15 novembre 2007
Les téléphones portables et la méfiance du public soulèvent des questions sur leur validité.

Washington - En 1936, lorsque les sondages d'opinion n'en étaient encore qu'à leurs balbutiements, la prestigieuse revue littéraire Literary Digest effectua un sondage à l’aide d'annuaires téléphoniques et des listes d’immatriculation d'automobiles. Sa conclusion: le républicain Alf Landon allait battre facilement le président sortant Franklin Roosevelt.
Roosevelt, comme on le sait, remporta l'élection haut la main.
Cette humiliation publique poussa les instituts de sondage à adopter de nouvelles normes rigoureuses afin d'augmenter la précision et la fiabilité de leurs résultats. Aujourd'hui, si les sondages d'opinion ne sont pas devenus infaillibles, ils font partie intégrante de la vie américaine, qu'il s'agisse d'évaluer les attitudes du grand public à l'égard des candidats à l'élection présidentielle, des écoles publiques, de l’assurance automobile ou des ordinateurs.
Les candidats et les sondages
On estime que, en vue de l'élection présidentielle de 2008, plus de 500 instituts locaux et nationaux de sondage prennent le pouls des Américains, qu'il s'agisse de la course à la présidence elle-même (si l'élection avait lieu aujourd'hui, pour qui voteriez-vous?), ou de leurs points de vue sur divers dossiers tels que l'Irak ou les impôts.
Ces sondages précoces ne permettront sans doute pas d'identifier le prochain président des États-Unis, mais ils sont un moyen important de susciter l'intérêt public et d'attirer des appuis financiers. De plus, les électeurs s'en servent pour commencer à décider qui leur semble capable de remporter la victoire.
L'institut Field Poll, de Californie, a fait un sondage sur l'élection présidentielle en octobre dernier, et doit en refaire un en décembre et en janvier. « Nous voulons être en mesure de détecter la moindre évolution de l'opinion publique avant l'élection primaire du 5 février », a déclaré Mark DiCamillo, directeur de Field Poll, lors d'un entretien accordé le 11 novembre à l'USINFO.
Composition aléatoire et téléphones portables
La validité des sondages d'opinion publique repose sur le principe qu'un réel échantillonnage au hasard d'une population donnée fournit une image représentative de l'ensemble. Si le concept est simple, son application est parfois beaucoup plus difficile.
Le problème du Literary Digest, par exemple, n'a pas relevé du principe de l'échantillonnage aléatoire. Les auteurs du sondage ont commis l'erreur de prendre comme échantillon une catégorie relativement aisée de la population qui possédait une voiture et le téléphone, à une époque où la majorité des gens n'en avaient pas.
Aujourd'hui, le téléphone est le moyen préféré des enquêteurs. Ils utilisent une technique appelée composition aléatoire par laquelle un programme informatique tire au hasard des numéros de téléphone. Théoriquement, cette procédure donne à chaque numéro de téléphone la même chance d'être sélectionné.
Cependant, on s'inquiète de plus en plus du fait que plus de 10% des Américains utilisent uniquement des portables. Or la composition aléatoire ne sélectionne que des numéros du réseau terrestre. Selon l'American Association for Public Opinion Research (AAPOR), les études réalisées à ce jour indiquent que l'exclusion des utilisateurs de téléphones portables n'affecte pas la validité des résultats.
Les instituts nationaux tels que Gallup et Zogby n'auront sans doute pas d'autre choix que la composition aléatoire, parce qu'il n'existe pas de listes électorales nationales de laquelle on pourrait tirer des numéros de téléphone. La situation est toutefois différente en Californie, et en 2006 Field Poll a fondé son échantillonnage sur les listes électorales et les numéros de téléphone fournis par les électeurs.
Les médias et les taux de réponse
Un autre défi à relever pour les enquêteurs est l'attitude des Américains face aux médias en général. Selon le Pew Research Center for the People and the Press, ils sont en effet devenus beaucoup plus méfiants à l'égard des médias que par le passé, et cela malgré la prolifération des chaînes câblées et de l'Internet.
En conséquence, le nombre de personnes qui refusent d'être interrogées a considérablement augmenté. Si l'AAPOR n'a détecté aucun lien entre ces taux de réponse et la qualité des sondages, cette tendance demeure préoccupante.
M. DiCamillo a précisé que dans les années 1970, le taux de réponse aux enquêtes téléphoniques était de 70% et qu'aujourd'hui il était tombé à 30%.
La dynamique démographique
Tout sondage d'opinion n'est jamais qu'un instantané d'un environnement dynamique. Pour faire une enquête précise, il faut non seulement poser les bonnes questions aux bonnes personnes, mais aussi utiliser les méthodes éprouvées des sciences sociales.
Les instituts de sondages peuvent, par exemple, décider d'infléchir leurs conclusions afin de compenser pour les groupes sous-représentés dans leurs sondages. Le Field Poll, qui interroge normalement de 1.000 à 1.200 personnes par sondage, utilise certaines formules pour s'assurer que ses échantillons correspondent à la donne démographique de la Californie.
Et si une personne répond au téléphone en espagnol? « Nous rappelons avec un membre du personnel qui parle couramment cette langue », a répondu M. DiCamillo, soulignant que Field Poll ne pouvait pas se permettre de rater quelque 5% des électeurs californiens dont l'espagnol est la première langue.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)