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23 mai 2007

Le plan Marshall a mis l'Europe sur la voie de l'unité

Deuxième article d'une série de trois articles sur le plan Marshall

 
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Les ministres des affaires étrangères des six États participants signent le plan Shuman à Paris le 18 avril 1951
Les ministres des affaires étrangères des six États participants signent le plan Shuman à Paris le 18 avril 1951. (© AP Images)

Washington - Lancé il y a soixante ans, le plan Marshall a mis l'Europe sur une voie de coopération qui a abouti à la création de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et de l'Union européenne, mais a aussi entraîné le renforcement du « rideau de fer » et l'intensification de la guerre froide.

Dans le discours qu'il prononça à l'université Harvard le 5 juin 1947, le secrétaire d'État des États-Unis, George Marshall, déclara que les pays européens devaient se mettre d'accord sur un plan de dépenses avant que les États-Unis ne leur accordassent une aide financière. Il ne donna guère de détails et attendit de voir ce qui allait se passer.

À Londres, le ministre britannique des affaires étrangères, Ernest Bevin, écouta le discours de George Marshall à la radio et agit sans tarder. Il téléphona au ministre français des affaires étrangères, Georges Bidault, en vue de parler de la façon dont ils pourraient organiser une conférence économique européenne portant sur ce sujet. « Je me suis dit tout de suite, c'est à nous de dire aux Américains ce que nous voulons. C'est à nous de préparer un plan », déclara plus tard Ernest Bevin à la Chambre des communes.

L'offre de George Marshall n'eut cependant pas lieu dans un vide politique. Neuf mois plus tôt, en septembre 1946, son prédécesseur, James Byrnes, avait prononcé le « discours de l'espoir » à Stuttgart (Allemagne) et promis que les États-Unis contribueraient au relèvement de l'Allemagne vaincue et à sa réintégration dans l'économie européenne. Il s'était aussi engagé à laisser dans ce pays des forces américaines pendant une longue période afin de faire face à la présence de forces soviétiques dans la zone d'occupation soviétique.

Moins de deux semaines plus tard, le 19 septembre 1946, Winston Churchill avait parlé à Zurich (Suisse) de « la recréation de la famille européenne » dans une Europe unie sur le plan politique. Par ailleurs, le département d'État des États-Unis considérait l'intégration de l'Europe comme un moyen d'encourager son indépendance économique tout en réduisant les risques en matière de sécurité.

La réponse des pays européens à la proposition de George Marshall

Au départ, le plan Marshall était également destiné à l'Union soviétique et aux pays de l'Europe centrale qui étaient sous occupation soviétique. À la fin de juin 1947, le ministre soviétique des affaires étrangères, Viatcheslav Molotov, se rendit à Paris pour s'entretenir avec Ernest Bevin et Georges Bidault de l'offre des États-Unis. Les Soviétiques souhaitaient se concentrer sur les programmes individuels de chaque pays et non sur la coopération au niveau européen et insistèrent pour que l'Allemagne continuât de verser des réparations en vue d'aider l'économie soviétique qui avait été aussi dévastée par la guerre. Lorsqu'il devint clair que la Grande-Bretagne et la France n'étaient pas en faveur de ces objectifs, le ministre soviétique des affaires étrangères se retira des négociations le 2 juillet.

Dix jours plus tard, les délégués de 16 pays de l'Europe de l'Ouest se réunirent à Paris pour assister à la conférence de coopération économique européenne, qui créa le Comité de coopération économique européenne (CCEE). L'Union soviétique voulait maintenir les États de l'Europe de l'Est dans sa zone de protection et empêcha la Tchécoslovaquie, la Pologne et d'autres pays d'être représentés à cette conférence.

Georges Bidault déclara aux délégués : « Depuis des générations, les habitants de tous les pays qui rejetaient un nationalisme égoïste aspiraient à être représentés à la forme d'assemblée qui se tient ici aujourd'hui. Soyez fiers d'y assister et d'être les bons artisans d'une tâche dont on a rêvé pendant des siècles et qui est à l'heure actuelle nécessaire de toute urgence. »

Les délégués consacrèrent six semaines à l'élaboration d'une liste détaillée de projets économiques. Les États-Unis rejetèrent leurs propositions en disant qu'elles représentaient « 16 listes de courses » et non pas un plan cohérent. Quelques semaines plus tard, le CCEE soumit aux États-Unis un nouveau document qui remplissait les conditions américaines. L'introduction de ce document déclarait qu'il représentait un nouveau de stade de coopération économique en Europe. Le document comprenait une évaluation très détaillée de l'économie européenne à une époque où l'on considérait souvent les capacités de production comme un secret national. Cette exigence en matière de transparence financière est l'une des raisons pour lesquelles l'Union soviétique refusa de participer au CCEE.

En septembre 1947, Moscou organisa en réaction au CCEE le Bureau d'information communiste (Cominform) afin de coordonner la politique économique en Europe de l'Est et de tenter de saper le soutien des pays de l'Europe au plan Marshall. Selon les historiens, cette stratégie soviétique fut un mauvais calcul de grande ampleur. Il est fortement probable que le Congrès des États-Unis n'aurait pas voté les crédits budgétaires nécessaires pour le plan Marshall si l'Union soviétique y avait participé.

Au lieu de cela, l'exigence en matière de coopération économique du plan Marshall suscita toute une série d'événements et de décisions qui aboutirent à la mise en place des institutions modernes de coopération européenne.

En mars 1948, le Royaume-Uni, la France et les pays du Benelux (la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg) conclurent un traité prévoyant une défense collective ainsi qu'une intégration culturelle et économique. Toutefois, ils invitèrent les États-Unis à y participer, et leurs négociations s'achevèrent, en avril 1949, par la création de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), qui continue d'intégrer la défense de ses États membres dotés d'un régime démocratique.

En mai 1950, l'ancien premier ministre français Robert Schuman proposa la gestion commune des secteurs du charbon et de l'acier de la France et de l'Allemagne de l'Ouest. Le plan Schuman aboutit en 1951 à la création par l'Allemagne de l'Ouest, la France, l'Italie et les États du Benelux, de la Communauté européenne du charbon et de l'acier. Six ans plus tard, en 1957, ces mêmes pays conclurent le traité de Rome qui établit la première union économique et douanière européenne, la Communauté économique européenne, dont est issue l'Union européenne actuelle.

Soixante ans après le discours de George Marshall, l'Union européenne comprend 27 pays et 500 millions d'habitants, et son produit intérieur brut atteint 14 billions de dollars, soit plus que celui des États-Unis.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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