30 novembre 2007

Une exposition de photos illustre les difficultés et les triomphes des Afro-Américains

Cette exposition inaugurale du Musée national de l'histoire et de la culture afro-américaines est un témoignage saisissant de l'histoire des États-Unis.

 
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Martin Luther, Coretta et Yolanda King
Martin Luther King avec sa femme Coretta et sa fille Yolanda en 1956. (Photo © Sandra Weiner/Galerie nationale de portraits)

Washington - Composée d'une centaine d'extraordinaires photographies en noir et blanc, l'exposition inaugurale du Musée national de l'histoire et de la culture afro-américaines de l'Institution Smithsonian, intitulée Let Your Motto Be Resistance : African American Portraits (Que votre devise soit la résistance : portraits d'Afro-Américains), évoque l'histoire personnelle et les victoires, remportées à dur prix, d'éminents Afro-Américains qui depuis 150 ans aident à façonner le quotidien de leur nation, et retrace l'histoire des États-Unis à partir du vécu de personnes qui ont souffert de la discrimination, de l'oppression et de l'injustice.

Selon la responsable de l'exposition, Mme Deborah Willis, malgré les progrès qui ont été faits depuis plusieurs dizaines d'années, les images de la « résistance » continuent encore aujourd'hui à mettre les États-Unis au défi de respecter les idéaux élevés qu'ils professent.

Les portraits d'abolitionnistes, d'artistes, d'écrivains, de chercheurs, d'hommes d'État, d'athlètes et de vedettes opposent le thème de la « résistance » aux stéréotypes négatifs dont font l'objet les Afro-Américains. La résistance, a expliqué Mme Willis à l'USINFO, « ne se caractérise pas simplement par une lutte physique, elle se traduit aussi par des images visuelles ».

Pour l'instant, c'est la National Portrait Gallery qui abrite l'exposition car le Musée national de l'histoire et de la culture afro-américaines, dont le Congrès a autorisé la création en 2003, n'a pas encore été construit. En attendant que le nouveau musée ait son site officiel sur le Mall (la grande esplanade centrale) de Washington, cette première exposition donne un aperçu de la façon dont les responsables du musée s'y prendront pour faire la lumière sur l'expérience des Afro-Américains.

Selon Mme Willis, la réponse à l'exposition a été « extraordinairement positive ». « J'ai reçu un grand nombre de courriels de la part de gens qui l'ont vue me remerciant de leur avoir fait connaître des personnages dont ils ignoraient l'existence. Certains jeunes m'ont dit qu'ils avaient le sentiment d'avoir de grandes lacunes dans leur éducation », a-t-elle dit, soulignant sa surprise face aux réactions.

« Paul Robeson (fils d'un artiste, comédien, et militant bien connu) m'a dit qu'il n'avait jamais vu cette image de son père (...) Des gens à l'étranger qui ont vu l'exposition m'ont contactée (...) Les images du mouvement en faveur des droits civiques ont ému les Polonais car le militantisme afro-américain a eu des effets sur leur propre mouvement en faveur de la démocratie », a-t-elle expliqué, faisant observer que « l'attrait des histoires personnelles transcende la race, la culture ou la nationalité ».

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Frederick Douglas
Frederick Douglas, le célèbre abolitionniste photographié par un artiste inconnu en 1856. (Photo Galerie nationale de protraits)

Les photographies datent de 1856 à 2004, la plus ancienne étant un portrait de Frederick Douglass, abolitionniste du XIXe siècle dont les yeux perçants reflètent le tempérament fougueux et attestent du bien-fondé de son surnom : « Le lion d'Anacostia » (Anacostia est un quartier de Washington où Frederick Douglass avait acheté une propriété en 1877 qu'il baptisa « Cedar Hill » et qui figure aujourd'hui sur la liste des sites nationaux historiques afro-américains).

L'exposition comprend une photographie de Mme Sojourner Truth, une contemporaine de Frederick Douglass qui s'est battue pour l'abolition de l'esclavage et pour les droits de la femme et qui, par sa façon de s'habiller, semblable à celle extrêmement sobre des femmes de la secte des « Quakers », communiquait la respectabilité et le sérieux aux interlocuteurs de l'époque qui astreignaient les femmes à respecter des normes sociales qui ne s'appliquaient pas aux hommes.

Sur une photo sépia, l'auteur, éducateur et militant W.E.B. Du Bois est montré de profil, pensif, contrairement à Paul Robeson qui, sur sa photo, regarde directement l'objectif.

L'exposition comprend une variété de photos, certaines sont des portraits pris en studio par des photographes professionnels, d'autres prises sur le vif telles celle de la soprano Jessye Norman la montrant en train de chanter les yeux clos s'accompagnant d'un grand geste de la main. La photo du musicien de jazz Louis Armstrong a saisi le sourire qui le caractérise et le montre en train de jouer de la trompette entouré de son orchestre. La photo du danseur et chorégraphe Gregory Hines est une étude d'harmonie le montrant pirouettant devant une toile de fond unie. Les pionniers du mouvement en faveur des droits civiques n'ont pas été oubliés, et l'on remarque notamment les photos de Martin Luther King, de Rosa Parks et de Malcom X.

Dans toutes ces photographies, a précisé Mme Willis, les Afro-Américains donnent d'eux l'image sans retouche qu'ils souhaitent montrer à l'observateur et non pas celle, guindée, à laquelle la société pourrait s'attendre. Les photos créent ainsi « un portrait d'une famille prestigieuse et puissante qui a résisté aux stéréotypes du temps ».

Lorsqu'on regarde les photos « glamour » des actrices de cinéma Dorothy Dandridge et Lena Horne, par exemple, personne ne peut douter que l'Afro-Américaine est tout aussi séduisante que la femme blanche. Dans ces photographies, a indiqué Mme Willis, « la beauté est une déclaration politique ».

Certaines de ces photos sont les favorites de Mme Willis, notamment celle du politicien Adam Clayton Powell et du militant en faveur des droits civiques Stokely Carmichael pris en pleine conversation dans un couloir d'un édifice du Congrès. Les deux hommes sont à l'aise et souriants : M. Powell, le député, et M. Carmichael, bien plus jeune, symbolisant deux générations de la lutte en faveur des droits civiques.

Une autre est celle du chanteur Nat « King » Cole qui le montre en train de chanter dans un club de bon ton, à l'aise devant un auditoire manifestement fasciné.

L'exposition a ouvert ses portes le 19 octobre et se terminera le 3 mars 2009. On peut trouver plus d'informations (en anglais) à propos du Musée national des Afro-Américains et de ses activités sur son site Internet : http://nmaahc.si.edu/

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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