04 mai 2007
La campagne mondiale d'éradication de cette maladie qui touche surtout les enfants se heurte à d'énormes défis.

Washington - Dix-neuf ans et 4,6 milliards de dollars après le lancement d'une campagne visant à éradiquer le virus de la poliomyélite, maladie paralysante et mortelle qui touche le plus souvent les enfants de moins de cinq ans, les spécialistes commencent à se demander s'il sera jamais possible de débarrasser complètement le monde de cette maladie infectieuse.
De l'avis de hauts responsables du département d'État, du Centre fédéral épidémiologique (CDC) et de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), la réponse est qu'une telle éradication est non seulement possible, mais impérative.
« Améliorer la santé publique à l'échelle mondiale est une priorité de politique étrangère du gouvernement Bush, et œuvrer en vue de prévenir la maladie si possible et de la soigner est un impératif d'ordre moral », a souligné le 1er mai la secrétaire d'État adjointe pour la démocratie et les affaires mondiales, Mme Paula Dobriansky, à l'occasion d'une table ronde organisée par le Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS).
Depuis 1988, les États-Unis ont contribué à hauteur de 1,2 milliard de dollars aux programmes internationaux d'éradication de la polio.
« Une très bonne nouvelle est que nous avons déjà éradiqué l'un des trois types de polio (...) Le virus sauvage de type 2 n'est désormais plus transmis et c'est un signe important. S'il a été possible d'en éliminer un, il est problable que nous serons en mesure de vaincre les deux autres », a fait valoir la directrice du CDC, le docteur Julie Gerberding.
Les enfants de moins de cinq ans, premières victimes de la polio
La polio frappe principalement les enfants âgés de moins de cinq ans. C'est par la bouche que le virus s'introduit dans l'organisme. Il se multiplie dans l'intestin et envahit le système nerveux. Les premiers symptômes de cette maladie sont la fièvre, la fatigue, les céphalées, les vomissements, la raideur du cou et les douleurs dans les membres. En quelques heures, une paralysie totale peut se déclarer.
Dans un cas sur 200, la paralysie est irréversible et affecte généralement les jambes, et entre 5 et 10 % des paralysés meurent lorsque les muscles liés à la respiration se bloquent. Il n'existe aucun remède contre la polio, mais un vaccin, qu'il faut répéter plusieurs fois, peut protéger un enfant pour toujours.
En 1988, lors de la réunion annuelle des ministres de la santé de ses États membres, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait voté en faveur du lancement d'une campagne d'éradication de la polio à l'échelle mondiale. À l'époque, le virus sauvage de la polio était très répandu dans près de 130 pays et cinq continents et entraînait quotidiennement la paralysie de plus d'un millier d'enfants.
Des gouvernements nationaux, l'OMS, le Rotary International, le CDC et l'UNICEF ont été le fer de lance de cette initiative qui a été couronnée de succès du fait de la coopération sans précédent de plus de 200 pays et de 20 millions de bénévoles et d'un investissement international se montant à 3 milliards de dollars. Depuis 1988, quelque 2 milliards d'enfants ont été vaccinés contre la polio, une campagne qui a évité la paralysie et sauvé la vie à quelque 5 millions d'enfants.
L'initiative - la plus vaste campagne en matière de santé publique jamais entreprise - s'est soldée par l'élimination de la polio causée par un virus indigène dans l'ensemble du monde, à l'exception de quatre pays : le Nigeria, l'Inde, le Pakistan et l'Afghanistan.
L'éradication de la polio se heurte à des défis culturels
Au départ, 2005 était la date fixée pour l'éradication de la polio, mais du fait de la pauvreté, des conflits, de croyances culturelles et religieuses, personne n'est en mesure de dire quand cette maladie, à l'instar de la variole dont le dernier cas a été signalé en Somalie en 1977, ne constituera plus un danger.
« La pauvreté, des États affaiblis en proie au conflit, des engagements peu solides de la part des dirigeants, et le manque de moyens dans un noyau de pays sont autant de raisons qui rendent difficile l'organisation de campagnes régulières de vaccination contre la polio. Nous nous sommes heurtés à des problèmes persistants au plan de l'accès, notamment lorsque le conflit et l'insécurité prévalaient », a expliqué M. Stephen Morrison, directeur du programme Afrique du CSIS.
Selon lui, un autre défi est lié aux communautés de musulmans dans les quatre pays où la polio est encore fréquente, qui ne font guère confiance au gouvernement et aux institutions occidentales. Une résistance à la vaccination s'ensuit qui entraîne des interruptions chroniques dans le niveau d'immunité.
Précisant que pratiquement toutes les victimes de la polio se trouvent dans des États musulmans, M. Kent Hill, administrateur adjoint du bureau de l'USAID chargé de la santé dans le monde, a fait valoir : « À une époque où les relations internationales s'accompagnent souvent de tensions entre les pays musulmans et les pays occidentaux, ces problèmes liés à la santé nous offrent l'occasion d'accroître la collaboration. Personne ne contestera jamais la valeur de la vie d'un enfant. »
Le nombre de cas de polio est passé de 350.000 en 1988 à 1.997 en 2006, a précisé M. Hill, mais ce n'est pas pour autant qu'il faut ralentir les efforts visant l'éradication de cette maladie.
En 2003, la flambée de polio qui s'était déclarée au Nigeria s'est répandue aux pays voisins où la polio avait disparu, mettant en danger 15 millions d'enfant et obligeant à la mise en œuvre d'une vaste campagne de vaccination dans cinq pays d'Afrique occidentale et centrale, une situation qui pourrait se répéter dans les autres pays où la prévalence de la polio est importante.
Pour ce qui est de la polio, a fait valoir M. Hill, il est indispensable de communiquer plus efficacement la nécessité de mener à bien les campagnes de vaccination pour en venir à bout.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)