09 mars 2007
Mme Mariya Ahmed Didi remporte le Prix international du courage féminin.

Washington - Lorsque, en mars 2006, Mariya Ahmed Didi a tenté d'organiser la première manifestation pour les droits de la femme, elle été assaillie par des détracteurs qui lui ont lancé des sacs d'huile. Une voiture remplie de partisans du gouvernement a forcé sa motocyclette à sortir de la route.
La manifestation, qui visait à protester contre l'arrestation d'une militante en pleine nuit par des policiers en civil, s'est toutefois déroulée comme prévu et sans incident. Lors d'une interview publique, elle a déclaré : « Il est temps que les femmes fassent savoir aux autorités que ces abus doivent cesser. Après tout, nous constituons la moitié de l'électorat. »
Mme Didi est l'une des six femmes à siéger au Parlement qui compte 50 membres. (Sur ces six femmes, seules deux ont été élues, les quatre autres ayant été nommées par le président des Maldives). L'adversité ne lui fait donc pas peur. Elle a fait campagne alors qu'elle était enceinte de cinq mois de son troisième enfant.
La détermination de Mme Didi a attiré l'attention des États-Unis. Le 7 mars, elle a reçu le Prix international du courage féminin des mains de la secrétaire d'État Condoleezza Rice. Neuf autres femmes ont ainsi été récompensées lors d'une cérémonie spéciale organisée au département d'État.
Mme Didi a déclaré lors d'un entretien accordé à l'USINFO qu'elle était heureuse de recevoir ce prix, parce que cela attirerait l'attention sur son pays et accélérerait les réformes.
Élue au Parlement en tant qu'indépendante, elle a rejoint le parti de l'opposition naissante en novembre 2005, soit six mois après la reconnaissance légale de l'opposition aux Maldives. « Je veux être connue comme membre du parti, et pas seulement comme une parlementaire », a-t-elle dit à l'USINFO.
Elle espère que durant les deux dernières années de son mandat, les réformes constitutionnelles avanceront, car cela fait deux ans que les choses traînent.
L'islam sunnite est la religion officielle des Maldives, mais Mme Didi s'inquiète parce que des fondamentalistes arrivent dans le pays et réclament une plus grande répression contre les femmes. Elle a dénoncé ceux qui utilisent la religion pour parvenir au pouvoir.
Mme Didi, qui a fait des études en Inde et au Royaume-Uni, a précisé qu'elle avait été dénoncée par ses détracteurs islamistes comme « messagère du pape », tout simplement parce qu'elle avait étudié dans des pays où il y avait des chrétiens.
Elle a déclaré dans la presse : « Je crois que la majorité des responsables aux Maldives voient d'un mauvais œil l'intervention des femmes dans la vie politique. Ils n'aiment pas qu'elles aient voix au chapitre (…) Dès qu'une femme entre dans l'arène politique et exprime son opinion, c'est comme si on la faisait passer pour une prostituée. »
Elle a dit à l'USINFO que toute sa vie elle a dû lutter contre l'adversité. « Ici, ils ne peuvent pas me toucher », a-t-elle dit en montrant du doigt l'emplacement de son cœur. Beaucoup de ses concitoyens qui ont souffert de privations « puisent force et courage chez nous, et se joignent à nous ».
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)