06 juillet 2007
L'application de ces nouvelles techniques dans les régions sujettes aux maladies prendra au moins dix ans.

Washington - Des chercheurs américains ont créé un moustique génétiquement modifié résistant au paludisme qui pourrait être introduit un jour dans la nature où il se reproduirait plus vite que ses congénères « sauvages » et contribuerait à réduire la propagation du paludisme chez les êtres humains.
Mais les bienfaits potentiels sur la santé humaine de cette découverte, annoncée dans le numéro de mars 2007 de la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, risquent de se faire attendre des années, voire une ou deux décennies, selon Jason Rasgon, de l'Institut de recherche sur le paludisme de Johns Hopkins (Maryland). Cet institut est l'un des plus grands centres mondiaux de recherche sur le paludisme.
Les chercheurs sont également en train d'étudier comment des insectes génétiquement modifiés pourraient contribuer à endiguer la transmission à l'homme de maladies aussi invalidantes ou mortelles que la dengue, que l'on trouve partout dans le monde ; la maladie du sommeil, qui affecte l'Afrique ; et la maladie de Chagas (trypanosomiase américaine) qui sévit en Amérique latine.
Or, a confié M. Rasgon à l'USINFO, les fonds publics affectés à la recherche biomédicale étant limités, les chercheurs ont des difficultés à avancer aussi rapidement qu'ils le souhaiteraient dans les domaines prometteurs de la recherche sur les organismes génétiquement modifiés.
Les sources privées de fonds, telles que la Fondation Bill et Melinda Gates qui a déjà contribué des millions de dollars aux efforts déployés dans le domaine médical, complètent mais « ne peuvent pas se substituer à la recherche biomédicale parrainée au niveau fédéral » en termes du niveau de financement nécessaire et de la portée des recherches requises.
Dans l'étude de Johns Hopkins, les chercheurs ont mis dans une cage un groupe de moustiques qui avaient été inoculés avec un gène bloquant le transfert du parasite du paludisme des moustiques aux rongeurs.
Ils ont ensuite placé dans la cage un nombre égal de moustiques non transgéniques et les ont laissé se nourrir sur une souris paludique. Les moustiques « modifiés », reconnaissables parce que leur gène modifié rendait leurs yeux vert fluorescent, se sont révélés plus résistants au paludisme et ont aussi pondu plus d'œufs. Cette résistance au parasite signifie que les moustiques transgéniques sont moins susceptibles que les moustiques normaux de transmettre la maladie à l'homme.
Après 9 générations de quelque deux semaines de cycle de vie, 70 pour cent des moustiques génétiquement modifiés avaient survécu contre 50 pour cent des insectes normaux.
Ce résultat indique que les moustiques transgéniques se reproduisent plus facilement que leurs homologues naturels et que chaque génération de descendants modifiés est plus forte, plus nombreuse et plus à même d'inverser le taux des infections paludiques dans une population donnée.
Les chercheurs ne savent pas encore comment les moustiques transgéniques et sauvages se mélangeraient sur le terrain et, comme c'est le cas de toute recherche sur les insectes transgéniques aux États-Unis, ils vont devoir examiner les problèmes environnementaux, législatifs et sociaux possibles avec les gouvernements nationaux et les collectivités entourant les sites d'essais sur le terrain.
Les résultats des recherches de Johns Hopkins laissent espérer qu'un jour les chercheurs trouveront un moyen de rendre des moustiques transgéniques incapables de transmettre le parasite plasmodium falciparum aux humains, réduisant ainsi la nécessité des vaccins (auxquels les parasites transportés par les moustiques deviennent de plus en plus résistants) ou des stratégies de contrôle des moustiques (utilisation de pesticides).
La majeure partie des recherches menées jusqu'à présent sur les manières de réduire l'impact du paludisme sur les êtres humains ont donné la priorité à l'élaboration de médicaments qui renforcent l'immunité humaine ou neutralisent le parasite du paludisme un fois qu'il a pénétré dans le système sanguin de l'individu.
L'Organisation mondiale de la santé estime que le paludisme est responsable de la mort de plus d'un million de personnes chaque année.
Dans des domaines connexes, Serap Aksoy, de l'Ecole de santé publique de Yale, a informé l'USINFO qu'elle étudiait des moyens de modifier génétiquement la mouche tsé-tsé afin de bloquer sa capacité de transmettre le parasite qui cause la maladie du sommeil chez l'homme. Cette maladie affecte en effet entre 50.000 et 70.000 personnes, essentiellement en Afrique subsaharienne.
Ravi Durvasula, également de l'Ecole de santé publique de Yale, essaie de mettre au point une bactérie qui rendra le triatome (punaise américaine) inhospitalier au parasite responsable de la maladie de Chagas.
Thomas Scott, du département d'entomologie de l'Université de Californie à Davis, étudie des moyens de rendre les moustiques stériles, ce qui réduirait leur population et les risques de transmission de la dengue qui affecte quelque 50 millions de personnes chaque année.
(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)