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04 octobre 2007

L'influence des émissions-débats sur les élections présidentielles américaines

La tradition de l'émission politique du dimanche matin persiste aux États-Unis.

 
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Bill Richardson
Le candidat Bill Richardson apparait sur un écran de télévision dans un forum civique dans l'Iowa. (Photo Archives © AP Images)

Washington - Les principaux candidats à l'élection présidentielle 2008 aux États-Unis paraissent régulièrement aux émissions-débats politiques, mais l'impact de leur participation reste incertain.

M. David Brooks, chroniqueur du New York Times, a expliqué à l'USINFO que les émissions-débats du dimanche touchaient surtout la catégorie des « professionnels », c'est-à-dire les journalistes, les personnes « engagées » et les dros donateurs aux campagnes électorales. Lui-même commentateur pour le programme NewsHour with Jim Lehrer (journal télévisé animé par Jim Lehrer, diffusé par le Réseau de télévision publique PBS), M. Brooks estime que ces émissions ont une audience d'environ 10 millions de téléspectateurs, « ce qui n'est pas rien », a-t-il ajouté.

Il a toutefois noté que les téléspectateurs en question ont généralement déjà fait leur choix quant à leurs candidats favoris.

M. Nathan Gonzales, chef de la rédaction politique du Rothernberg Political Report, un bulletin d'informations apolitique de Washington, a déclaré que les émissions-débats pourraient néanmoins avoir des effets indirects sur la prochaine élection présidentielle.

Même si leurs publics sont « minuscules », ces programmes « jouissent d'une portée médiatique très importante, ce qui, à mon avis, peut avoir un certain impact sur la course à la Maison-Blanche », a-t-il expliqué.

« Ce sont surtout les décideurs, jacasseurs et autres "accros" de la politique qui regardent ces émissions, mais je pense que leur intérêt a des effets secondaires » a dit M. Gonzales, qui rédige également des articles pour Roll Call, un journal qui couvre les actualités du Congrès américain. Les propos provocants (qu'ils soient positifs ou négatifs) que peuvent émettre les candidats lors d'un entretien télévisé sont souvent repris par les médias pour être transformés en sound bites, ou inserts sonores. Diffusés et rediffusés sans arrêt, ces petites phrases percutantes prononcées durant une émission-débat peuvent exercer, en quelques jours seulement, une influence indéniable sur les électeurs.

M. David Yespen, un chroniqueur politique au journal Des Moines Register de l'État de l'Iowa, s'est déclaré du même avis que M. Gonzales en ce qui concerne les petites phrases médiatiques.

La participation d'un homme politique à une émission dominicale n'a généralement qu'une influence marginale sur les électeurs, « mais elle peut avoir un impact énorme si le candidat se trahit par une grosse erreur », a-t-il dit.

Le candidat démocrate Bill Richardson s'est révélé moins qu'éloquent dans une émission récente, ce qui, selon M. Yepsen, a affaibli ses chances de remporter l'investiture de son parti à la présidence. Par contre, ses prestations en tournée électorale se sont beaucoup améliorées depuis.

Selon M. Yespen, les militants politiques considèrent sans doute comme significatif le fait que telle prestation médiocre ou défavorable d'un candidat soit rediffusée par la suite dans des reportages ou dans des actualités télévisés.

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Rudolph Giuliani
Le candidat républicain Rudolph Giuliani interviewé par l'animateur Larry King. (Photo Archives © AP Images)

Il a ajouté qu'outre les groupes de téléspectateurs qui regardent religieusement chacune des émissions-débats, il existe « une certaine communauté de fanatiques des infos qui les suivent toutes ».    

Le « balayage à la Ginsburg »

Récemment, les politologues ont analysé la décision de Mme Hillary Clinton de paraître le dimanche 23 septembre sur chacune des cinq grandes émissions-débats : Meet the Press (« Rencontre avec la presse ») sur NBC, Face the Nation (« Face à la nation ») sur CBS, This Week (« Cette semaine ») sur ABC, Late Edition (« Édition du soir ») sur CNN et les Infos du dimanche sur FoxNews.

Cette stratégie visant à établir une omniprésence sur les écrans de télévision fut baptisée The Full Ginsburg ou « le balayage à la Ginsburg » lorsque William Ginsburg, l'avocat de défense de Mlle Monica Lewinski, accorda en février 1998 des interviews aux animateurs des cinq émissions mentionnées ci-dessus.

Selon M. Brooks, Mme Clinton, candidate démocrate à l'élection présidentielle de 2008, aurait choisi d'effectuer son propre « balayage à la Ginsburg » afin de présenter de son programme de réforme du système médical. Par cette avalanche d'interviews, elle a pu donner l'impression qu'elle « domine en quelque sorte » les discussions à ce sujet, aussi bien que sur le débat sur l'Irak.

 

M. Yepsen confirme l'idée que cette stratégie aurait permis à Mme Clinton de « mieux contrôler son message ».

« Elle se met à la disponibilité des médias lorsque cela lui est avantageux, et n'accorde finalement que peu d'interviews afin de garder un message fixe et cohérent », a-t-il dit.

Les interventions de la sénatrice du New York aux cinq émissions se sont déroulées de façon à ce qu'elle puisse dévoiler son programme de réforme avec un maximum d'impact, et selon M. Yepsen, elle aurait « très bien monté son coup ». M. Gonzales a expliqué que la participation de Mme Clinton à chacune des cinq émissions a placé assurément la sénatrice à la une de l'actualité ce jour-là. « Ses interviews terminées, il ne restait plus beaucoup de temps à consacrer aux autres candidats », a-t-il dit.

Selon M. Yepsen, le seul lapsus de Mme Clinton a été de « s'esclaffer faussement » lorsqu'on lui a posé des « questions difficiles ». Ce rire « orchestré » aurait semblé « poseur » aux électeurs. « On ne peut pas dire qu'il s'agissait d'une catastrophe totale ; les électeurs ne se sont pas rués vers d'autres candidats, mais cela lui a coûté quelques points. »

M. Brooks, qui a participé à une table ronde sur la politique aux États-Unis organisée par le programme This Week a qualifié la prestation de Mme Clinton de « tout à fait respectable », en ajoutant qu'elle avait l'air « présidentiel ». M. Brooks s'est toutefois déclaré du même avis que M. Yepsen quant au rire déconcertant qu'a émis la candidate en réponse à plusieurs questions.

« Et c'est cela qui fait la différence » a dit M. Brooks. « À la télévision, c'est la présentation, et non pas les paroles, qui compte le plus. »

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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