12 octobre 2007

« La meilleure revanche est de réussir », déclare une représentante du Maryland

Mme Barbara Robinson a su surmonter des défis personnels et politiques.

 
Barbara Robinson
Mme Barbara Robinson, représentante de la 40e circonscription législative du Maryland. (Photo Assemblée générale du Maryland)

Il faut du courage et de l'opiniâtreté pour percer dans l'arène politique et remporter une élection. L'USINFO examine les cas de trois femmes tout à fait différentes qui ont réussi à se faire élire, contre toute attente. Cet article est le dernier d'une série de trois concernant des femmes qui assument leur premier mandat à l'Assemblée générale du Maryland.

Washington - Mme Barbara Robinson a connu un parcours non exempt de peines : outre un beau-père violent et une mère alcoolique, elle a vécu également les misères de la pauvreté et du sans-abrisme, les abus sexuels et le viol, et la cruauté de la discrimination raciale.

Toute son enfance, on lui a dit qu'elle ne ferait rien de sa vie, a-t-elle expliqué à l'USINFO. Mais, contre toute attente, elle a parvenu à se forger des carrières dans les domaines de la fonction publique, du commerce et, tout récemment, de la politique.

« J'avais tant à prouver aux gens autour de moi ; que j'étais aussi méritante que toute autre personne », a dit Mme Robinson. « Finalement, la meilleure revanche est de réussir. »

Cette réussite ne s'est toutefois pas matérialisée du jour au lendemain. Malgré une enfance difficile à une époque où la ségrégation raciale était encore imposée en Géorgie, État du sud du pays, elle réussit cependant à obtenir son diplôme de lycée avec les honneurs académiques. Une bourse universitaire lui permit de s'échapper du foyer dysfonctionnel de sa famille et de commencer ses études à Baltimore, dans l'État du Maryland. Mais après cinq mois seulement, elle se trouva obligée de les abandonner, enceinte du premier des cinq enfants qu'elle aurait avec l'homme qui allait être son époux pendant quarante-six ans. Néanmoins, elle était déterminée à reprendre et à achever un jour ses études.

Il lui fallut dix-huit ans pour obtenir son premier diplôme universitaire. Elle passait des mois à travailler pour mettre de côté une somme destinée aux frais de scolarité. Puis elle reprenait ses études aussi longtemps que possible, et une fois ses économies dépensées, elle cherchait à nouveau du travail. Son époux, qui n'a jamais terminé ses études au lycée, se sentait menacé par l'ambition de sa femme.

« Une fois, il a défoncé la porte de notre chambre pour s'emparer de mes livres de classe et les mettre en miettes », a-t-elle confié. « Finalement, je lui ai fait comprendre que je tenais à obtenir mon diplôme, avec ou sans lui… et que quoi qu'il puisse faire, je ne changerais pas d'avis. » Son mari fini par céder, et devint éventuellement fier de ses accomplissements.

Dans les HLM où elle vivait, Mme Robinson ne reçut guère de soutien ou d'encouragement de la part de ses proches ; les « gens de la rue » qui vivaient autour d'elle ont d'ailleurs exprimé leur mépris envers les efforts qu'elle faisait pour progresser. Malheureusement, ce n'est pas non plus chez ses camarades de classe qu'elle trouva des affinités consolantes, étant donné qu'ils étaient issus de milieux sociaux beaucoup plus avantagés.  

« J'étais toute seule », a-t-elle déclaré. « Il a fallu que je me crée ma propre place, et c'est ce que j'ai fait. »

Outre son premier diplôme, Mme Robinson obtint aussi une maitrise en administration de justice criminelle. Elle devint la première femme et la première Afro-Américaine à tenir dans les tribunaux de l'État du Maryland les postes d'administratrice en chef de la direction de la circulation automobile, d'administratrice adjointe du tribunal d'instance du Maryland et d'administratrice adjointe de la Court Suprême de circuit du Maryland.

En 1985, elle créa sa propre entreprise, nommée Strategies, Tactics, and Results Associates, Inc., (ou « Stratégies, tactiques et résultats »). Appelée également STAR, cette société est célèbre aujourd'hui pour son travail en matière de ressources humaines, de formation et de transports. Cinq ans plus tard, elle fonda « SelfPride Incorporated », une association à but non lucratif qui fournit aux individus atteints de troubles du développement des locaux résidentiels en communauté et des soins sociaux 24 heures sur 24, et aux anciens érémistes des occasions de trouver un emploi.

Mais malgré tout ce qu'elle avait réussi à faire, Mme Robinson restait frustrée devant le racisme qu'elle considérait comme systémique et qui bloquait encore un grand nombre des entrepreneurs issus de minorités ethniques aux États-Unis. Elle décida donc de transformer le système en partant « de l'intérieur vers l'extérieur ». C'est ainsi qu'elle se proposa comme candidate à l'élection législative de l'Assemblée générale de l'État du Maryland en 2006. Les 47 sénateurs et 141 représentants élus par les 47 circonscriptions électorales s'assemblent tous les ans pendant 90 jours et examinent 2.300 projets de lois, y compris le budget annuel de l'État.

Mme Robinson s'est retrouvée l'une de 19 candidats à l'un des trois postes de représentant de Baltimore. « Ils étaient plus jeunes que moi mais avaient plus d'expérience politique », a-t-elle confié. Lors d'une de ses premières allocutions publiques en présence de ses adversaires, elle « a été prise d'angoisse » et sa voix s'est mise à trembler. Mais elle s'est souvenue qu'il s'agissait de « l'ancienne combattante Barbara Robinson dans l'arène… Si je suis venue jusqu'ici, c'est pour gagner. »

À un âge où la plupart des femmes prennent leur retraite pour jouer avec leurs petits-enfants, Mme Robinson a engagé les siens, ainsi que leurs parents, à travailler à sa campagne électorale, qu'elle finança de ses propres fonds. « Mes amis m'ont aidée… Je me suis retrouvée avec une équipe de 30 bénévoles qui faisaient le travail de 300. » Avec leur aide, elle frappa à toutes les portes des quartiers que ses adversaires avaient choisi d'éviter.

Et c'est ainsi que Mme Robinson remporta l'élection.

« Je n'ai reçu l'investiture de personne », a-t-elle dit. « Je ne devais rien aux intérêts particuliers… Je représentais uniquement les électeurs, et j'en étais vraiment heureuse. »

Finissant la première année de son mandat de quatre ans, Mme Robinson a déclaré que ses buts principaux sont « d'assurer un partage équitable du marché pour les petites entreprises et pour les entreprises fondées par des femmes ou des membres de minorités ethniques, et d'assurer que ces individus disposent des mêmes possibilités de diversifier leur commerce que les entrepreneurs masculins ou non minoritaires ».

Bénéficiant de ce qu'elle appelle « la sagesse des sexagénaires », Mme Robinson a conclu avec fierté : « J'ai 69 ans, et encore beaucoup à faire ».

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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