19 octobre 2007
C'est par l'information qu'on dissipera les malentendus à leur égard et qu'on célébrera leurs succès au sein de la société américaine.
Washington - « Dites-leur peut-être simplement que nous existons toujours », a proposé un Amérindien à l'animateur d'un groupe échantillon, dans le cadre d'une enquête sociologique récente qui a conclu à la persistance aux États-Unis d'une profonde méconnaissance des Amérindiens, mais a révélé aussi, paradoxalement, que beaucoup d'Américains ressentaient de la sympathie pour les populations dites « natives » d'Amérique et désiraient s'instruire davantage sur leur histoire et sur leur situation actuelle.
« Il faut présenter (dans un musée, par exemple) l'histoire des Amérindiens avec un souci de véracité et d'honnêteté », a déclaré un non-Amérindien, « et la relater dans son contexte historique, mais aussi contemporain. Les Amérindiens ont survécu à tout ce qu'il leur est arrivé : ce sont des survivants. »
L'étude en question, intitulée Walking a Mile : A First Step Toward Mutual Understanding (C'est le premier pas qui compte pour une meilleure compréhension mutuelle), a montré que, bien que les Amérindiens se sentent parfois isolés et incompris et pensent que leur culture est menacée dans l'Amérique d'aujourd'hui, ils s'expriment avec fierté de leurs réalisations économiques et sont convaincus que leurs conditions de vie vont en s'améliorant. « Notre combat le plus difficile se situe au niveau de l'identité », a déclaré un Amérindien de l'État de New York.
Dans le cadre de l'étude, des sociologues de l'institut de recherche d'opinion publique Public Agenda ont interrogé douze groupes échantillons, dont sept se composaient d'Amérindiens et cinq de personnes d'autres ethnies. L'objet était d'obtenir des informations qualitatives sur la conception que se faisaient les participants de la place qu'occupait l'Amérindien dans les États-Unis à l'heure actuelle. Certes, ces sociologues savent qu'il sera nécessaire de réaliser d'autres études pour déterminer la validité de leurs conclusions dans l'ensemble de la société américaine.
« Il s'agissait d'une étude exploratoire (...) destinée à poser autant de questions qu'elle n'apportait de réponses », a déclaré Michael Remaley, de Public Agenda, à l'USINFO. « Il faudra certainement poursuivre l'étude afin de la faire progresser jusqu'à l'échelle nationale. »
Selon le rapport, les non-Amérindiens regrettent, d'une manière générale, ce qu'ont subi les nations amérindiennes avant le XXe siècle, mais ne savent pas grand-chose sur le dynamisme actuel de leur culture et n'arrivent pas toujours à comprendre que la politique passée d'assimilation forcée demeure encore douloureusement gravée dans la mémoire des Amérindiens.
Données générales sur les Amérindiens
Le droit américain reconnaît les tribus amérindiennes comme des « nations intérieures dépendantes » au sein des États-Unis. En tant que telles, elles conservent des pouvoirs souverains sur leurs membres et sur leur territoire, sauf dans les cas où de tels pouvoirs ont été modifiés par la loi.
Chacune des 561 nations reconnues par le gouvernement fédéral détermine la qualité de membre de chaque individu. Un individu peut se qualifier en tant que membre de plus d'une tribu. Environ 4,5 millions de citoyens américains, soit 1,5 % de la population, se déclarent totalement ou partiellement amérindiens ou natifs de l'Alaska, selon les estimations les plus récentes du Bureau de recensement.
Un fait moins bien connu sans doute est que la plupart des Amérindiens vivent aujourd'hui dans des régions métropolitaines et non dans leurs réserves, qui couvrent au total quelque 227.000 kilomètres carrés. C'est ainsi que plus de 100.000 Amérindiens résident à Los Angeles et presque autant à New York. Quelque 71 % d'entre eux sont diplômés de l'enseignement secondaire et 12 % sont titulaires d'un diplôme universitaire.
La nécessité de mieux se connaître
Durant l'étude, une jeune femme de la nation Crow a estimé d'un ton découragé que les non-Amérindiens ignoraient totalement qu'il existât des Crows qui exerçaient une profession libérale telle que médecin, avocat, pharmacien ou ingénieur.
Certains des Amérindiens des groupes échantillons, tout en reconnaissant que les descriptions historiques et les programmes scolaires relatifs au passé des nations indiennes avaient évolué au cours du dernier demi-siècle, ont estimé que les non-Amérindiens ignoraient presque tout de leur histoire récente, opinion qui a été confirmée par les participants non indiens. « Aucun d'entre nous ne sait rien sur les Indiens », a avoué un participant venu de New York, les autres hochant la tête en signe d'assentiment.
Tous les groupes échantillons ont révélé la nécessité de programmes d'information plus étoffés au sujet des Amérindiens, que ce soit à l'école ou dans des musées. « Le fait que des non-Amérindiens veulent non seulement préserver la culture des Amérindiens et s'informer davantage sur leur histoire et sur leur vie contemporaine est une chose qui devrait surprendre agréablement un grand nombre d'Amérindiens qui, partout où ils vont, sont hantés par un sentiment d'invisibilité au sein de la société américaine », ont conclu les auteurs du rapport.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)