15 octobre 2007

La règle de l'équité et la presse audiovisuelle aux États-Unis

L'éventualité du rétablissement de cette règle suscite des opinions diverses.

 
Richard Durbin
Le chef la majorité démocrate au Sénat, M. Richard Durbin. (© AP Images)

Washington - Un grand sujet des émissions-débats à la radio est de savoir si la règle de l'équité, qui a été abolie en 1987, pourrait être rétablie.

Selon cette règle, les émissions-débats qui portent sur des sujets controversés doivent donner une voix aux tenants d'opinions opposées. La Commission fédérale des communications (FCC) a fait appliquer cette règle de 1949 à 1987 avant qu'elle soit abolie sous la présidence de Ronald Reagan.

Cette question refait de nouveau surface depuis que M. Rush Limbaugh, l'animateur conservateur d'une émission-débat radiophonique, aurait mis en question, selon certains, le patriotisme des soldats américains opposés à la guerre en Irak. M. Limbauch, qui a rejeté ces accusations, s'est moqué des tentatives visant à restaurer la règle de l'équité.

Les partisans de la règle de l'équité

Le chef la majorité démocrate au Sénat, M. Richard Durbin, estime toutefois que les animateurs d'émissions-débats tels que M. Limbaugh devraient donner à leurs auditeurs le pour et le contre des sujets dont ils débattent, afin que les électeurs puissent prendre des décisions éclairées.

Sénateur démocrate de l'Illinois, M. Durbin a déclaré à ce propos : « J'ai cette opinion vieux jeu selon laquelle les Américains sont plus à même de prendre une décision lorsqu'ils sont informés du pour et du contre. »

Pour sa part, M. Steve Rendall, de l'association Fairness and Accuracy in Reporting (FAIR) dont le siège est à New York, a déclaré à l'USINFO que la plupart des gens avaient une fausse idée de la règle de l'équité car elle avait été « dénaturée par des reporters incompétents ou corrompus ».

M. Rendall, qui est aussi animateur de l'émission-débat radiophonique Counterspin de FAIR, a fait remarquer que cette règle n'empêchait pas d'avoir des émissions-débats de tendance conservatrice. Elle exige seulement que, lorsqu'un sujet fait l'objet d'une controverse publique, on présente des opinions divergentes en même temps et pendant la même durée que celles exprimées par l'animateur de cette émission.

Les grandes chaînes de télévision et les grands réseaux de stations de radio, a-t-il dit, constituent encore le principal moyen d'information de la plupart des Américains malgré la prolifération des nouvelles diffusées sur l'Internet, par satellite et par télévision câblée.

M. Rendall a exprimé son mépris pour les animateurs d'émissions-débats qui prétendent pouvoir exclure les opinions qu'ils n'aiment pas et présenter les opinions qu'ils aiment jour et nuit alors qu'en fait les ondes aériennes ne leur appartiennent pas. La Cour suprême, a-t-il dit, a jugé que les intérêts des auditeurs et des téléspectateurs étaient primordiaux et non pas ceux des organismes de radiotélévision.

Les membres du parti républicain, a-t-il indiqué, sont presque tous unanimes à s'opposer à la règle de l'équité, tout comme le secteur de la radiotélévision, parce que son application exigerait un plus grand nombre d'émissions d'intérêt public portant sur les nouvelles et sur des sujets controversés, ainsi que des émissions présentant des opinions opposées sur des questions données.

De nombreux démocrates y sont également opposés, car « ils sont proches du secteur de la radiotélévision » ou parce qu'ils estiment qu'il s'agit là d'une question décisive qu'ils préféreraient éviter.

Les adversaires de la règle de l'équité

Juriste spécialisé dans le droit de la communication, M. David Silverman a déclaré à l'USINFO que le rétablissement de la règle de l'équité constituait « une possibilité » si un candidat démocrate remportait la prochaine élection présidentielle en 2008 et si le parti démocrate conservait la majorité au Congrès.

Un grand argument contre le rétablissement de cette règle a trait à la « pléthore » des moyens d'information dont les Américains disposent à l'heure actuelle. Même si les démocrates votaient une loi en faveur de ce rétablissement, il est probable, selon M. Silverman, que certains intenteraient une action en justice pour inconstitutionnalité en raison de cette pléthore.

Pour sa part, le doyen de la faculté de droit de l'université George Mason en Virginie, M. Daniel Polsby, a dit à l'USINFO que cette règle ne serait pas rétablie parce qu'elle était dépassée.

Le soutien politique nécessaire fait défaut, et la question de la constitutionnalité de cette mesure risque de décourager les parlementaires qui y sont favorables.

La Commission fédérale des communications, a-t-il dit, pourrait voter en faveur de son rétablissement, mais les tribunaux ne manqueraient pas de juger que cette mesure est contraire à la Constitution des États-Unis en cas d'action en justice.

De son côté, M. Craig Crawford, collaborateur à la rédaction de la revue trimestrielle Congressional Quarterly, a déclaré à l'USINFO que certains membres du parti démocrate tenaient à ce que cette règle soit rétablie, mais que les chefs de file démocrates du Congrès ne partageaient pas ce sentiment.

M. Crawford, qui est également chroniqueur politique à la télévision, a souligné qu'il était un défendeur puriste du premier amendement à la Constitution et que de ce fait il était peu favorable à la réglementation des médias. (Le premier amendement à la Constitution des États-Unis garantit la liberté d'expression et protège les médias contre la censure.)

À son avis, toutes ces discussions au sujet du rétablissement de la règle de l'équité sont destinées à exercer des pressions sur les propriétaires des organismes d'information pour qu'ils présentent les deux côtés d'une question, mais ces pressions ne sont que du vent.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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