30 octobre 2007
Les employeurs prennent des dispositions pour attirer et conserver des personnes talentueuses.
Washington - De multiples entreprises américaines cherchent à s'adapter aux croyances religieuses de leurs employés musulmans en réservant des salles pour la prière et la méditation, en acceptant le port du foulard, en adaptant les horaires de travail et en respectant les demandes de congés lors des grandes fêtes islamiques.
Ces entreprises ont observé un lien entre une culture d'entreprise fondée sur l'inclusion et la réussite de leurs affaires. Le respect des différences religieuses est un moyen d'attirer et de conserver des employés qualifiés et de séduire une clientèle plus large.
« On voit de plus en plus de musulmans qui arrivent sur le marché du travail et apportent des compétences et des talents précieux », explique Myrna Marofsky, une spécialiste des questions de diversité, « et ces employés veulent amener avec eux leur religion, leurs traditions et leurs croyances. »
Myrna Marofsky, ancienne copropriétaire et présidente de ProGroup, un cabinet de conseil et de formation sur la diversité installé à Minneapolis, déclare : « Alors que les entreprises se mondialisent et deviennent encore plus multiculturelles, ce qu'elles considèrent comme un avantage commercial, elles doivent compter avec des effectifs d'une plus grande diversité. »
« DiversityInc », mensuel consacré au monde des affaires, déclare que dans le Top 50 des entreprises où règne la plus grande diversité, liste établie tous les ans, 70 % des entreprises permettent à leurs employés de prendre des congés lors de leurs fêtes religieuses et « 16 % d'entre elles réservent un espace à la prière, par exemple ». Les entreprises du Top 50 « s'inscrivent comme les leaders nationaux en matière de diversité », explique un article de « DiversityInc ».
L'auteur d'un autre article publié dans « DiversityInc » déclare que le ramadan, le mois sacré des musulmans qui a pris fin le 13 octobre 2007, « passait autrefois inaperçu pour la plupart des employeurs américains. Mais le marché des musulmans qui représente 580 millions de dollars et une plus grande diversité religieuse sur le lieu de travail ont convaincu les entreprises progressistes d'y prêter attention. »
Certains directeurs évitent d'organiser des « déjeuners de travail » pendant le jeûne du ramadan, et il est de plus en plus fréquent de voir les entreprises organiser un « iftar », ou repas de rupture du jeûne. La Ford Motor Company, par exemple, organise des « iftars » depuis sept ans.
Dans un article écrit en 2006 et intitulé « Comment rendre hommage à vos collègues musulmans », Mme Marofsky dispense des conseils à ses clients qui « se demandaient s'ils devaient faire quelque chose de spécial pour le ramadan ». Elle explique que c'est la première fois en 20 ans de carrière qu'elle observe un tel niveau d'intérêt.
Bien que le droit américain oblige les employeurs à « trouver un arrangement raisonnable » pour les « pratiques religieuses de leurs employés », Mme Marofsky est d'avis que cette obligation légale n'est pas la motivation principale des entreprises qui ont adopté des règles sur la diversité religieuse.

« La première raison est que le monde de l'entreprise a évolué, ainsi que sa composition démographique, et que les patrons ont besoin d'employés compétents et talentueux », affirme-t-elle dans un entretien. « Il s'agit surtout de garder les talents. »
Terry Howard, directeur de la diversité et de l'inclusion chez Texas Instruments (TI), le géant de la haute technologie installé à Dallas, approuve.
Il explique à USINFO : « Chez TI, nous avons tout intérêt à ce que nos employés aient envie de venir travailler chez nous et d'aider l'entreprise à réussir. »
L'entreprise a ainsi créé des « espaces de tranquillité » qui peuvent être utilisés pour la prière. Depuis environ six ans, les employés musulmans organisent leur propre petit groupe appelé « Initiative des employés musulmans » similaire aux 17 autres « groupes d'affinité » que l'on trouve dans l'entreprise.
M. Howard se souvient d'un jeune ingénieur musulman. TI avait tout fait pour l'embaucher. « Il avait décidé, pour je ne sais quelle raison, de nous quitter pour aller travailler chez un concurrent. Mais en fin de compte, il a réalisé que le concurrent n'était pas aussi accueillant et ouvert à sa religion. Il n'y avait par exemple pas de groupe de musulmans, pas de salle de prière. Il est revenu chez TI et nous l'avons accueilli avec plaisir. »
L'Initiative des employés musulmans est le fruit de la culture d'inclusion de TI, a déclaré Terry Howard à l'USINFO. « Après les attentats du 11 septembre 2001, nous avons souhaité nous assurer qu'il n'existait pas d'obstacles sur le lieu de travail pour les employés originaires du Moyen-Orient ou musulmans. Nous avons alors entamé un dialogue avec eux. Nous leur avons demandé de partager leurs impressions sur leur environnement de travail. »
Siraj Akhtar, ingénieur chez TI et président de l'Initiative des employés musulmans, explique, dans un article publié récemment par DiversityWealth, que la présence d'une amicale des musulmans était « une nécessité » au lendemain des attentats de 2001. « Les employés musulmans ont dû expliquer la signification de l'islam et de leurs croyances. Nous avons dû sensibiliser nos collègues à notre foi et à nos pratiques, et lutter contre les stéréotypes », poursuit-il.
M. Akhtar souligne que les employés musulmans partagent avec les autres groupes d'affinité « la mission commune de l'engagement total » envers Texas Instruments. Son groupe et l'Initiative des valeurs chrétiennes, un autre groupe d'affinité, ont organisé plusieurs événements ensemble. Il affirme : « Nous sommes conscients de nos différences, personne ne doit faire de compromis sur sa foi. Cependant, nous avons approfondi le respect que nous éprouvons les uns envers les autres. »
Tasnim Benhalim, fondatrice de DiversityWealth, un cabinet de conseil installé à Dallas qui a travaillé fréquemment avec Texas Instruments, se souvient : « Juste après le 11 septembre 2001, un employé musulman de TI m'a dit : « Quand je suis en voiture pour aller au travail, je suis inquiet. Mais une fois arrivé chez TI, je me sens en sécurité. » Voici le genre d'atmosphère que l'entreprise a instaurée. »
Mme Benhalim, texane de la sixième génération qui s'est convertie à l'islam il y a environ 30 ans et a épousé un Libyen, déclare que son expérience en tant que musulmane a été « très positive ».
Lorsqu'on mentionne l'augmentation du nombre de plaintes déposées pour discrimination religieuse auprès de la Commission des États-Unis pour l'égalité des chances au travail (EEOC) depuis les attentats du 11 septembre 2001, Mme Benhalim répond : « Je crois que cela est dû en partie au fait que certaines personnes ont pris conscience de leurs droits, notamment la liberté de culte et le droit de porter plainte si elles ne peuvent exprimer leurs croyances religieuses. »
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)