26 octobre 2007
Ce type d'attentats augmente en Afghanistan.
(Nous donnons ci-après le troisième article d'une série que nous consacrons au terrorisme suicidaire.)
Washington - « Lorsque j'ai mis la veste, je ne savais d'abord pas quoi penser, puis j'ai senti la bombe », raconte Juma, un jeune Afghan âgé de six ans, qu'un insurgé taliban avait amené à enfiler une veste d'explosifs en lui disant que s'il appuyait sur le bouton du détonateur, des fleurs jailliraient de partout.
Lorsque Juma a réalisé de quoi il s'agissait, il a alerté les forces de sécurité. Le garçon avait été choisi pour cette mission parce que les terroristes pensaient qu'un enfant pouvait facilement tromper la vigilance des agents de sécurité qui ne risquaient pas de le soupçonner d'être un terroriste suicidaire.
« L'utilisation d'enfants, en particulier, suggère que les groupes terroristes responsables de leur "recrutement" entrevoient la nécessité de recourir à des niveaux extrêmes de barbarie » affirme Tom Koenigs, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l'Afghanistan.
En avril dernier, les talibans se sont servis d'un garçon de douze ans pour décapiter un Pakistanais soupçonné d'espionnage. Le père de l'homme exécuté a déclaré : « Les talibans ne sont pas des moudjahidine (qui ont combattu avec succès l'occupation soviétique de l'Afghanistan). Ils ne luttent pas pour la cause de l'islam (…) Ils sont les ennemis de l'islam. Ils se comportent comme des sauvages. »
Selon les experts du terrorisme, l'utilisation d'enfants dans les attaques-suicides, bien qu'encore rare, devient de plus en plus fréquente au fur et à mesure que les terroristes continuent de rechercher des moyens de déjouer les mesures de sécurité et de renforcer la nature impitoyable de leur violence.
En Afghanistan, les attentats-suicides sont un phénomène nouveau, affirme Christine Fair, ancienne attachée politique auprès de la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA).
Avant le 9 septembre 2001, il n'y avait jamais eu d'attaques-suicides en Afghanistan. Ce jour-là, deux agents d'Al-Qaïda, se faisant passer pour des journalistes, se sont fait exploser pour assassiner Ahmed Shah Massoud, le chef de l'Alliance du Nord de l'Afghanistan, qui a combattu le régime taliban.
Selon un rapport de la MANUA, durant les huit premiers mois de l'année 2007, les insurgés talibans ont effectué 103 attaques-suicides, soit une augmentation de 69 % par rapport à la même période en 2006, année durant laquelle 123 attaques, faisant 305 victimes, ont été perpétrées.
« Les victimes immédiates d'une attaque-suicide sont les tués et les blessés, leurs familles et leurs amis. Mais ces attaques visent l'ensemble de la société », a dit M. Koenig.
« Les attaques-suicides traumatisent des communautés entières, sapent la confiance du public dans les institutions de l'État, provoquent des réactions qui limitent les libertés, et amènent la population à penser que le seul espoir de paix réside dans les auteurs de la violence. »
Mme Fair a ajouté que les principales cibles des terroristes en Afghanistan étaient la police, les forces de sécurité et les soldats de la coalition, et non les civils. Ces derniers constituent pourtant le principal groupe de victimes.
Elle a précisé que l'Afghanistan ne vouait pas de culte au « martyre » comme cela se faisait dans d'autres régions. Les Afghans, d'une façon générale, ne soutiennent pas les terroristes suicidaires.
(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)