03 mai 2007
La liste et le rapport du Comité de protection de la presse
New York - Dans le cadre de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le Comité de protection des journalistes, dont le siège est à New York, a cité dix pays où les conditions d'exercice du journalisme se sont gravement dégradées au cours des cinq dernières années.
La Journée mondiale de la presse, qui est célébrée chaque année le 3 mai, est l'occasion d'informer le public des atteintes à la liberté d'expression et de rappeler que de nombreux journalistes risquent la mort ou la prison pour relater les nouvelles avec exactitude.
Le directeur adjoint du Comité de protection des journalistes (CPJ), M. Robert Mahoney, considère le rapport sur ces dix pays où la situation s'est détériorée comme un « cri d'alarme à l'intention de la presse mondiale pour qu'elle examine de près la situation des pays où la liberté de la presse est en régression ».
Lors de la conférence de presse qu'il a donnée le 2 mai au siège de l'ONU, M. Mahoney a déclaré qu'en faisant connaître la « très grave détérioration de la situation de la presse dans ces pays », le CPJ cherchait à attirer l'attention sur l'action des pouvoirs publics dans ces pays en vue de mettre fin à cette régression, voire d'inverser cette tendance.
La liste du CPJ comprend des pays comme le Maroc qui figuraient autrefois parmi les pays où règnait la liberté de la presse, ainsi que d'autres pays comme Cuba dont le bilan est mauvais depuis des années, mais qui deviennent encore plus répressifs.
La « liste du déshonneur » du CPJ pour 2007 comprend l'Éthiopie, la Gambie, la Russie, la République démocratique du Congo, Cuba, le Pakistan, l'Égypte, l'Azerbaïdjan, le Maroc et la Thaïlande.
En 2006, le CPJ avait attiré l'attention sur des pays qui exerçaient la censure la plus forte sur la presse, tels que la Birmanie et la Corée du Nord qui ont à leur tête un dictateur. La différence entre la liste de 2006 et la liste de 2007 tient au fait que celle de cette année comprend des pays dotés d'une presse pleine de vitalité.
Le comportement de tous ces pays est profondément inquiétant, mais la régression rapide de pays où le journalisme était autrefois en essor montre la facilité avec laquelle on peut porter atteinte aux droits fondamentaux de la presse, indique le directeur général du CPJ, M. Joël Simon, dans le rapport.
Pour évaluer la situation de la presse, le CPJ a analysé des données du monde entier pour les années 2002 à 2007 en se concentrant sur les conditions dans sept catégories : la censure officielle, le harcèlement judiciaire, les procès en diffamation à caractère pénal, les assassinats de journalistes, les violences physiques contre la presse, l'emprisonnement de journalistes et les menaces pesant sur la presse. Il a exclu les pays en proie à un grand conflit, tels que l'Irak et la Somalie, qui souffrent de l'absence de structures classiques de gouvernance et de collecte de l'information.
Les trois pays africains qui figurent sur la liste de 2007 avaient fait l'objet d'éloges à un moment donné pour s'être engagés sur la voie de la transition démocratique, mais sont maintenant cités pour leur régression dans le domaine de la liberté de la presse. En Éthiopie, en Gambie et en République démocratique du Congo, des journalistes sont incarcérés, attaqués et censurés, et la situation de la presse y est bien pire qu'il y a seulement quelques années.
Cuba et l'Éthiopie sont devenus les deux pays qui ont jeté en prison le plus grand nombre de journalistes ces cinq dernières années.
Cuba a accru les restrictions en ayant recours à l'incarcération, à l'expulsion et au harcèlement. En 2003, les autorités cubaines ont jeté en prison vingt-neuf journalistes. En 2005, elles ont expulsé quatre journalistes étrangers pour avoir relaté la réunion d'un parti de l'opposition. Lorsque M. Fidel Castro est tombé malade en 2006, elles ont empêché dix journalistes d'entrer dans le pays.
En Éthiopie, le nombre de journalistes incarcérés est passé de deux à dix-huit, et des dizaines ont dû s'exiler. Rien qu'en 2006, les autorités éthiopiennes ont interdit huit journaux, expulsé deux journalistes étrangers et bloqué l'accès à des sites Internet importants. Seul un petit nombre de journaux du secteur privé continuent de paraître ; ils pratiquent tous l'autocensure dans une grande mesure.
Selon le principal coordinateur du programme du Moyen-Orient du CPJ, M. Joël Campagna, « il est extrêmement important d'attirer l'attention sur les pays où il existe une certaine marge en matière de liberté de la presse et d'œuvrer afin de la maintenir. Le fait que le Maroc ait régressé constitue un signe inquiétant pour cette partie du monde. L'intensification des attaques des pouvoirs publics au Maroc et en Égypte a coïncidé avec la vitalité de la presse. »
En Égypte, a-t-il dit, « la presse écrite a pris de l'assurance et est plus critique, mais cette plus grande assurance a fait l'objet d'attaques de la part des pouvoirs publics », qui ont intenté depuis deux ans et demi plus de quatre-vingt-dix procès au pénal et incarcéré le premier blogueur du pays.
En Gambie, onze journalistes ont été condamnés à une peine de prison pour de longues périodes en 2006. Au cours des cinq dernières années, un rédacteur en chef, Deyda Hydara, a été assassiné, et le principal quotidien « The Independant » a fait l'objet d'un incendie criminel et a été fermé par les autorités. En outre, les diffamateurs sont maintenant passibles d'une peine au pénal.
Plusieurs pays ont recours à la censure et à des lois restrictives, a indiqué le CPJ. En Thaïlande, la nouvelle junte militaire a communiqué aux organes d'information des consignes en matière de censure. En Russie, le président Vladimir Poutine a promulgué une loi qui établit un parallèle entre la couverture de questions critiques et l'extrémisme.
Les attaques violentes subies par des journalistes ne sont guère réprimées dans de nombreux pays. Au Pakistan, huit journalistes ont été tués au cours des cinq dernières années, mais les auteurs de ces crimes n'ont été arrêtés et condamnés que dans un seul cas. En Russie, onze journalistes ont été assassinés ces cinq dernières années, mais aucune enquête n'a abouti.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)