17 octobre 2007

L'évolution de l'influence politique de la communauté hispanique aux États-Unis

À mesure que les Latino-Américains atteignent l'âge de vote ou obtiennent la nationalité américaine, leur impact sur les élections augmente.

 
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Manifestation en Arizona
Manifestation politique en Arizona en faveur d'une réforme au système d'immigration en 2006. (© AP Images)

Washington - Selon le Bureau de recensement des États-Unis, la population dite « hispanique », qui compte à présent 44 millions d'individus, est aujourd'hui la minorité ethnique la plus importante du pays. Mais c'est également le groupe ethnique qui connaît la croissance la plus rapide ; il représente en effet environ 50 % du taux de croissance démographique de la population totale. Cependant, étant donné que seuls 10 % des nouveaux électeurs américains sont hispaniques, cet accroissement ne signale pas encore l'émergence d'une influence politique puissante, a expliqué M. Richard Fry, chercheur au Centre hispanique Pew, une association apolitique qui a son siège à Washington.

Lors d'un entretien accordé à l'USINFO, M. Fry a identifié trois principaux facteurs qui « freinent l'essor de l'influence politique potentielle des Latino-américains en fonction de leur croissance démographique ». Il existe aussi, a-t-il dit certaines indications selon lesquelles l'influence politique des Latino-Américains devrait sensiblement augmenter à l'avenir.

Il est vrai que les Américains d'origine hispanique ont parfois joué un rôle crucial au plan électoral dans les États où ils vivent en fortes concentrations, tels que l'Arizona, le Nevada, le Nouveau-Mexique, le Colorado et la Floride. Cependant, le pourcentage d'électeurs hispaniques ne s'élevait qu'à 6 % en 2004, même si les Latino-Américains constituent 15 % de la population américaine totale.

La communauté hispanique est une « population jeune », avec un grand nombre de membres mineurs et donc non admissibles à voter, a expliqué M. Fry, en ajoutant que beaucoup sont des enfants d'immigrants mexicains et centre-américains nés aux États-Unis pendant les années 1980 et 1990. Cet important secteur de la population, appelé la « deuxième génération hispanique », avait un âge moyen de onze ans en 2004.

« Mais aujourd'hui, ils sont au collège, au lycée et, bientôt, ils auront dix-huit ans » a déclaré M. Fry. Ce tournant constitue un des trois facteurs de l'éventuel élargissement du vote hispanique attendu par les experts. Mais comme chez toute autre minorité ethnique, la participation au scrutin des Hispaniques âgés de 18 à 24 ans est généralement beaucoup plus faible que celle de leurs aînés.

Mun2, une chaîne de télévision par câble qui cible les adolescents latino-américains, s'est unie au réseau Telemundo afin de lancer la campagne Vota por tu futuro / Vote 4 UR Futur, (c'est-à-dire « Votez pour votre avenir »), qui a pour but de mobiliser tous les électeurs potentiels en vue des élections de 2008. Bien que la « nouvelle génération hispanique » soit très jeune, elle constitue une tranche très importante de la population, et les analystes des tendances de vote latino-américaines la surveilleront de près.

Un deuxième facteur allégeant considérablement le poids politique des Hispaniques aux États-Unis est la non-qualification au droit de vote d'environ un quart des Latino-Américains, en raison du fait qu'ils n'ont pas la nationalité américaine. Malgré les efforts entrepris par certains groupes, comme par exemple les campagnes de sensibilisation aux avantages de la citoyenneté et aux droits des immigrants organisées par NALEO, (l'Association des représentants élus et nommés hispaniques) et Univision, un grand réseau de télévision hispanophone, le processus de naturalisation se fait très lentement.

« On ne peut pas tout simplement choisir un jour de devenir citoyen », a dit M. Fry, an ajoutant qu'un grand nombre d'Hispaniques ne peuvent même pas soumettre une demande d'inscription sur les listes électorales de leur circonscription, étant donné qu'il existe dans certains États des contraintes relatives à la domiciliation outre la condition de citoyenneté. « Il est difficile de savoir à quel point les campagnes qui se portent actuellement sur les élections en 2008 attireront de nouveaux électeurs ». Mais tandis que les Hispaniques continuent à compléter le processus de naturalisation, l'impact de leur communauté sur les élections futures s'accroît également.

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Campagne de sensibilisation des droits des immigrants
Campagne de sensibilisation aux avantages de la citoyenneté et aux droits des immigrants. (© AP Images)

Le troisième facteur atténuant l'influence politique des Latino-Américains est la faible participation au scrutin d'un grand nombre d'Hispaniques ayant pourtant la nationalité américaine, a déclaré M. Fry. En 2006, par exemple, seuls 5,6 des 17,3 millions d'électeurs hispaniques admis à voter ont choisi de le faire.

Ce phénomène n'est pas exclusivement hispanique, a précisé M. Fry, étant donné que « les Latino-Américains, tout comme les Afro-Américains, ne s'inscrivent pas sur les listes électorales et ne votent pas autant que le font les Américains d'origine européenne ». Mais les données recueillies par le Centre Pew sembleraient indiquer que la participation au scrutin chez les Hispaniques est encore plus faible que celle des Afro-Américains.

Les mois précédant les élections en 2004 ont été marqués par une multitude d'efforts de mobilisation des électeurs latino-américains, et la comparaison des résultats des élections à celles en 2000 révèle une nette augmentation des inscriptions sur les listes électorales et de la participation au scrutin des Hispaniques. Par contre, a précisé M. Fry, ces phénomènes se sont intensifiés encore plus chez les Américains d'origine européenne. « Il faut donc tenir compte du fait que les efforts de mobilisation ciblant les Hispaniques ne sont pas uniques ; il en existe d'autres qui sont dirigés vers les nouveaux électeurs blancs », a-t-il dit.

Des tendances communes entre différents groupes ethniques et raciaux

En dépit des manifestations de 2006 de la communauté latino-américaine contre la réforme du système d'immigration ou des récentes mesures adoptées par certains États et le gouvernement fédéral ciblant les immigrants illégaux, « il est difficile de savoir comment cette nouvelle arène politique influera sur la participation de la communauté hispanique en 2008 », a déclaré M. Fry.

En effet, des données recueillies en 2004 indiquent que l'immigration, tout en figurant parmi les soucis sociopolitiques des Hispaniques, n'était pas pour autant la question politique la plus importante à leur point de vue.

Un recensement d'électeurs latino-américains effectué avant 2004 par le Centre Pew a demandé aux participants d'identifier les questions qu'ils considéraient comme « essentielles quant au choix du candidat présidentiel ». Le recensement a révélé que chez les Hispaniques, les questions politiques ayant le plus de poids étaient d'abord l'éducation (chez 54 % des personnes interrogées), suivie de près par les problèmes relatifs à la santé et à l'économie, (51 %) et en troisième place la menace du terrorisme (45 %). La question de l'immigration, par contre, n'a été évoquée que par 27 % des électeurs. Selon M. Fry, les résultats du recensement montrent que les priorités des Hispaniques sont presque identiques à celles des Afro-Américains ou des Américains d'origine européenne ; la seule différence étant le niveau d'importance accordé à la question de l'éducation.

Comme nombre d'autres communautés ethniques, la population hispanique est divisée quant à la question de religion. « Un nombre croissant d'adultes hispaniques ont quitté l'Église catholique, beaucoup pour se convertir au christianisme évangélique », a dit M. Fry. La communauté d'Hispaniques évangéliques s'élargit en attirant un grand nombre d'Hispaniques nés aux États-Unis.

Selon les données du Centre Pew, tandis que seuls 33 % des Latino-Américains catholiques ont voté pour George W. Bush en 2004, environ 56 % des Hispaniques non catholiques ont choisi le candidat républicain.

« Ce clivage sur le plan religieux n'est pas unique à la communauté hispanique. Mais en 2004, les lignes de division se sont tracées de façon un peu plus évidente », a expliqué M. Fry.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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