13 novembre 2007
Grâce à la diversité de sa population, la 1e circonscription électorale est une région clé dans un État pivot.
Washington - Depuis plusieurs décennies, l'État du Nouveau-Mexique est un exemple parfait de ce qu'on appelle un « swing state », c'est-à-dire un État dont les électeurs sont aussi susceptibles de voter pour un parti que pour un autre.
Les « swing states » sont donc considérés comme des États « pivot » pour les candidats à la présidence, étant donné que les résultats du scrutin peuvent leur accorder ou leur coûter le nombre de voix électorales essentiel à la victoire. Mais outre ces États indécis, on peut parler aussi d'un bon nombre de circonscriptions électorales tout aussi imprévisibles ; c'est le cas de la 1e circonscription du Nouveau-Mexique.
Située au centre géographique de cet État du Sud-Ouest, la circonscription s'élève des sables roses du désert pour aboutir au flanc des montagnes « Sangre de Cristo », une chaîne méridionale des Rocheuses. La plupart des habitants de cette circonscription résident à Albuquerque, la capitale de l'État. Fondée en 1706, Albuquerque a vu sa population passer de 18 familles à plus de 450.000 habitants.
Un peu moins de la moitié des résidents de la circonscription sont d'origine hispanique, et les Amérindiens y représentent aussi une tranche démographique importante. Cependant, il existe plusieurs autres groupes ethniques au centre du Nouveau-Mexique.
Les ranchs qui couvrent les collines autour de la ville d'Albuquerque évoquent les paysages du fameux « Far West ». Mais cette région se distingue également par un grand nombre de laboratoires nationaux dans lesquels sont effectués des projets de recherche des plus innovateurs.
Étant donné la diversité géographique, culturelle et économique de cette circonscription, il n'est pas surprenant d'y trouver également de grandes différences d'idéologie politique.
Bien qu'il y existe plus de résidents déclarés membres du parti démocrate que de n'importe quel autre parti, ce sont néanmoins des Républicains qui occupent le poste de représentant de la 1e circonscription du Nouveau-Mexique au Congrès des États-Unis depuis près de quarante ans. Mais cette dynastie s'est perpétuée non sans peines : Mme Heather Wilson, la représentante actuelle, doit sa dernière victoire à un écart de 800 voix seulement.
En 2004, les électeurs de la 1e circonscription ont favorisé de très peu le sénateur John Kerry, le candidat démocrate à l'élection présidentielle. Par contre, c'est le président Bush qui a fini par remporter l'État dans sa totalité, mais son maigre avantage de moins de 6.000 voix représente une des marges les plus étroites de l'histoire du Nouveau-Mexique. Cela dit, le chiffre de 6.000 peut sembler énorme comparé à 300, le nombre de voix qui firent d'Al Gore le gagnant au Nouveau-Mexique lors de l'élection présidentielle de 2000. De plus, le Nouveau-Mexique est un des trois seuls États à avoir inversé son soutien pour les candidats démocrate et républicain entre ces deux élections.
Des racines historiques amérindiennes et espagnoles
L'histoire des Amérindiens de la 1e circonscription du Nouveau-Mexique remonte à des millénaires. Les traces de leur passé sont encore visibles dans des gravures ciseleées dans des rochers et dans des anciens logements encore intacts aujourd'hui.
Les colons espagnols franchirent la région au XVIe siècle, et fondèrent « la villa d'Alburquerque » en 1706. Quelque temps après, le premier « r » du nom fut abandonné. La région devint un territoire du Mexique en 1821 lorsque celui-ci acquit son indépendance de l'empire espagnol. Vingt-quatre ans plus tard, elle serait annexée par les États-Unis.
Le visage démographique d'Albuquerque se transforma en 1880 avec l'arrivée du chemin de fer : des immigrés européens et asiatiques se mélangèrent aux populations amérindiennes, hispaniques et afro-américaines. Mais les voitures de train lui apportèrent aussi les fameux hors-la-loi du « Wild West ». À une époque où les petites villes de l'Ouest étaient encore dépourvues d'autorité ou de ressources policières, le crime fleurit dans le désert et beaucoup de ses auteurs devinrent des légendes du « Far West ».
Au début du XXe siècle, environ un tiers des résidents d'Albuquerque étaient soit atteints de la tuberculose, soit occupés à soigner les victimes du fléau et d'autres maladies respiratoires. En effet, le climat sec et doux attirait énormément de malades, dont certains lui attribuaient des pouvoirs guérisseurs fantastiques.
Tandis que le nombre d'automobiles faisait explosion pendant les années 1920, on construisit de nouvelles voies routières à travers le pays, dont la fameuse « Route 66 », une des premières autoroutes créées et gérées par le gouvernement fédéral. Parce qu'elle traverse la ville, la Route 66 suscita l'arrivée d'encore plus de touristes et d'immigrants à Albuquerque.
La science transforme l'économie de la région
Tout au long de son histoire, le centre du Nouveau-Mexique a hébergé plusieurs industries différentes. Des bergeries aux installations de réparation ferroviaire, les principales industries de la région évoluaient en fonction des besoins changeants de ses communautés.
La transformation la plus extraordinaire de l'économie débuta vers 1940 avec l'arrivée d'une base de l'armée de l'air à Kirtland. C'est là que l'état-major américain décida de créer les Laboratoires nationaux de Sandia en 1949, où on effectua des essais de mise au point d'armes nucléaires.
Aujourd'hui, les scientifiques de Sandia recherchent la fiabilité et la sécurité de l'énergie nucléaire. La base Kirtland et les laboratoires Sandia représentent les employeurs les plus importants de la région. Cependant, il y existe d'autres grandes sociétés de recherche également, dont l'entreprise « Intel », un fabricant de microprocesseurs de renommée mondiale qui a son siège à Rio Rancho. Le Nouveau-Mexique s'enorgueillit d'avoir la plus haute proportion de détenteurs de doctorats de tous les États fédérés.
L'observation des traditions culturelles aujourd'hui
Avec 22 tribus amérindiennes vivant actuellement dans l'État du Nouveau-Mexique, les Amérindiens à Albuquerque organisent régulièrement des fêtes durant lesquelles les participants portent des costumes traditionnels et recréent les danses et rituels de leurs ancêtres. Les objets d'art et d'artisanat amérindiens, ainsi que leur cuisine traditionnelle sont devenus très recherchés aussi bien par les touristes et que par les habitants de la région.
Dans l'ancien centre-ville d'Albuquerque, une des plus grandes attractions touristiques, les bâtiments en « adobe » sont restés intacts depuis l'ère coloniale espagnole. Tous les ans à Noël, on y perpétue la tradition hispanique d'y attacher des luminaires composés de chandelles placées à l'intérieur de sacs en papier.
Il est important de noter qu'outre les Amérindiens et les Espagnols, d'autres groupes ethniques ont influencé la culture du centre du Nouveau-Mexique. Les premiers Africains à peupler l'Amérique du Nord arrivèrent au Nouveau-Mexique avec les premiers colons espagnols. Aujourd'hui, la communauté afro-américaine du Nouveau-Mexique représente environ 3 % de sa population totale. Au cours des dernières décennies, des groupes d'immigrants chinois, vietnamiens, japonais, coréens et philippins se sont également installés dans la région. D'ailleurs, les amateurs de la cuisine et de l'artisanat asiatiques visitent régulièrement le « Petit Saïgon », un quartier d'Albuquerque célèbre pour ses boutiques et restaurants orientaux.
En 2008, les habitants de cette 1e circonscription électorale auront la possibilité d'élire un nouveau représentant au Congrès des États-Unis, étant donné que Mme Wilson, la représentante actuelle, compte (comme nombre des plus grandes figures politiques de l'État) présenter sa candidature aux élections sénatoriales.
Avec des postes ouverts au Congrès et au Sénat, et étant donné que l'élection présidentielle pourrait bien être déterminée par les électeurs d'un petit État, la 1e circonscription électorale du Nouveau-Mexique fera sans doute l'objet d'une attention nationale soutenue pendant les élections 2008.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)