02 mai 2007
Le métier de journaliste devient de plus en plus périlleux.

Washington - Les conditions dans lesquelles les médias indépendants exercent leur profession empirent dans de nombreuses parties du monde, et leurs difficultés croissantes mettent en péril à la fois la démocratie et le respect des droits de l'homme, affirment de hauts responsables du gouvernement Bush ainsi que des spécialistes de l'information.
Deux de ces responsables, Mmes Karen Hughes, sous-secrétaire d'État à la diplomatie et aux affaires publiques, et Paula Dobriansky, sous-secrétaire d'État à la démocratie et aux affaires mondiales, invitées à prendre la parole le 1er mai lors d'une conférence sur les menaces posées à la presse au XXIe siècle, qui était parrainée par le Conseil des gouverneurs de l'audiovisuel et par le centre de réflexion Freedom House, ont insisté sur le caractère essentiel d'une presse libre en tant que garante de l'honnêteté et de la transparence de l'État.
À cette conférence, à laquelle a également participé M. Barry Lowenkron, secrétaire d'État adjoint à la démocratie, aux droits de l'homme et au travail, l'accent a été mis sur les menaces de plus en plus graves qui pesaient sur les journalistes de par le monde et en particulier sur le nombre sans précédent de membres de la presse tués en 2006 dans l'exercice de leur profession. Plus de 110 journalistes et techniciens des médias auraient péri en 2006, ce qui fait de cette année la plus sanglante que l'on ait connue à ce jour.
Mme Hughes, qui a travaillé pendant près de sept ans comme journaliste au Texas avant de s'engager dans les affaires politiques, a souligné que la liberté de la presse était un atout indispensable pour une société attachée à cultiver la liberté d'expression et à exposer au grand jour la criminalité et les infractions aux droits de l'homme. Il est malheureux de constater que, de plus en plus, le personnel des organes d'information s'expose à l'arrestation, au harcèlement, voire à des dangers physiques, a-t-elle dit.
Les États-Unis, pour leur part, « défendent les défenseurs de la liberté », a-t-elle affirmé. C'est ainsi que le département d'État administre plusieurs programmes d'échanges et de stages de perfectionnement, tels que le programme de bourses Edward Murrow, à l'intention de journalistes, de rédacteurs et d'administrateurs de médias de par le monde.
L'an dernier, la secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice, a créé au département d'État le Groupe de travail sur la liberté mondiale de l'internet (GIFT), qui coordonne les travaux de divers ministères ainsi que du Conseil national de sécurité et du Conseil économique national. Le GIFT a pour objectif d'accroître le flux de l'information et le brassage des idées dans l'internet, d'y réduire au maximum la capacité des régimes répressifs de censurer ou de supprimer les débats légitimes, et d'y promouvoir l'accès à l'information.
Selon Mme Dobriansky, les États-Unis attachent tant d'importance à la liberté de la presse dans le contexte de la démocratie et des droits de l'homme qu'ils incluent des évaluations dans ce domaine dans le Rapport du département d'État sur les droits de l'homme dans le monde.
L'intimidation de la presse en tant qu'« agression contre la démocratie »
Mme Jennifer Windsor, directrice générale de Freedom House, association sans but lucratif ni affiliation politique qui se consacre à la promotion de la démocratie et de la liberté dans le monde, a déclaré que seuls 18 % des êtres humains dans le monde étaient à même de profiter des avantages d'une presse libre.
La liberté de la presse, a-t-elle indiqué, a stagné voire diminué dans beaucoup de pays, en particulier en Asie, en Amérique latine et dans l'ex-Union soviétique. Il s'agit, ni plus ni moins, d'une « agression contre la démocratie ».
Selon M. Alcee Hastings, député démocrate de Floride et président de la Commission sur la sécurité et la coopération en Europe (la Commission Helsinki), les dirigeants autoritaires de par le monde sont bien conscients du pouvoir de la presse : « C'est la raison pour laquelle ils veulent la contrôler. » C'est ainsi, a-t-il observé, qu'en Russie près de 80 % des habitants obtiennent leurs informations de seulement trois organes de presse, tous contrôlés par le gouvernement de M. Vladimir Poutine. La Russie occupe le troisième rang mondial quant au nombre de journalistes tués en 2006.
En fait, la plupart des États issus de l'ex-Union soviétique considèrent la liberté de la presse « comme une menace à éliminer », a déclaré M. Hastings, bien que « la liberté de la presse soit pourtant la seule et unique garante de la sécurité collective ». C'est pourquoi il s'est élevé contre les tentatives de réduction du budget des émissions des États-Unis destinées aux anciennes Républiques soviétiques. La Voix de l'Amérique et Radio Europe libre/Radio liberté sont plus nécessaires que jamais, a-t-il affirmé.
Les manœuvres parfois subtiles visant à museler la presse
Les mesures prises par les autorités pour réprimer la liberté de la presse ne sont pas toujours évidentes, ont estimé divers spécialistes.
En Chine, où sont emprisonnés plus de journalistes que nulle part ailleurs, la censure, communiquée oralement, en secret, exerce « un contrôle invisible », a dit M. Perry Link, professeur d'études extrême-orientales à l'université Princeton.
« De nos jours, le parti communiste emploie les médias pour manipuler son message, a-t-il dit. Il y a quarante ans, la répression nuisait uniquement aux Chinois, alors que maintenant elle peut nuire au monde entier », puisque le manque d'information précise sur des sujets tels que la grippe aviaire et la progression du sida en Chine risque de faire du tort à la santé partout ailleurs dans le monde.
En Égypte, les autorités exercent leur censure au cas par cas et de manière aléatoire, mais appliquent des punitions sévères lorsqu'elles l'exercent, a déclaré M. Jon Alterman, directeur du programme proche-oriental au Centre d'études stratégiques et internationales. Leur objet, a-t-il dit, est de faire suffisamment peur aux médias pour les inciter à s'imposer l'auto-censure.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)