07 mai 2007

Les atteintes à la liberté d'expression sur l'internet

Les États répressifs tentent de réduire au silence ceux qui écrivent en ligne.

 
De jeunes Chinois au travail dans un cybercafé
De jeunes Chinois au travail dans un cybercafé. La Chine limite sévèrement la liberté d'expression sur l'internet. (© AP Images)

New York (Nations unies) - L'internet est un des grands éléments de la liberté de la presse au XXIe siècle, et pourtant les États répressifs s'attaquent de plus en plus aux journalistes internet et aux blogueurs pour tenter d'empêcher la libre circulation de l'information et d'autres formes d'expression, ont déclaré des journalistes et des militants lors d'une table ronde organisée par la Mission des États-Unis auprès de l'ONU, le 3 mai, à l'occasion de la Journée de la liberté de la presse.

Selon l'une des participantes à cette table ronde, Mme Bridget Johnson, chroniqueuse du quotidien « Los Angeles Daily News » et blogueuse, « la pensée libre, en particulier lorsqu'elle est exprimée sur l'internet, devient de plus en plus dangereuse. Le Comité de protection des journalistes (CPJ) suit la détention des journalistes internet depuis 1997, et leur nombre pour 2006 est le plus élevé que l'on ait enregistré jusqu'ici. De nos jours, un journaliste incarcéré sur trois est soit blogueur, soit rédacteur en ligne, soit journaliste internet. » En 2006, le CPJ a recensé 134 journalistes qui étaient en prison ; 49 d'entre eux travaillaient sur l'internet.

Les mesures prises par les États-Unis pour favoriser la libre circulation de l'information comprennent notamment la surveillance de l'accès à l'internet dans divers pays du monde, la collecte de données dans le cadre du rapport annuel du département d'État sur les droits de l'homme et le financement de projets relatifs à l'internet dans des pays en développement. Depuis 2004, les États-Unis ont consacré 250 millions de dollars à l'aide à la conception de sites, à la fourniture d'ordinateurs et à la formation de techniciens.

Pour sa part, le sous-secrétaire d'État adjoint à la démocratie, aux droits de l'homme et au travail, M. Jeffrey Krilla, a déclaré que la presse encourageait les débats, offrait un lieu d'expression de différents points de vue et obligeait les pouvoirs publics à rendre compte des décisions qu'ils prenaient. « Les problèmes croissants auxquels la presse se heurte à travers le monde constituent des problèmes pour la démocratie et pour la liberté. »

L'internet offre une des grandes possibilités d'étendre la liberté d'expression, a-t-il dit. « Il est très prometteur en particulier pour les pays en développement, et les États, les organisations non gouvernementales et les particulier du monde entier doivent s'opposer aux mesures visant à limiter le pouvoir de transformation de l'internet. »

Directrice du bureau de New York de l'association Reporters sans frontières, dont le siège est à Paris, Mme Tala Dowlatshahi a déclaré que le débat actuel entre certains représentants des médias et des parlementaires sur la question de savoir si les blogueurs étaient des journalistes et s'ils jouissaient de certains droits constituait une perte de temps. « Il est grand temps, a-t-elle dit, de laisser de côté la controverse blogueurs contre journalistes et d'admettre qu'ils luttent ensemble dans de nombreux pays pour défendre la liberté d'expression. »

« Sur le plan juridique, a-t-elle fait remarquer, un professionnel des médias n'a pas droit à une plus grande protection qu'un blogueur. Toute personne, quelle que soit sa profession, a droit à la liberté d'expression, du moins en théorie. L'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme énonce ce principe fondamental. »

La liberté de l'internet et les États répressifs

L'internet crée de grands bouleversements dans les pays qui ne permettent pas la liberté d'expression, a expliqué Mme Dowlatshashi. Les blogueurs peuvent jouer un rôle fondamental dans un cadre répressif où les médias vivent dans la peur constante des autorités politiques. En Égypte, a-t-elle indiqué, c'est un blogueur qui a révélé la pratique de la torture dans les centres de détention.

La Chine est le pire pays pour les cyberdissidents, mais d'autres pays, dont le Vietnam, la Syrie, la Tunisie, la Libye et l'Iran, la suivent de près.

Le fondateur de « Boxun News », M. Watson Meng, et un professeur de l'université Drexel, M. Frank Xie, qui est spécialisé dans la commercialisation et qui est un des blogueurs de « Boxun News », ont fait état des problèmes auxquels se heurtaient les blogueurs chinois.

En Chine, les journalistes citoyens sont importants, a dit M. Meng. Les informations de source officielle ne sont pas dignes de confiance, et les gens cherchent de bons sites de la Toile offrant des informations fiables. Depuis sa fondation en 2000, « Boxun News » est le premier service chinois d'information en ligne.

Les pouvoirs publics (y compris ceux de la Chine), les organisations non gouvernementales, les journalistes et les particuliers constituent les clients du site de « Boxun News », qui comprend l'actualité et l'accès à 1.400 blogs. Toutefois, a dit M. Meng, son grand problème est le filtrage du site par les autorités chinoises.

M. Xie a précisé que la Chine avait recours aux meilleurs dispositifs pour son coupe-feu et qu'elle les exportait à titre gratuit à Cuba, en Corée du Nord et au Soudan.

La Chine compte, selon M. Xie, environ 137 millions d'internautes (soit 10,5 % de la population). Les frais d'accès à l'internet constituent un obstacle pour de nombreux Chinois, et il est probable que si on les réduisait, le nombre des internautes chinois serait supérieur à celui des internautes des États-Unis (210 millions).

Pour sa part, une blogueuse et militante égyptienne, Mme Nora Younis, a déclaré que les blogueurs avaient besoin du soutien de la communauté internationale. « Il nous faut l'appui international d'autres blogueurs, d'universitaires, de journalistes, d'intellectuels et de la société civile », a-t-elle dit.

Pour les quelque 8 millions d'internautes égyptiens, les blogs deviennent de plus en plus des moyens d'expression importants dans un pays dont la population est jeune en grande majorité. Néanmoins, les nouvelles restrictions imposées par les pouvoirs publics obligent les jeunes blogueurs à censurer leurs écrits, ce qu'ils n'avaient jamais eu à faire auparavant, ou à renoncer à écrire en ligne.

Se faisant l'écho d'autres participants à la table ronde, Mme Younis a dit : « Nous les jeunes, nous ne voulons pas aller en prison. Nous voulons écrire, nous voulons dialoguer. »

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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