04 juin 2007

Recrudescence inquiétante du commerce illicite de l'ivoire d'éléphant

Il faudra, lors de la CITES, trouver des solutions pour sauver les éléphants.

 
défenses d'éléphants confisquées à Singapour pour renvoi au Kenya
Inspection de défenses d'éléphants confisquées à Singapour pour renvoi au Kenya. (© IFAW/D. Willetts)

Washington - Étant donné les récentes saisies de grandes quantités d'ivoire de contrebande et le fait que plusieurs pays proposent d'autoriser la vente de l'ivoire dans certaines circonstances, le trafic illicite de l'ivoire est en bonne place à l'ordre du jour de la Quatorzième Conférence des parties à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES-CoP 14) qui se tient du 3 au 15 juin à La Haye (Pays-Bas).

Selon les partisans de la protection de l'environnement, il est nécessaire de remédier à la recrudescence du braconnage des éléphants d'Asie et d'Afrique par des réglements plus stricts et un meilleur respect des lois en vigueur sur les marchés internationaux et intérieurs.

Si les pays qui servent d'habitats aux éléphants d'Afrique (Loxodonta africana) sont nombreux à vouloir interdire complètement les ventes d'ivoire, le Botswana et la Namibie proposent que des quotas annuels de vente soient institués pour eux-mêmes, pour l'Afrique du Sud et pour le Zimbabwe. Ces pays, sauf peut-être le Zimbabwe, ont mis en place des programmes bien adaptés afin de gérer leurs populations d'éléphants.

Pour leur part, les États-Unis ne ménagent pas les efforts afin de promouvoir la protection des espèces vénérées telles que les éléphants, les tigres, les rhinocéros et les baleines, et ils s'opposent à des quotas annuels en matière d'exportation de produits liés à ces animaux. À l'occasion de la Douzième Conférence des parties à la CITES, ils s'étaient déclarés en faveur de la vente, à une seule occasion, de réserves d'ivoire du Botswana, de Namibie et d'Afrique du Sud si des conditions particulières étaient remplies, notamment la création d'un mécanisme international de surveillance des populations d'éléphants et la mise en place de contrôles à l'importation et à l'exportation de l'ivoire, des conditions qui n'ont pas encore été réalisées.

« Nous voulons travailler en étroite collaboration avec les États de l'aire de répartition des éléphants d'Afrique pour décider des mesures appropriées en ce qui concerne les éléphants », souligne le vice-ministre adjoint des affaires intérieures, M. Todd Willens, dans un communiqué publié le 25 mai, traduisant les préoccupations des États-Unis en ce qui concerne les ventes d'ivoire. Les États-Unis se demandent pourquoi le Zimbabwe, où des cas de braconnage ont été rapportés et où la protection des éléphants est insuffisante, est inclus dans la proposition relative aux quotas annuels de ventes d'ivoire. M. Willens est à la tête de la délégation des États-Unis à la Quatorzième Conférence des parties à la CITES.

« Nous œuvrerons pour faire en sorte que le sort des éléphants d'Asie soient également considéré », ajoute M. Willens, prônant un meilleur respect des lois en vigueur et des critères de la CITES en matière de contrôle du commerce et de déclaration des activités illicites. Les éléphants d'Asie sont particulièrement menacés car leur ivoire, réputé pour sa dureté, est très recherché par les Japonais qui le sculptent pour en faire des sceaux.

Selon une étude reposant sur 12.400 saisies d'ivoire répertoriées depuis 1989 par le Système d'information sur le commerce des éléphants à laquelle s'est livrée TRAFFIC, un réseau administré conjointement par le Fonds mondial pour la nature (WWF) et l'Union mondiale pour la nature (IUCN), la Chine et le Japon sont deux des principaux marchés pour l'ivoire illicite.

Selon M. Mark Ruggiero, l'un des responsables de la U.S. Fish and Wildlife Service (USFWS, Service fédéral des ressources halieutiques et de la faune et flore sauvages), il existerait de « vastes réseaux sophistiqués de criminels très bien organisés et financés, dont le niveau d'activités est semblable à celui du commerce illicite des stupéfiants », une situation qui s'est fortement aggravée depuis une dizaine d'années.

Selon cette étude, des associations de criminels asiatiques basées en Afrique sont impliquées dans le commerce illicite de l'ivoire provenant surtout de République démocratique du Congo, du Cameroun et du Nigeria. « Les zones de conflit étant innombrables en Afrique centrale, on y constate une hémorragie de l'ivoire », a fait valoir le responsable de TRAFFIC pour l'Afrique, M. Tom Milliken, dans un communiqué de presse ayant trait à l'étude.

Selon le responsable pour les États-Unis du programme du Fonds international pour la sauvegarde des animaux (IFAW), M. Peter Pueschel, il semblerait que ces associations de criminels travaillent avec diverses milices terroristes qui sont implantées dans les zones de conflit.

L'IFAW est opposé à toute vente légale d'ivoire d'éléphant et affirme que c'est une erreur d'avoir autorisé la vente, à une seule occasion, d'ivoire, ce qui n'a d'ailleurs pas encore eu lieu. « Nous sommes convaincus que cette décision a eu de graves conséquences et qu'elle a directement conduit à un accroissement du braconnage et de la contrebande d'ivoire », a dit M. Pueschel à l'USINFO.

L'interdiction de la vente d'ivoire décrétée en 1989 en vertu de la CITES a réussi à ralentir le commerce illicite d'ivoire pendant des années. « Dans certaines régions, le braconnage pour l'ivoire avait pratiquement disparu », a-t-il souligné. Cependant, les marchés intérieurs non réglementés ont soutenu le commerce.

« Nous constatons aujourd'hui, en vertu du nombre de saisies importantes, que le trafic s'est fortement accru », notamment depuis 2000, a-t-il précisé, ajoutant que, depuis la dernière conférence des parties à la CITES, en 2004, 40 tonnes d'ivoire faisant l'objet de grosses cargaisons ont été saisies, dont 26 tonnes au cours des douze derniers mois, et que les autorités chargées de faire respecter les lois en la matière estiment que les saisies ne représentent que 10 % des quantités qui font actuellement l'objet d'un commerce illicite.

Il est indispensable, à son avis, de trouver des sources de revenus de remplacement pour éviter la disparition des éléphants. Il a fait observer que le tourisme était l'une des plus grosses sources de revenus d'Afrique, et une bonne raison de cesser le braconnage des animaux sauvages. Les touristes, en effet, veulent voir des animaux sauvages, et surtout des éléphants, et en comparaison aux revenus du tourisme, les bénéfices tirés du commerce illicite de l'ivoire sont minuscules, a-t-il souligné.

L'USFWS recherche aussi des solutions par le truchement des Fonds de protection des éléphants d'Afrique et d'Asie, des mécanismes établis par le Congrès afin de prendre des mesures stratégiques - assistance technique et financière, par exemple - pour venir en aide aux organes régionaux chargés de faire respecter les lois et aux organes de protection de la nature. Les fonds servent à financer la recherche.

La CITES est un accord international qui vise la protection des espèces menacées d'extinction. À l'heure actuelle, 171 pays sont parties à cet accord.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

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