14 novembre 2007
Beaucoup d’entre eux ont réussi à se faire élire.
Washington - Ils n’ont pas tous connu la réussite spectaculaire de l’ancien président Ronald Reagan ou du gouverneur actuel de la Californie, Arnold Schwarzenegger, mais depuis de nombreuses années, beaucoup d’acteurs américains ont quitté le chemin des plateaux pour celui de la politique.
Cette lignée d’acteurs remonte aussi loin qu’à Helen Gahagan Douglas, une actrice de Broadway des années 1920 qui joua en 1935 dans le film She. Elle se lança dans la politique sous l’étiquette démocrate progressiste et entama le premier de ses trois mandats en 1944 en tant membre de la Chambre des représentants.
En 1950, elle se présenta au Sénat contre Richard Nixon, qui était alors membre républicain de la Chambre des représentants. Dans ce que ses partisans qualifièrent de « campagne diffamatoire » contre elle, Richard Nixon l’accusa de sympathiser avec les communistes. Il avait utilisé une tactique similaire pour arracher son siège de représentant face à Jerry Voorhis et lancer sa carrière politique qui lui permit de devenir président des États-Unis.
Après avoir qualifié Helen Gahagan Douglas de « dame rose » à cause de ses soi-disant sympathies pour le parti communiste, Richard Nixon avait déclaré : « Même ses sous-vêtements sont roses ». En échange, elle l’avait surnommé « Tricky Dick » (Richard le tricheur), un surnom qui lui collera à la peau jusqu’à sa mort. Toutefois, la victoire de Richard Nixon fut écrasante et mit fin à la carrière politique de Helen Gahagan Douglas.
Les talents d’acteur ne garantissent pas la réussite dans la politique
Selon la directrice du programme d’art dramatique de l’université de New York, Zelda Fichandler, les acteurs ont une « affinité naturelle » avec la politique, et tous les candidats doivent acquérir des talents d’acteur pour réussir en politique.
« On voit qu’Hillary Clinton a reçu des conseils pour montrer les divers aspects de sa personnalité en public. Sa voix a changé, son comportement en public est plus ouvert et moins réservé qu’auparavant. Elle se fait observer et conseiller », a déclare Mme Fichandler à l’USINFO
Pour sa part, Shannon Jackson, qui est à la tête du département d’art dramatique de l’université de la Californie à Berkeley, a déclaré au New York Times que le fait de posséder des talents d’acteur ne garantissait pas la réussite en politique.
« Les gens pensent que si l’on sait jouer, on peut jouer dans n’importe quelle situation, mais ce n’est pas vrai, a-t-elle dit. Certains acteurs sont habitués à avoir un scénario qu’ils apprennent par cœur. Ils rencontrent des difficultés en absence d’un texte ou lorsque celui-ci est modifié et qu’ils doivent improviser. »
Shirley Temple est la vedette qui connut l’échec le plus retentissant lors d’une élection.
Elle débuta au cinéma alors qu’elle n’était encore qu’une enfant, et les recettes de ses films furent les plus élevées par rapport aux autres films pendant quatre ans de suite. Elle continua à tourner dans les années 1940
En 1967, l’actrice, qui était devenue Shirley Temple Black, chercha à obtenir le soutien du parti républicain pour remplacer le représentant californien Arthur Younger qui venait de mourir. Elle présenta un programme qui était en faveur de l’intervention des États-Unis au Vietnam et fut battue par Pete McCloskey qui était opposé à la guerre.
En dépit de son revers en politique, Shirley Temple Black fut nommée déléguée à l’Organisation des Nations Unies par le président Nixon en 1969. Elle remplit ensuite les fonctions d’ambassadrice des États-Unis au Ghana et en Tchécoslovaquie et devint la première femme à occuper le poste de chef du protocole au département d’État.
L’acteur Clint Eastwood, célèbre pour ses rôles dans la série » L’inspecteur Harry » pendant les années 1970, puis dans des films au cours des années 1980, et enfin en qualité de réalisateur éminent, fut élu en 1986 au poste de maire de la ville de Carmel en Californie, poste qu’il occupa pendant un seul mandat.
De la comédie au Congrès ?
Trois grands comédiens au moins se lancèrent dans la politique à la fin des années 1980 et au début des années 1990.
Fred Grandy, qui joua le rôle du commissaire de navire Burl « Gopher » Smith dans La croisière s’amuse, remporta un siège de représentant républicain pour la première fois en 1986 dans l’Iowa et fut réélu à trois reprises. Dans un entretien accordé au magazine People, il reconnut avec honnêteté : « S’il n’y avait pas eu Gopher, je n’aurais pas été élu. »
Ben Jones, qui interpréta le rôle de Cooter Davenport dans Shérif, fais-moi peur remplit deux mandats en tant que représentant démocrate de la Géorgie dès 1988. Battu en 1992 après s’être représenté, il revint au cinéma. En 1992, il tenta, de manière inattendue, de se faire élire dans l’État de la Virginie, mais en vain.
Le comédien le plus célèbre des trois est certainement Sonny Bono, qui fut élu représentant républicain de la Californie en 1994 après une carrière d’acteur, de chanteur et de producteur de disques. Le Sonny and Cher Show, émission de télévision très populaire dans les années 1970, représenta le summum de sa carrière. Sonny Bono est mort dans un accident de ski au cours de son deuxième mandat.
Le comédien Pat Paulsen utilisa sa célébrité acquise dans l’émission télévisée Brothers Show pour mener une campagne politique satirique en 1968 en tant que candidat inscrit par correspondance, avec le slogan « Juste le sauveur banal, ordinaire et simple du destin de l’Amérique. »
Récemment, le satiriste Stephen Colbert, animateur de l’émission Colbert Report, a lancé, facétieusement, une campagne pour présenter sa candidature à l’élection présidentielle de 2008. Il annonça sa candidature en octobre dans son État d’origine, la Caroline du Sud. Le conseil exécutif du parti démocrate de cet État rejeta sa candidature, arguant qu’il n’était pas un candidat sérieux. Stephen Colbert envisagea alors de proposer sa candidature au parti républicain, mais il dut en abandonner l’idée en raison des 35.000 dollars exigés de tout candidat, ce qui mit fin à ses ambitions politiques.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)