29 octobre 2007

Une cinéaste musulmane évoque l'islam aux É.-U.

Extraits d'une discussion en ligne organisée par l'USINFO

 
Anisa Mehdi
La cinéaste américaine Anisa Mehdi le 22 octobre 2007. (Photo avec l'aimable autorisation de la Anisa Mehdi)

Le 24 octobre, la cinéaste américaine Anisa Mehdi, de religion musulmane, a répondu à des questions sur l'islam aux États-Unis lors d'une discussion en ligne organisée par l'USINFO. Nous en donnons des extraits ci-dessous.

(Début de la transcription)

Département d'État des États-Unis
Bureau des programmes d'information internationale

Le ramadan en Amérique vu par une cinéaste

(...)

Question - Si vous aviez une chose à dire à un non-musulman au sujet de la religion musulmane, qu'est-ce que ce serait ?

Mme Mehdi - Je veux que les gens sachent que l'islam repose sur la raison et la paix, et non sur l'extrémisme et l'étroitesse d'esprit. Certaines circonstances peuvent parfois amener des individus à adopter un comportement contraire à l'islam, au christianisme, au judaïsme et aux préceptes divins de façon à attirer l'attention des médias. Certains individus interprètent l'esprit de leur religion différemment de moi. Parfois je suis d'accord avec leurs vues et leurs actions, parfois non. Lorsque cela implique de la violence, je ne suis pas d'accord.

On dit que nous avons deux oreilles et une bouche afin que nous puissions écouter deux fois plus que nous ne parlons. Ecouter est la clé de la réconciliation, de la rationalité et de la construction de la paix. L'islam est une religion de raison et de paix, et c'est ce que je veux que l'on sache. Et je crois que la plupart des musulmans en donnent la preuve.

(...)

Question - Les musulmanes vivant aux États-Unis ont-elles construit leur identité en tant qu'Américaines ?

Mme Mehdi - C'est une question difficile, parce que les Américaines musulmanes sont nombreuses, et je ne suis que l'une d'entre elles. Nous construisons notre identité de multiples façons, comme toutes les femmes du monde. Cela dépend en grande partie de notre famille, de notre éducation, de notre culture, de notre degré de liberté et de nos possibilités d'expression. Je pense qu'aux États-Unis, les musulmanes s'expriment par le biais de toutes sortes d'habillements. Certaines sont très éduquées, d'autres sont illettrées. Certaines épousent l'homme choisi par leur famille, mais je crois que la plupart choisissent leur propre époux, conformément à leurs droits. Les femmes que je connais le mieux sont bien éduquées, amusantes et motivées sur le plan professionnel ; elles sont d'excellentes amies et mères. Elles construisent leur identité à partir de leurs racines ethniques et raciales, de leurs intérêts et de leurs talents, et de leur bon sens.

Et rien de cela n'est en contradiction avec le fait d'être musulmane. En fait, maintenant que j'y pense, les libertés garanties dans ce pays renforcent notre identité musulmane.

Question - (...) Quel rôle les médias peuvent-ils jouer pour créer des liens entre les cultures, et que peuvent-ils faire au contraire pour créer un fossé entre elles ? Comme vous le savez, les médias sont une arme à double tranchant.

Mme Mehdi - Certains reportages irresponsables ont fortement endommagé les possibilités de paix et de compréhension entre les peuples. Il y a des délais à respecter qui empêchent de donner une image complète d'une situation donnée ; il y a des intérêts commerciaux qui font pencher la balance d'un côté ou de l'autre ; il y a aussi les préjugés et l'ignorance qui entravent le chemin de la vérité. Ceci dit, il y a aussi d'excellents journalistes qui réalisent que leurs reportages ne sont pas sans conséquence. Je recommande aux gens de varier leurs sources, de regarder des documentaires, de lire les journaux avec lesquels ils pensent ne pas être d'accord, et de survoler la presse internationale pour obtenir une variété de points de vue.

Question - A quel point pensez-vous que les États-Unis sont accommodants et tolérants vis-à-vis de l'islam ?

Mme Mehdi - Les gens sont les mêmes partout. Les gouvernements sont les gouvernements. Il y a du bon et il y a du mauvais. La politique nationale ne reflète pas toujours ce que pensent ou veulent réellement les gens. Les États-Unis n'échappent pas à la règle. Il existe dans ce pays de nombreux éléments positifs et accommodants à l'égard de l'islam et des musulmans, particulièrement aux niveaux personnel et local. Et même au niveau national : lors du dernier ramadan, j'ai été invitée à un dîner de rupture du jeûne au département d'État, par exemple. Mais le fait demeure qu'il y a des musulmans emprisonnés sans inculpation, des organisations caritatives musulmanes fermées, qu'un musicien et homme de paix comme Youssouf Islam (Cat Stevens), de même qu'un intellectuel bien connu comme Tarik Ramadan, ne peuvent pas entrer sur le territoire de ce pays, que la base de Guantanamo est remplie d'individus confus, furieux, ou découragés, et que tout cela montre le contraire, à savoir un manque de tolérance et une grande incompréhension. C'est une situation difficile, mais sans aucune mesure avec les horreurs que vivent les citoyens de l'Irak, de l'Afghanistan ou du Congo ! Nous traversons une période d'évaluation et de rééquilibrage, mais les Américains, musulmans ou non, sont à la hauteur de la tâche. Cela prendra du temps.

(Fin de la transcription)

(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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