19 octobre 2007

Les appuis de haut niveau accordés aux candidats à la présidence importent-ils ?

Des experts s'interrogent quant à l'effet de ces appuis sur le choix des électeurs.

 
Oprah Winfrey
La célèbre animatrice Oprah Winfrey a annoncé publiquement qu'elle soutiendrait le candidat Barack Obama. (© AP Images)

Washington - Les politologues se demandent si le nouveau lauréat du prix Nobel de la paix, Al Gore, va offrir son appui à l'un des candidats à l'investiture du parti démocrate pour l'élection présidentielle de 2008. Mais un débat sans doute aussi important est celui de savoir si de tels appuis importent ou non dans l'issue de l'élection présidentielle.

Michael Shea, qui dirige une société de conseil politique pour les démocrates dont le siège est à Boston, a déclaré lors d'un entretien accordé à l'USINFO que l'élection du président était le « vote le plus personnel du citoyen », ce qui diminue l'effet de l'appui d'un politicien célèbre. C'est particulièrement le cas, a-t-il affirmé, pour les électeurs à l'esprit très indépendant de l'Iowa et du New Hampshire, où doivent se tenir le premier « caucus » et la première élection primaire, respectivement, de la course de 2008 à la Maison-Blanche.

Les citoyens de ces deux États prennent en effet leur vote « très très au sérieux, un peu comme les jurés d'un procès aux assises ».

Si l'appui de M. Gore peut avoir un effet, c'est sur les électeurs qui se préoccupent du réchauffement climatique, a dit M. Shea. « Chacun sait que M. Gore a acquis une renommée emblématique en tant que défenseur de l'environnement. »

M. Shea a ajouté qu'un appui du sénateur du Massachusetts Edward Kennedy pourrait être important pour les élections primaires démocrates, mais on ignore si M. Kennedy se prononcera étant donné qu'il a des liens étroits avec plusieurs des candidats de son parti à la présidence. M. Shea, qui a vu le sénateur à l'œuvre, a affirmé que personne ne savait électriser une foule mieux que lui.

M. Shea a ensuite abordé la question des appuis accordés par les syndicats ouvriers et diverses célébrités. Les syndicats peuvent offrir des bénévoles pour faire du porte-à-porte et passer des coups de fils pour recueillir des votes et inciter d'autres personnes à participer à la campagne d'un candidat donné. Les syndicats peuvent également aider un candidat à rassembler des fonds, que M. Shea a qualifiés de « lait maternel de la politique ».

Quant à l'aval des célébrités, M. Shea a fait remarquer que si l'appui offert par l'animatrice afro-américaine d'émission télévisée Oprah Winfrey à Barack Obama ne l'avait pas aidé dans les sondages, cela avait tout de même permis de rassembler plus de fonds pour sa campagne et de le faire mieux connaître.

Une situation différente du côté républicain

Edward Kennedy et John Kerry
Edward Kennedy et John Kerry, les sénateurs de l'État du Massachussetts. (© AP Images)

Le conseiller politique républicain Brian Donahue admet que le soutien d'Al Gore redorerait le cachet d'un candidat démocrate dans le domaine de l'environnement.

Lors d'un entretien accordé à l'USINFO, M. Donahue, premier vice-président de la société de conseil politique Jamestown Associates, dont le siège est à Washington, a déclaré que si M. Gore soutenait l'un des candidats démocrates à la présidence, cela changerait la donne de la campagne au profit de M. Obama et au détriment de la candidate actuellement en tête des sondages, Mme Hillary Clinton. L'ampleur de ce changement dépendrait de l'énergie déployée par M. Gore.

Toutefois, le changement climatique n'est pas en tête de liste des priorités des démocrates, ce qui joue contre l'importance de son appui à l'un quelconque des candidats.

Quant à l'appui du président Bush à l'un des candidats républicains, l'affaire est « un peu plus compliquée ». Si le président jouit toujours d'un solide soutien au sein de son parti, « sa longue présence au pouvoir a suscité des controverses, l'une des moindres n'étant pas la guerre en Irak ».

La question est toutefois sans importance pour l'instant, parce que M. Bush ne va soutenir personne avant la désignation du candidat républicain à la présidence, si toutefois il le fait. Normalement, les présidents en exercice ne se prononcent en faveur d'aucun candidat durant l'élection primaire de leur parti.

Quant aux appuis de célébrités, ils créent de brefs effets de publicité sans grand effet à long terme, a affirmé M. Donahue. Il a toutefois ajouté que les célébrités pouvaient organiser des « événements extravagants » permettant de collecter des fonds importants pour les candidats.

Un professeur attribue peu de valeur aux appuis politiques

M. Ross Baker, professeur de science politique à l'université Rutgers dans le New Jersey, a été plus bref dans son évaluation des appuis aux hommes politiques : « Je ne les vois pas d'un très bon oeil », a-t-il dit lors d'un entretien accordé à l'USINFO.

S'il admet que l'appui d'une personnalité peut renforcer la décision d'un électeur de voter pour un candidat, il doute fort que l'appui offert le 12 octobre à Mme Clinton par le député de Géorgie John Lewis, un ancien militant en faveur des droits civils, va pousser les partisans de M. Obama ou de John Edwards à changer d'avis en faveur de la sénatrice du New York.

Il est également d'avis que l'appui offert par Mme Winfrey à M. Obama aura peu d'effet. « Oprah est beaucoup plus efficace lorsqu'il s'agit de promouvoir un livre », a-t-il dit.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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