08 mars 2007
Mme Rice honore Jennifer Williams, fondatrice de WOZA.

Washington - La secrétaire d'État américaine, Mme Condoleezza Rice, a récompensé la militante zimbabwéenne des droits de l'homme, Jennifer Williams, par le Prix international du courage féminin, qu'elle lui a remis le 7 mars au département d'État.
Mme Williams, fondatrice de Women of Zimbabwe Arise (WOZA), une association fondée en 2003 pour protester contre les abus du gouvernement, a accepté le prix au nom de ce groupe qui comprend plus de 45.000 membres.
« Ce Prix est un grand honneur, mais la réelle récompense sera un Zimbabwe libre et indépendant », a déclaré Mme Williams lors d'un entretien accordé à l'USINFO le jour de la cérémonie.
Mme Williams était l'une des dix lauréates de ce prix. Elle a été choisie parmi 82 militantes nommées par les ambassades des États-Unis dans le monde. La cérémonie s'est déroulée à l'occasion de la Journée internationale de la femme.
En annonçant le prix qui serait décerné à Mme Williams, le département d'État a évoqué « le harcèlement et les mauvais traitements physiques » qu'elle a endurés sous la férule de Robert Mugabe, et l'a félicitée de « donner un exemple de courage et de perspicacité en œuvrant au changement par des moyens pacifiques et non violents ».
En créant ce prix en 2006, Mme Rice avait déclaré : « Des femmes courageuses luttent pour la liberté et la dignité humaine, et les États-Unis les épaulent. Nous ne devons pas oublier que les progrès des droits de la femme et ceux de la liberté de l'humanité sont indissociables. »
Mme Williams, qui a été arrêtée plus de 25 fois pour avoir orchestré des manifestations contre le régime du président Mugabe, a déclaré : « Le Zimbabwe a prétendument obtenu son indépendance en 1980. » Mais du fait de la politique désastreuse de saisie des terres mise en œuvre par le régime du « dictateur » Mugabe, l'économie est détruite et le pays en est réduit à mendier de l'aide alimentaire à l'étranger.
Du fait de la malnutrition qui en résulte et du manque de soins médicaux adéquats, « les femmes meurent à 34 ans (moyenne) et les hommes à 37 ans. Il est impossible de gagner sa vie. Les autorités détruisent les maisons qui ne sont pas squattées et vous empêchent de gagner votre vie. »
La situation est particulièrement difficile pour les femmes, a-t-elle ajouté, parce que ce sont elles que les enfants supplient de trouver plus de nourriture, et à elles qu'ils demandent pourquoi ils ne peuvent plus aller à l'école lorsqu'il n'y a plus d'argent pour payer les frais scolaires.
Mme Williams, une Matebele de Bulawayo, a beaucoup payé de sa personne pour son militantisme social et politique. Elle a reçu des menaces de mort après ses arrestations. Sa société autrefois florissante de relations publiques est aujourd'hui défunte, et elle vit avec son mari et ses enfants en « exil économique » en Grande-Bretagne. Les Matebele font partie du peuple bantou natif du Zimbabwe méridional.
Malgré les sacrifices personnels qu'elle a dû consentir, Mme Williams se sent réconfortée par le fait que la force de WOZA réside dans les membres locaux qui sont l'âme de l'organisation. « C'est parce que nous sommes unies dans notre lutte que nous aurons le Zimbabwe que nous voulons. »
« La solidarité que nous manifestent des gens du monde entier nous aide également considérablement à sauver nos vies. Et à cet égard, l'ambassade des États-Unis à Harare a été très utile. »
« Le 12 décembre, j'ai été arrêtée avec 300 autres manifestantes devant le parlement. C'était incroyable de voir un véhicule de l'ambassade américaine garé à l'endroit même où nous étions assises au cours de l'arrestation. Plusieurs policiers ont essayé de faire partir les Américains, mais ils ont refusé, disant qu'ils étaient là pour observer le processus. »
« Cela nous a donné beaucoup de courage. Nous avions été brutalement battues deux semaines plus tôt lors d'une manifestation, et nous avions besoin de savoir que, cette fois-ci, il y avait des témoins. Et lors de la manifestation au parlement, la police nous a laissées repartir libres, ce qui n'était jamais arrivé auparavant. »
« Nous pensons donc qu'il est important que la communauté diplomatique joue un rôle en nous aidant à continuer notre lutte. Nous pouvons le faire nous-mêmes, mais lorsque les autorités de Mugabe savent que le monde observe, cela nous aide. »
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)