14 mars 2007

Le tournoi NCAA de basket-ball a un parfum international prononcé

Nombre de joueurs des meilleures équipes universitaires viennent de l'étranger.

 
Franck Ngongo
Franck Ngongo cherche une ouverture contre Georgia State à Richmond, en Virginie, le 3 mars. (Photo VCU/Scott Brown)

Washington - Chaque année, au mois de mars, 65 des meilleures équipes universitaires des États-Unis s'affrontent dans le cadre du tournoi masculin de première division de la NCAA (National Collegiate Athletic Association). Ce championnat d'une durée de trois semaines a été baptisé « March Madness » (la Folie de Mars) en raison des passions qu'il déchaîne parmi les amateurs du sport.

Les deux demi-finales et la finale figurent parmi les manifestations sportives les plus suivies aux États-Unis. Elles se joueront respectivement le 31 mars et le 2 avril à Atlanta.

En 2006, plus de 70 millions de téléspectateurs ont regardé les matchs d'ouverture du tournoi, selon la chaîne CBS. La version sur l'internet, appelée « la Folie de Mars sur demande » a généré 19 millions de lectures en transit de fichiers visuels et attiré 5 millions de visiteurs, ce qui en a fait l'un des événements les plus suivis en direct de l'histoire de ce moyen de communication.

De plus en plus, le tournoi NCAA prend une allure internationale. On ne recense pas moins de 423 joueurs étrangers, chiffre record, dans les 330 équipes de basket-ball universitaire que compte la première division de la NCAA, pour la saison 2006-2007. Quelque 70 % d'entre eux participeront au moins à la première série d'éliminatoires qui débute le 15 mars. Les exploits de ceux qui parviendront jusqu'à la finale, voire les demi-finales, ne passeront sans doute pas inaperçus dans leur pays natal.

C'est bien ce qui s'est produit en 2006, lorsque les derniers matchs du championnat ont été transmis au Cameroun afin que tous les Camerounais puissent voir leurs compatriotes Luc Richard Mbah à Mouté et Alfred Aboya lors de la finale opposant leur équipe de l'université de Californie à Los Angeles (UCLA) à l'université de Floride. C'est la Floride qui l'a emporté, avec l'aide de Joakim Noah, petit-fils de l'ancienne grande vedette camerounaise de football Zacharie Noah et fils du champion de tennis Yannick Noah. Joakim Noah a été nommé le joueur le plus remarquable de ce tournoi.

Le Cameroun, ce pays ouest-africain plutôt connu pour sa prééminence mondialement reconnue en football, a placé 25 joueurs dans des équipes de première division de basket-ball de la NCAA. Les pays qui comptent le plus de joueurs dans ces équipes sont le Canada (74), suivi de la Lituanie (32) et de l'Australie (29).

Au moins deux autres basketteurs de talent du Cameroun participeront au tournoi de cette année : Wil Fameni, un avant de 3e année, et Franck Ndongo, un avant de 1e année, qui jouent pour la Virginia Commonwealth University (VCU) située à Richmond (Virginie). Portée par ces deux vedettes, l'équipe de la VCU a affiché durant la saison 27 victoires contre seulement 6 défaites, palmarès impressionnant qui lui a valu sa sélection en championnat NCAA. Elle se mesurera à l'université Duke en 1er match éliminatoire.

Université de dimension modeste, la VCU espère que son parcours en championnat se calquera sur celui qu'avait tracé l'année précédente l'université George Mason (GMU), la plus petite université à parvenir aux demi-finales depuis 1979. « Jamais une école aussi peu connue (GMU) n'avait gravi de manière aussi spectaculaire et inattendue la scène nationale » du basket-ball universitaire, écrivait Stefan Fatsis dans le Wall Street Journal du 30 mars 2006.

Wil Fameni
Wil Fameni surgit vers le panier lors d'un match contre Georgia State à Richmond le 3 mars. (Photo VCU/Scott Brown)

Wil Fameni, qui parle le français, l'anglais, le flamand et la langue africaine féfé, a déclaré que, bien que le basket-ball gagne des adeptes au Cameroun, il ne détrônerait jamais le sport national camerounais, qui était et resterait le football.

« Quand j'ai quitté le Cameroun, le basket-ball n'avait pas un statut comparable au football, mais c'est surtout par manque de ressources », a confié Wil Fameni à l'USINFO. « Les gens ont du mal à s'acheter les chaussures et le matériel nécessaires. » C'est une situation que Franck Ndongo et lui entendent corriger une fois rentrés chez eux.

Une fois leurs études terminées, les deux basketteurs ont l'intention, en effet, de rentrer au Cameroun pour s'attaquer aux problèmes de ce pays : « Tant de gosses ont le même rêve, de venir aux États-Unis, de jouer au basket, de s'instruire », a déclaré Franck Ndongo. « Quant à moi, je veux rentrer chez moi après avoir obtenu mon diplôme (dans le domaine de la finance), apporter un message optimiste à mon pays et encourager les enfants à ne pas baisser les bras. »

Wil Fameni, qui a déjà un diplôme en comptabilité et prépare une maîtrise, espère, grâce à son expérience et à son éducation, lancer une entreprise au Cameroun, en partenariat avec des entreprises américaines.

À l'instar de la plupart des autres étudiants étrangers, Wil Fameni et Franck Ndongo ont eu du mal à quitter leur famille et leurs amis lorsqu'ils sont venus aux États-Unis. Wil a quitté sa famille en novembre 2001 et n'a pu revoir sa mère que lors de la visite de cette dernière aux États-Unis, en janvier 2007. Franck, qui n'est pas rentré au Cameroun depuis plusieurs années, a récemment reçu la visite de son père.

Pendant la saison 2006-2007, ils ont affronté d'autres équipes qui comptaient des joueurs du Cameroun, notamment Yannick Formbor, de l'université Drexel, et Gaston Moliva, de l'université de Richmond.

« Nous avons tant de points communs ! Nous prenons un plaisir immense à parler du Cameroun et de notre famille là-bas », a dit Franck Ndongo.

Avant d'accéder aux rangs universitaires, Franck était membre de l'équipe de basket-ball du lycée de l'Académie Montverde (Floride), en compagnie de Luc Richard Mbah à Mouté. Au Cameroun, ce dernier est mieux connu comme un prince dont le père, Camille Mouté à Bidias, est le chef du village de Bia Messe, situé à proximité de Yaoundé, la capitale.

Le style de jeu et la personnalité de Mbah à Mouté lui ont valu une grande popularité à l'UCLA, si bien que des étudiants portent des tee-shirts arborant le slogan « les fous du Cameroun ».

« Moi, j'adore les fous du Cameroun, a-t-il dit pendant le tournoi de 2006. Quand je lève les yeux vers les gradins et que je vois des gens qui mettent mon nom et mon pays à l'honneur, cela me remplit de bonheur. Je me rends compte que je fais quelque chose d'assez spécial. »

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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