07 mai 2007

La célébration du 400e anniversaire de l'établissement de Jamestown

Les feux étant braqués sur les Amérindiens, ceux-ci s'efforcent d'éduquer le grand public.

 
La reine Elizabeth II passe à côté d'un Amérindien
La reine Elizabeth II passe devant un Amérindien à son arrivée au siège de l'Assemblée de Richmond (Virginie) le 3 mai. (© AP Images)

Washington - Ce n'est pas sur un territoire mythiquement sauvage que Jamestown, la première colonie anglophone à s'installer définitivement en Amérique du Nord, a été érigée, mais plutôt en plein cœur d'une communauté agricole prospère. Le petit fort bâti sur les rives du fleuve James, en Virginie, avait pour voisins 14.000 personnes au moins et les quelque 30 tribus qui formaient la Confédération Powhatan, les habitants d'une terre qu'ils avaient baptisées « Tsenacommacah », mot algonquin signifiant « territoire densément peuplé ».

À la lumière des traitements que leur ont fait subir les colons européens par la suite, on pourrait s'attendre à ce que les Amérindiens vivant aujourd'hui en Virginie n'apprécient guère le faste des cérémonies liées à la célébration du 400e anniversaire de la création de Jamestown. Mais nombreux sont ceux qui, au sein de la communauté des autochtones, ont saisi cette occasion pour attirer l'attention sur une facette de l'histoire qui diffère des récits à caractère romantique des relations entre John Smith et Pocahontas. Ils veulent raconter eux-mêmes leur histoire pour que soit mieux comprise la société avancée qui attendait les premiers colons lorsqu'ils sont arrivés sur le sol américain et ils veulent expliquer comment les tribus amérindiennes ont réussi à maintenir leur identité malgré les énormes difficultés.

« Tous les Amérindiens comprennent le sérieux de l'instant et le fait qu'il leur est absolument nécessaire de profiter de l'occasion pour éduquer le public à propos de la société qu'ils étaient alors, celle qu'ils représentent aujourd'hui, et ce qui s'est passé entre-temps », explique Gabrielle Tayac, une spécialiste des peuples autochtones de la région de la Baie de Chesapeake et membre de la tribu Piscataway du Maryland

La communauté amérindienne de Virginie, a-t-elle ajouté, n'a pas attendu la dernière minute pour jouer un rôle dans les plans de commémoration et un de ses représentants a pris part aux activités de la commission qui les dressait. Elle a aussi organisé des conférences pédagogiques et des activités visant la formation des enseignants. Une délégation représentant les 8 tribus qui restent en Virginie s'est aussi rendue en Angleterre en juillet 2006.

« Je pense que nous avons dépassé le stade du silence à propos de ce qui s'est produit ; je crois que les gens sont de plus en plus nombreux à s'intéresser à l'histoire des Amérindiens et ils veulent entendre leur version des faits. Ce n'était pas le cas il y a 20 ou 30 ans », a-t-elle souligné.

En 1907, lors du 300e anniversaire de Jamestown, si des Amérindiens y avaient participé, a-t-elle indiqué, ce n'était sûrement qu'à titre « décoratif », et personne ne souhaitait assister à autre chose qu'à une célébration.

Cent ans plus tard, l'histoire de Jamestown fait l'objet d'un examen plus approfondi, non seulement en tant que première colonie anglophone permanente d'Amérique du Nord, mais aussi pour l'introduction, en 1619, d'esclaves noirs sur le continent et la portée de cet événement.

« Je pense que le fait que nous puissions examiner toute la signification de l'établissement de Jamestown est le reflet d'une société actuelle plus mûre, plus intelligente et, à mon avis, c'est tout aussi instructif, sinon plus, que de simplement organiser une grande fête », a fait valoir Mme Tayac.

Responsable d'une exposition sur les tribus amérindiennes de Virginie et du Maryland au Musée national des Amérindiens à Washington, Mme Tayac a fait observer que grâce à ce musée, il est possible de surmonter les « puissantes idées préconçues » que s'étaient faites sur les Amérindiens les Américains en général et les publics étrangers, des idées fausses qui reposaient sur les écrits des premiers colons anglais et sur les films d'Hollywood.

« Ce n'est pas que les gens soient ignorants, mais ils ont des connaissances faussées, des idées fausses (...) Il faut d'abord leur faire oublier ces idées et ensuite leur donner des informations plus proches de la réalité », a-t-elle précisé.

Son vœu, a-t-elle dit, c'est que les gens réalisent qu'en ce qui concerne les Amérindiens de la région, leur histoire ne s'est pas terminée en 1607. Ils sont toujours là malgré les pertes subies, en vies et en territoires, malgré les mariages mixtes et l'assimilation, et malgré les lois de Virginie relatives aux races qui ont empêché jusqu'en 1967 les tribus de l'État de s'identifier en tant qu'Amérindiens.

Le dialogue entre les peuples autochtones et les peuples non natifs du continent américain, a-t-elle fait valoir, ne consiste pas à examiner les circonstances des Amérindiens, mais à attirer l'attention du public sur ce qu'il faut faire à partir de maintenant.

Elle voudrait aussi que les éducateurs se penchent sérieusement sur ce qui est enseigné dans les écoles américaines et qu'ils incorporent aussi le point de vue des Amérindiens et les conclusions d'études historiques plus récentes, et notamment de fouilles archéologiques de sites amérindiens.

Elle a émis l'espoir que les élèves américains de l'avenir considéreraient des personnalités telles que le chef Powhatan Wahunsunacock ou son frère et successeur Opechancanough comme des fondateurs (des États-Unis) au même titre que John Smith, et qu'ils verraient les peuples natifs de la région de la Baie de Chesapeake comme des « êtres intelligents, réfléchis, de grands intellectuels qui faisaient partie du paysage, qui avaient des civilisations dont les populations étaient dignes de respect ».

Aujourd'hui, quatre siècles plus tard, les Amérindiens de Virginie sont extrêmement fiers de leur identité et souhaitent que leur valeur soit mieux reconnue. Ils sont fiers de leur patriotisme et du rôle qu'ils ont joué dans la construction du pays, y compris de leur service à la nation dans les forces armées, et de leur participation dans les églises locales.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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