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09 octobre 2007

Les sports professionnels dans la campagne électorale aux États-Unis

Les candidats proclament leurs allégeances sportives pour rallier les électeurs.

 
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Ronald Reagan en 1932
L'ancien président Ronald Reagan était, en 1932, animateur d'émissions sportives de radio à Des Moines dans l'Iowa. (© AP Images)

Washington - La plupart des candidats à la présidence des États-Unis ont recours, sans arrière-pensée, à la pratique solidement ancrée dans l'arène politique consistant à proclamer leur passion pour telle équipe sportive professionnelle afin de montrer combien eux aussi sont des gens ordinaires, des gens « normaux ».

Les manifestations les plus médiatisées de ces témoignages de fanatisme sportif appartiennent actuellement à la sénatrice démocrate du New York, Mme Hillary Rodham Clinton, et à l'ancien maire de la ville de New York, le républicain Rudy Giuliani. Ces deux adversaires détiennent actuellement une longueur d'avance sur leurs rivaux respectifs pour l'investiture de leur parti.

Or, on les a vus arborant l'une et l'autre une casquette des Yankees, la fameuse équipe de base-ball de New York. C'était, sans nul doute, selon les observateurs, pour consolider l'image qu'ils s'efforçaient de bâtir de « solidarité avec le commun des mortels ».

Le chroniqueur sportif du New York Times Murray Chass a confirmé à l'USINFO que telle était bien leur stratégie : « s'établir, dans l'esprit de l'électeur, comme ayant une appartenance solide et authentique à l'univers des sports, auquel tant de membres du public s'identifient ».

En 2000, toutefois, les motivations profondes de Mme Clinton avaient suscité certains doutes lorsque, briguant un siège de sénatrice de l'État de New York, elle s'était mise à afficher sa casquette Yankee, histoire de prouver son affiliation à l'équipe de cet État où, pourtant, elle n'avait que récemment élu domicile.

En effet, selon M. Chass, « tout le monde savait qu'elle était originaire de Chicago, et qu'elle adulait l'équipe des Cubs, de la Ligue nationale de base-ball. Mais elle s'est réclamée en même temps des Yankees, de la Ligue américaine ».

« Je crois que personne ne l'a vraiment crue », a ajouté le journaliste.

Mme Clinton, qui admet avoir un faible pour les Cubs, précise que, jeune fille, il lui fallait bien soutenir également une équipe de l'autre ligue professionnelle, si bien, dit-elle, qu'elle a développé « beaucoup d'intérêt et une affection sincère pour les Yankees ».

Pendant ce temps-là, M. Rudy Giuliani, un fanatique de bon aloi de son club de New York, s'est montré au stade à tous les matchs de phase finale des Yankees, sans exception, depuis 1995. On l'a baptisé de ce fait « supporter numéro un des Yankees ».

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Rudolph Giuliani
Rudolph Giuliani, candidat républicain à l'élection présidentielle, ancien maire de New York, et fanatique des Yankees. (© AP Images)

M. Chass se souvient que, lors de sa campagne de 1969 pour un second mandat à la mairie de New York, le regretté John Lindsay a bien profité dans les sondages de son apparition dans les vestiaires des Mets, autre équipe de base-ball de New York, pour féliciter l'équipe d'avoir remporté le grand championnat des World Series. Il semble que dans l'euphorie de la victoire, M. Lindsay se soit même laissé prendre dans le feu croisé des jets de champagne dont s'entre-aspergeaient les joueurs en liesse.

Cette scène rocambolesque, transmise en direct des vestiaires à la télévision, a transformé John Lindsay, que l'on soupçonnait de tendances élitistes, en un « vrai gars du pays, voire l'une des raisons de la victoire des Mets », a observé M. Chass. Les images vues au petit écran se sont littéralement « traduites en suffrages » qui ont aidé Lindsay à se faire réélire en novembre 1969.

Les impressions du politologue David Broder

Le chroniqueur politique bien connu du Washington Post, David Broder, a souligné à l'USINFO que la stratégie de Mme Clinton et de M. Giuliani n'était pas sans danger, car ils « couraient le risque de se faire huer lors de leur apparition dans les gradins. C'est toujours risqué, on ne sait jamais comment la foule va réagir », car celle-ci sait bien quelle est la vraie raison de leur présence.

En fait, M. Broder est convaincu que ni Mme Clinton ni M. Giuliani ne gagneront le moindre avantage à porter la casquette des New York Yankees, du moins en dehors de la région immédiate de cette ville : « Hillary Clinton n'est guère associée à l'État de New York. M. Giuliani, en revanche, l'est très fortement, aussi peut-on s'étonner que sa cote reste relativement élevée dans les États du centre du pays », quand on connaît les différences de mentalité qui séparent les deux régions.

M. George W. Bush, qui ne peut se représenter, est, lui, « un vrai fanatique du base-ball », d'autant qu'il était propriétaire d'une équipe professionnelle du Texas. M. Broder raconte que, lorsqu'il a été reçu par M. Bush dans son ranch, « la première chose qu'il m'a montrée dans sa vitrine de souvenirs, c'était une collection d'au moins trente balles de base-ball portant l'autographe de joueurs célèbres, qu'il avait accumulées au fil des ans ».

Ce n'est pas à dire que le fait de posséder une équipe de base-ball ait particulièrement favorisé les ambitions présidentielles de M. Bush, a poursuivi le chroniqueur. M. Bush plaisantait volontiers sur les « transactions catastrophiques » qu'il avait faites lors de certains échanges de joueurs, mais « il ne s'est jamais trop vanté » de posséder une équipe.

L'ancien président Ronald Reagan était, lui aussi, un grand amateur de sport. C'est ainsi qu'en 1981, il organisa une réception à la Maison-Blanche pour honorer les anciens meilleurs joueurs de base-ball.

Ronald Reagan était d'ailleurs, à une époque, commentateur sportif à la radio. Pendant une certaine période des années 1930, il « reconstitua » en direct à la radio des matchs auxquels il n'était même pas présent, inventant depuis son studio de la station WHO de Des Moines (Iowa) des foules de détails sur le déroulement des matchs des Cubs de Chicago à partir de dépêches laconiques qu'il recevait par téléscripteur des services de presse qui suivaient l'action sur le terrain. Beaucoup plus tard, Ronald Reagan devait se servir une fois de plus de ses talents oratoires, lors de ses discours de campagne électorale qui lui valurent le surnom de « grand communicateur » en raison de son pouvoir de persuasion.

Selon M. Broder, d'anciennes vedettes sportives n'hésitent pas à employer leur renommée acquise sur le terrain de jeu pour s'en bâtir une sur le terrain politique. Tel était notamment le cas de Jack Kemp, ancien député du New York, qui s'est servi comme d'un tremplin politique de ses exploits à la tête de l'équipe de football américain des Buffalo Bills.

On peut citer d'autres athlètes qui ont par la suite entamé une carrière politique : Bill Bradley, ancien sénateur du New Jersey, avait été l'un des meilleurs joueurs de l'équipe de basket-ball de New York ; Jim Bunning, le lanceur incomparable des Phillies, club de base-ball de Philadelphie, est aujourd'hui sénateur du Kentucky ; et Jesse Ventura (dit « The Body »), a été gouverneur du Minnesota de 1999 à 2003 après une carrière retentissante de catcheur professionnel.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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