22 mai 2007
Le plan d'aide des États-Unis à la reconstruction de l'Europe après la Seconde Guerre mondiale

Washington - Le 5 juin 1947, le secrétaire d'État des États-Unis, George Marshall, prononça, lors de la cérémonie de la remise des diplômes à l'université Harvard, un discours de douze minutes qui a changé le monde.
Quelques jours plus tard, son discours devint connu sous le nom du Plan Marshall. Le mois suivant, des dirigeants de pays européens se réunirent à Paris pour étudier les moyens de coopérer en vue de pouvoir prétendre à l'offre d'une vaste aide financière des États-Unis. Dix mois après le discours de George Marshall, le Congrès des États-Unis vota à une majorité écrasante le Programme de rétablissement de l'Europe, et deux mois plus tard l'aide commença à arriver en Europe en grandes quantités. Les dirigeants des pays européens prirent les premières mesures de coordination qui facilitèrent beaucoup plus tard la formation de l'Union européenne.
À l'expiration du plan Marshall en 1952, soit cinq ans après le discours de George Marshall, les États-Unis avaient investi 13,3 milliards de dollars, et les années 1948 à 1952 furent la période de croissance économique la plus rapide de l'histoire européenne. Les historiens ont des opinions partagées sur l'importance du rôle du plan Marshall dans le rétablissement de l'Europe. Toutefois, la plupart d'entre eux estiment que ce plan a contribué à remonter le moral des Européens à une période décisive. Les États-Unis s'engagèrent ainsi à aider l'Europe à se reconstruire.
Selon le ministre britannique des affaires étrangères Ernest Bevin, ce plan constitua une « corde de sauvetage pour des hommes qui étaient en train de couler » et un acte de « générosité (…) incroyable ».
Le discours de George Marshall ne comportait pas de nombreuses phrases retentissantes, mais portait plutôt sur le déséquilibre des échanges commerciaux et sur les problèmes économiques. L'Europe venait de subir l'un des hivers les plus rigoureux que l'on eût jamais enregistrés, et les spécialistes prévoyaient son effondrement financier et social.
« Je n'ai pas besoin de vous dire que la situation mondiale est très grave », commença par dire George Marshall, général à la retraite très respecté pour son honnêteté et ses compétences d'administrateur. Il continua par décrire les problèmes économiques et sociaux auxquels se heurtait le continent européen alors qu'il tentait désespérément de se rétablir de la dévastation due à la Seconde Guerre mondiale. Deux ans après la fin de la guerre, les Européens n'avaient pas de produits à vendre pour obtenir les devises dont ils avaient besoin. Du fait du manque d'argent, les agriculteurs n'arrivaient pas à vendre leurs produits vivriers et cessaient de cultiver une grande partie de leurs champs. Il s'ensuivit de grands problèmes économiques et l'on craignait une famine généralisée alors que les familles et les pouvoirs publics épuisaient rapidement leurs économies pour acheter des produits de première nécessité. En Allemagne, la monnaie du pays n'avait aucune valeur si bien que les gens se servaient de cigarettes pour la plupart de leurs achats.
« Une situation très grave se crée donc très rapidement, qui est de fort mauvais augure pour le monde, a dit George Marshall. Le système moderne qui repose sur la division du travail et l'échange des produits risque de s'effondrer. »
Pendant les trois à quatre années suivantes, a-t-il fait remarquer, l'Europe allait avoir besoin d'immenses quantités de vivres et d'autres produits essentiels importés de l'étranger, notamment des États-Unis, mais elle n'aurait nullement les moyens de les payer.
« Il est logique que les États-Unis fassent tout ce qu'ils peuvent pour aider à rétablir la santé économique normale du monde, a-t-il souligné. (…) Notre politique n'est pas dirigée contre un pays ou contre une doctrine quelconque, mais contre la famine, la pauvreté, le désespoir et le chaos. Son but devrait être la renaissance d'une économie active dans le monde afin de permettre l'établissement des conditions politiques et sociales dans lesquelles les institutions libres peuvent exister. »
Le secrétaire d'État donnait peu de détails dans son discours. Avant que les États-Unis puissent distribuer de grandes quantités d'aide, a-t-il précisé, les pays européens doivent se mettre d'accord sur la manière dont ils dépenseront l'argent fourni par les États-Unis. « Il ne serait ni bon ni efficace que le gouvernement américain élabore de son côté un plan de rétablissement pour l'Europe. C'est là l'affaire des Européens. L'initiative, à mon avis, doit venir de l'Europe. »
Dans les semaines qui suivirent, les États européens, sous la houlette de la France et de la Grande-Bretagne, commencèrent à élaborer un plan de dépenses. Le premier projet, qui prévoyait 17 milliards de dollars d'aide sur une période de quatre ans, fut rejeté par le gouvernement des États-Unis. Finalement, les parties se mirent d'accord sur un montant de 13 milliards de dollars. Le Congrès vota les 5 premiers milliards de dollars pour une période de dix-huit mois, et les fonds restants ne furent décaissés qu'après un examen minutieux. Le plan de dépenses se termina en fait six mois plus tôt que prévu, parce que les pays européens purent tirer parti de la reprise économique due à la guerre de Corée.
Alors que les dirigeants des pays européens se réunissaient pour élaborer le plan de dépenses en juillet 1947, l'hebdomadaire américain LIFE publia un éditorial disant : « Ce que les Américains aiment au sujet du plan Marshall, c'est qu'il montre la voie menant au triomphe d'une idée rationnelle ». Si l'histoire est souvent loin d'être rationnelle, ajoutait-il, « le plan Marshall rappelle que les problèmes ont bien des solutions rationnelles, que certaines idées sont meilleures que les autres et qu'il est même possible d'avoir des idées bien avant qu'une crise n'éclate. »
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)