02 mai 2007

Les musulmans américains épousent la diversité, mais déplorent les stéréotypes

Les participants à un symposium se penchent sur le quotidien des musulmans aux États-Unis.

 
Conférence à l'université de Georgetown
Conférence à l'université de Georgetown, à Washington, le 19 avril. (Phil Humnicky/Georgetown University)

Washington - Pour les éminents universitaires et journalistes qui ont participé le 19 avril à un symposium organisé à l'université de Georgetown, à Washington, les aspirations et les vues des Américains de foi islamique sont tout aussi diverses que chez n'importe quel autre groupe, pourtant ces musulmans continuent à se heurter à de fréquents stéréotypes et à des malentendus.

Le symposium était organisé conjointement par le Centre Prince Alwaleed bin Talal pour la compréhension entre musulmans et chrétiens de l'université de Georgetown et les responsables de « On Faith » (A propos de religion), un dialogue interactif portant sur des sujets religieux administré par la publication Newsweek et le quotidien The Washington Post.

L'une des participantes au débat, Hadia Mubarak, la première femme à diriger l'Association nationale des étudiants musulmans, a fait remarquer que son caractère identitaire reposait à parts égales sur le patrimoine jordanien et syrien de ses parents et sur son vécu à Panama City, en Floride.

« La valeur que j'attache aux idéaux de ce pays est renforcée par ma religion. L'islam a été un élément capital de mon identité en tant qu'Américaine », a-t-elle déclaré.

Les participants étaient représentatifs des divers éléments de la population musulmane aux États-Unis et comprenaient :

- Ingrid Mattson, première femme à diriger la Société islamique d'Amérique du Nord ;

- l'imam Yahya Hendi, aumônier musulman de l'université de Georgetown et du Centre national de la médecine navale et imam de la Société islamique de Frederick (Maryland) ;

- Salman Ahmad, médecin d'origine pakistanaise et premier guitariste du groupe populaire de rock « Junoon » ;

- Sherman Jackson, un Afro-américain converti à l'islam, professeur d'études arabes et de droit à l'université du Michigan.

C'est John Esposito, professeur de religion et d'études internationales à l'université de Georgetown, également directeur fondateur du CentreTalal, qui présidait la discussion à laquelle ont participé également plusieurs représentants des médias, notamment le créateur de l'initiative « On Faith » de Newsweek, Jon Meacham ; l'ancienne journaliste du Washington Post, Sally Quinn ; et la rédactrice en chef de Newsweek pour les questions liées à la religion, Lisa Miller.

Diversité et identité

Plusieurs des participants se sont déclarés inquiets à propos des idées préconçues que se font leurs compatriotes à propos des musulmans.

« Ils ont tendance à nous appliquer des stéréotypes de groupe et non pas à nous considérer en tant qu'individus à part entière, surtout les femmes qui choisissent de porter le foulard islamique », a expliqué Ingrid Mattson, ajoutant : « Nous voulons être à même de nous définir. »

Le caractère identitaire des musulmans pris dans le sens plus large de la culture américaine « ne devrait pas être plus important qu'il ne l'est pour les Afro-Américains chrétiens », a souligné Sherman Jackson, faisant observer : « L'essence du mouvement en faveur des droits civiques est que chacun d'entre nous doit pouvoir vivre la vie qu'il entend vivre (...) Les musulmans américains ne sont pas différents des autres Américains. »

Se souvenant que des musiciens tant catholiques que juifs formaient son premier groupe de rock, Salman Ahmad, qui est né au Pakistan mais qui a été élevé à New York, a fait remarquer que l'islam avait toujours accepté les personnes de cultures et de religions différentes. « Historiquement parlant, le pluralisme a toujours été comme de l'oxygène pour l'islam », a-t-il dit.

Pour l'imam Yahya, les voyages intercontinentaux facilitent le dialogue et la compréhension entre les religions, et les musulmans américains « mettent à profit leur connaissance de l'Amérique et leurs expériences pour rapprocher l'islam et les autres religions. « Les deux mondes nous sont importants parce que nous les connaissons tous les deux », a-t-il précisé.

L'opinion des musulmans sur les médias

Plusieurs participants ont exprimé leur frustration en ce qui concerne la façon dont les médias ont dépeint les musulmans américains.

Selon Sherman Jackson, aux États-Unis, les musulmans ont souvent le sentiment qu'ils doivent excuser ou expliquer les actions des musulmans partout ailleurs, une situation à laquelle ne se butent pas les membres d'autres groupes ethniques ou religieux.

Les musulmans américains, a-t-il fait valoir, acceptent l'idée de la séparation entre l'Église et l'État, et l'amalgame ne devrait pas être fait avec les cultures et les nations qui ne la respectent pas.

Pour l'imam Yahya Hendi, le sentiment omniprésent selon lequel les musulmans américains ne se sont pas élevés assez vigoureusement contre le terrorisme est une source de frustration car ces derniers n'ont pas manqué en réalité de condamner ouvertement les actes de terrorisme.

Les journalistes Meacham et Quinn l'ont expliqué en partie par le fait qu'une grande partie du travail de journaliste consiste à insister sur les situations de conflit et que depuis le 11 septembre 2001, « l'événement » qui intéresse les journalistes, ce sont les musulmans d'ailleurs et non pas des États-Unis.

Il n'en demeure pas moins, a fait valoir Lisa Miller, que le journalisme a fait de grands progrès depuis 6 ans lorsqu'il s'agit de comprendre et de couvrir la religion en général, que ce soit le christianisme ou l'islam.

« Après le 11 septembre 2001, nous avons beaucoup appris au sujet de l'islam. La communauté musulmane est tout aussi diverse que celle des catholiques, tout aussi inquiète à propos de l'assimilation que celle des juifs (...) Nous attachons désormais plus d'importance à la nuance et à la complexité », a-t-elle expliqué.

Le lendemain du symposium, Ingrid Mattson déclarait dans un blog sur l'internet : « L'autorité du clergé ne jouant pas, les musulmans américains ont la responsabilité de lancer le débat en ce qui concerne la véritable signification de l'islam (...) Et, malgré l'énorme poids des stéréotypres, l'espoir est incarné dans la bonté d'Américains ordinaires qui essayent de surmonter leurs idées préconçues et de tendre la main à leurs voisins musulmans ; l'espoir est incarné dans l'extraordinaire sens de direction morale manifesté par nombre de chefs de file religieux afin de guider leur congrégation sur la voie de la compréhension et de la compassion », écrit-elle.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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