sérieuses » en tant que vice-président des Studios Desilu et de la société Technicolor. En 1953, il est devenu président du Comité central républicain de la Californie. Il a ensuite remporté un siège au Sénat en 1964, mais n’a pas réussi à se faire réélire en 1970.

L’actuel gouverneur-acteur de la Californie
Le grand succès de Ronald Reagan a tracé la voie d’une transition similaire pour Arnold Schwarzenegger, qui effectue actuellement son second mandat de gouverneur de la Californie.
M. Schwarzenegger, qui a commencé sa carrière en tant que culturiste, est devenu une vedette du cinéma, notamment grâce à la série de films Terminator.
Tout comme Ronald Reagan avant lui, il a fait l’objet d’un humour condescendant lorsqu’il a brigué le poste de gouverneur de la Californie en 2003. Les médias l’ont rapidement baptisé The Governator (un mélange des mots gouverneur et Terminator). Néanmoins, aidé par une célébrité sans précédent, il a remporté l’élection en obtenant près de 1,3 million de suffrages de plus que son adversaire.
Son action convaincante a conduit à sa réélection en 2006, une année pourtant mauvaise pour le parti républicain.
Il est question qu’il se lance dans la course au Sénat en 2010, à l’expiration de son deuxième mandat de gouverneur. Certains de ses partisans réclament même l’adoption d’un amendement à la Constitution afin que les citoyens nés à l’étranger puissent se présenter à l’élection présidentielle. (M. Schwarzenegger est né en Autriche.)
M. Thompson, qui a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle le 5 septembre dernier, a suivi une carrière inhabituelle, puisqu’il a commencé comme juriste et politicien avant de devenir acteur. Il a en effet été conseiller juridique républicain auprès de la commission sénatoriale qui a enquêté sur le scandale du Watergate durant le gouvernement Nixon.
Il s’est tourné vers le cinéma en 1985, jouant surtout des rôles de hauts fonctionnaires et de membres du gouvernement. Il est passé de la fiction à la réalité en 1994, lorsqu’il a remporté le siège de sénateur du Tennessee laissé vacant par le vice-président Al Gore et qu’il a été réélu pour un mandat complet de six ans en 1996. Durant les derniers mois de ce mandat, il est retourné au cinéma, rejoignant les acteurs de la série télévisée de la chaîne NBC New York police judiciaire (Law and Order) dans le rôle du procureur Arthur Branch, pour lequel il est le plus connu. Il a ensuite quitté la série pour faire campagne.
Ce croisement entre acteurs et politiciens n’est pas sans paradoxe. Les républicains condamnent en effet souvent Hollywood comme un bastion d’activistes de gauche exerçant une influence excessive sur le débat politique. Pourtant, un survol de l’histoire récente montre que la plupart des acteurs devenus politiciens sont des républicains.
Un comédien qui cherche à changer cet état de chose en 2008 est Al Franken, démocrate progressiste qui cherche à représenter le Minnesota au Sénat. M. Franken est connu pour avoir participé à l’émission Saturday Night Live de la NBC.
Comme les autres acteurs qui se sont transformés en politiciens avant lui, il a de sérieures références : en 2003, il a été chercheur à l’école Kennedy de sciences politiques de l’université Harvard.
Un article publié le 18 octobre dans le magazine The Nation le comparait à son plus célèbre prédécesseur, Ronald Reagan. L’auteur de l’article pense que M. Franken pourrait devenir l’un des plus sérieux défenseurs du progressisme de sa génération, « reprenant le flambeau malmené de son idéologie de la même façon que Reagan a revigoré la cause du conservatisme ».
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)